Tennis

A l’US Open, Roger Federer face à deux adversaires

Arrivé convalescent à New York, le Bâlois doit gagner ses matches en ménageant son dos. Il espère que la douleur diminuera à mesure que l’adversité grandira

Il y a deux sortes de joueurs de tennis: ceux qui ne jouent pas parce qu’ils sont blessés et ceux qui jouent en étant blessés. Son premier tour contre Frances Tiafoe mardi soir en night session – une victoire laborieuse en cinq sets (4-6 6-2 6-1 1-6 6-4) – classe clairement Roger Federer dans cette seconde catégorie.

Contre Tiafoe, un Américain prometteur mais encore un peu jeune (19 ans), Federer a semblé gérer son corps autant que le score. Il perdit la première manche parce qu’il était trop crispé (4-6), gagna facilement les deux suivantes (6-2 6-1) parce qu’il avait pris confiance et s’était relâché. Il préféra laisser filer la quatrième (1-6), très vite mal embarquée, plutôt que de lutter. «J’espérais mieux débuter, mais j’ai été prudent», confirma-t-il en conférence de presse.

Plutôt que de s’appesantir sur cette entrée en matière inhabituelle (il s’agit de son premier tour en cinq sets depuis 2010, du second seulement depuis 2003), Roger Federer s’efforça de replacer sa performance dans le contexte: «Compte tenu de mon départ raté, de ma préparation tronquée, de la nervosité, j’étais bien.» Il s’appliqua aussi à en dire le moins possible sur l’état exact de sa blessure («Je suis heureux de comment je me sens…»), un exercice de contorsion autorisé par son médecin.

«Jouer le tournoi, pas être à 100%»

La phrase à retenir de sa conférence de presse, la voici: «Le but était de jouer le tournoi, pas d’être prêt à 100%.» Comme une équipe de football volontairement poussive au premier tour d’une Coupe du monde parce que son pic de forme a été planifié pour les quarts de finale, Roger Federer se gère et s’économise. La pensée positive fait partie de la thérapie.

Il a joué cinq sets? «Le match n’a pas été très long.» Le stade sous toit est un capharnaüm indescriptible? «Je suis content d’avoir pu jouer parce que s’il avait été reporté, ça aurait été dur de devoir enchaîner deux matches en deux jours.» La suite? «Il faut laisser le corps se refroidir pour avoir une idée précise. On verra demain [mercredi]. Mais vous savez, dans mon esprit, je m’éloigne des problèmes, je laisse Montréal derrière moi.»

Roger Federer s’est blessé au dos (lombalgie) le 13 août à Montréal alors qu’il disputait la finale de ce tournoi Masters 1000, perdue contre Alexander Zverev.

Comme à Lille en 2014

Le mal de dos est l’épée de Damocles du joueur de tennis. Même de Roger Federer. Depuis ses débuts professionnels, il y a pratiquement vingt ans, le Bâlois a su remarquablement préserver son potentiel physique.

Jusqu’en février 2016, il avait échappé à la table d’opération, ce qui est peut-être l’un de ses records les plus étonnants. Son corps n’est pas impressionnant comme peut l’être celui de Cristiano Ronaldo. Pas de biceps saillants, pas d’abdominaux sculptés ni de pectoraux rebondis. Ses muscles sont fins, déliés, souples, entièrement tournés vers l’efficacité.

Malgré ce travail, cette éthique, cette épure, les lombalgies sont chez lui un problème chronique, déjà apparu en 2008 (au tournoi de Bercy), en 2012 (Doha), durant une bonne partie de la saison 2013 (l’une de ses moins bonnes) et bien sûr en novembre 2014 au Masters de Londres, une semaine avant la finale de la Coupe Davis contre la France à Lille.

Similitudes inquiétantes

Tout le monde se souvient de l’incertitude qui plana sur sa participation, de l’angoisse dans le camp suisse, du plan d’urgence déclenché en coulisses pour le remettre sur pied (son physio avait été réveillé en pleine nuit pour prendre le premier avion et être là au réveil de Federer) et de ce premier entraînement à trois jours du premier match où le joueur le plus stylé de l’histoire, raide comme un piquet, en était réduit à taper quelques balles en bougeant le moins possible.

On n’en est tout de même pas là mais il y a des similitudes entre Lille 2014 et New York 2017. En Coupe Davis, Federer avait trois matches à jouer en trois jours. Il put se permettre de perdre le premier, contre Gaël Monfils.

A l’US Open, le Bâlois doit jouer un jour sur deux et passer sept tours pour soulever la coupe. Il ne peut pas s’autoriser la perte de plus de deux sets par match.

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