Ce n’était plus arrivé depuis Roland-Garros 2004. Pour la première fois depuis huit ans et 33 Grands Chelems consécutifs, on assistera samedi à des demi-finales sans Roger Federer ni Rafael Nadal. Le fait est suffisamment rare pour être souligné. Il vient rappeler que, pendant tout ce temps, c’est-à-dire une éternité, le Suisse et l’Espagnol ont marqué les tournois majeurs de leur présence régulière et imposante. Leur duopole a écrit l’histoire année après année, jusqu’à ce que Novak Djokovic vienne réclamer sa part du gâteau de manière spectaculaire.

L’absence des numéros un et trois mondiaux dans le dernier carré de cet US Open est un concours de circonstances. «Rafa» prend une pause prolongée pour soigner ses genoux en souffrance et le «Maître» s’est laissé piéger par la confiance que nourrissait son état de grâce retrouvé. Tout porte à croire que d’autres Grands Chelems les reverront à ce stade de la compétition. L’affiche inédite de ces demi-finales new-yorkaises est donc probablement anecdotique. Mais elle est peut-être aussi le signe de l’entame d’une nouvelle ère; d’une prise de pouvoir rampante de ceux qui, hormis Djokovic, sont souvent placés, jamais gagnants. Zoom sur ces quatre prétendants à la couronne.

Novak Djokovic

Comme il le dit lui-même, «l’attention, ça va, ça vient». Depuis le début du tournoi, Djokovic a œuvré dans l’ombre de ses congénères. Le parcours du Serbe fut occulté par le départ à la retraite prolongée d’Andy Roddick, par le retour au sommet de Federer et par le grand vide laissé par Nadal. Même à distance, l’Espagnol a fait couler plus d’encre que le Serbe. Ce dernier payait médiatiquement son échec dans sa quête du «Djoko Slam» à Roland-Garros, sa déconvenue des Jeux olympiques et sa défaite face à Federer en finale de Cincinnati. Mais le numéro deux mondial est le tenant du titre à New York. Il est venu le crier haut et fort, jeudi soir, au cours d’un duel relevé contre Juan Martin Del Potro. Pendant ce match ponctué de quelques échanges de très haut vol, Djokovic est venu rappeler à la mémoire collective à quel point son jeu peut être meurtrier sur cette surface. Face à la «Tour de Tandil», le Serbe, décidément l’un des meilleurs retourneurs du circuit, a de nouveau commis quelques retours de services stratosphériques. Facilité par le tirage au sort qui avait placé Federer et Murray dans l’autre partie du tableau, «Djoko» a tracé son chemin jusqu’en demi-finale, discrètement et efficacement. Et on se dit qu’il pourrait bien honorer la hiérarchie en conservant son bien dimanche.

David Ferrer

L’Espagnol donne raison à Toni Nadal qui, un jour, nous confia que le talent du numéro cinq mondial était largement sous-estimé. David Ferrer, l’antihéros, se maintient dans le Top 10 avec une discrétion déconcertante. Preuve de l’indifférence de la presse internationale à son égard: pendant les quatre premiers tours de cet US Open, il n’avait eu droit qu’à huit questions en anglais. Ce chiffre a pris l’ascenseur à l’issue de son quart de finale spectaculaire contre Janko Tipsarevic. Ce bras de fer en cinq sets remporté par l’Espagnol fut le meilleur match de cette édition. Surnommée la «mobylette de Valence» pour sa capacité à renvoyer toutes les balles, Ferrer a étoffé son jeu ces dernières années. Cela dit, on le voit mal contrarier Djokovic en demi-finale. Et la fatigue encaissée lors de son marathon de jeudi ne plaide pas en sa faveur.

Andy Murray

Son cas est très intéressant. Andy Murray visera samedi une qualification pour une cinquième finale en Grand Chelem. L’Ecossais a perdu celles qu’il a disputées jusqu’à maintenant. Comme son célèbre coach Ivan Lendl, qui s’était imposé à la cinquième tentative pour aller récolter ensuite huit couronnes. Depuis cet été, le numéro quatre mondial nourrit de nombreuses spéculations. Avec cette question récurrente: sa victoire en finale des Jeux olympiques face à Federer a-t-elle permis de faire sauter les verrous? Lui a-t-elle donné ce supplément de confiance nécessaire pour ne pas fléchir mentalement au dernier obstacle et franchir enfin le pas dans un tournoi majeur? Pour cela, il faut déjà qu’il se hisse jusqu’en finale. Son parcours en demi-teinte jusqu’au dernier carré permet de s’interroger. Battre Tomas Berdych, le tombeur de Federer en quart, ne sera pas une sinécure pour l’Ecossais qui a été battu quatre fois par le Tchèque en six confrontations.

Tomas Berdych

C’est sa première apparition en demi-finale de l’US Open, sa troisième dans un tournoi du Grand Chelem. Tomas Berdych, 7e joueur mondial, est présent dans le Top 10 depuis un bon moment. Du haut de son presque double mètre, il est la bête noire de nombreux joueurs, avec ses puissantes frappes à plat et sa bonne couverture du court. Mais le Tchèque est fragile dans sa tête. Et peine souvent à confirmer un exploit par une victoire. Un syndrome largement répandu dans le tennis et qui nourrit la différence entre les grands joueurs et les tout grands joueurs. Il sera donc intéressant de voir si, après avoir sorti Federer de façon convaincante, il réussit à vaincre Murray dans la foulée, pour s’offrir sa deuxième finale en Grand Chelem. Il avait perdu celle de Wimbledon 2010 contre Nadal.