Les vieux clichés ont la vie dure. A l'annonce du choix de Salt Lake City comme ville hôte des Jeux d'hiver de 2002, en juin 1995, la rumeur avait enflé: la vente d'alcool serait proscrite dans cette partie des Etats-Unis. La faute aux mormons, précisait-on, majoritaires dans la région, et opposés depuis toujours à la consommation d'alcool, de caféine et de tabac.

Mais surprise, cette prophétie est partiellement fausse. Si un mormon digne et respectable ne trempera jamais les lèvres dans un verre de bière, au moins en public, cette règle de conduite ne suffit pas à transformer la ville et ses alentours en un insondable puits de tristesse. Aveu de Lynn Beattie, un ancien sénateur, aujourd'hui responsable du dossier olympique auprès du gouverneur de l'Utah: «Nous possédons en réalité plus d'endroits pour boire un verre qu'à Lillehammer et Nagano réunis. Notre Etat a ses propres règles concernant la vente et la consommation d'alcool. Elles peuvent être contraignantes. Mais elles ne devraient pas perturber les visiteurs pendant les JO.»

Sauf miracle, les lois en vigueur dans l'Utah ne devraient pas être modifiées pendant la quinzaine olympique. La consommation d'alcool sera donc interdite dans les lieux publics. Pour s'abreuver de malt et de houblon, une seule solution: acheter une carte de membre, vendue cinq dollars, pour être admis dans un club privé, les seuls établissements de l'Etat, avec les restaurants, autorisés à servir de l'alcool. Précision utile: le bar sera fermé dès une heure du matin. «Plus tard, les gens pourront toujours rester, mais il ne sera plus possible de leur servir la moindre boisson alcoolisée, explique Michael Kaplan, le patron de l'«Urban's Mother».»

L'alcool devrait malgré tout couler à flot pendant les Jeux. Pas dans la vallée, à Salt Lake, mais certainement à Park City, choisie par les organisateurs pour accueillir une demi-douzaine de disciplines olympiques, dont le bobsleigh et le saut à skis. La station aime en effet rappeler son passé trouble. Au siècle dernier, elle hébergeait une population de mineurs et comptait plus de saloons et de maisons closes que de lieux de prières. «On l'appelait la ville du péché», se souvient Michael Kaplan. Aujourd'hui, elle mérite encore le détour.