Le Temps: Quels points communs ou différences voyez-vous entre ces clubs, question mode de vie?

Bernard Lacombe: Lyon, ville des Soyeux, et Bordeaux, cité des Chartrons, se ressemblent beaucoup, à la fois fermées et besogneuses. Forgés à cette image, leurs clubs ne font pas de bruit, au contraire de l’OM ou du PSG. Ils travaillent dans l’ombre, mais disposent d’infrastructures et de moyens financiers importants, à l’échelle française tout au moins.

– Cela signifie que ni Lyon, ni Bordeaux ne peuvent rivaliser avec les géants d’Europe?

– Exactement. Ces clubs-là ont beau présenter d’énormes déficits, ils continuent d’acheter et de surpayer des stars. Alors qu’ici, la DNCG [Direction nationale du contrôle de gestion] interdit de prendre n’importe quel risque économique.

– Pensez-vous que le projet de fair-play financier entre les clubs, voulu par le président de l’UEFA Michel Platini, va changer quelque chose?

– Je l’espère. Il est anormal de permettre à des mammouths tels Chelsea, Barcelone, le Real Madrid ou Manchester United d’accumuler des milliards de pertes sans rien dire. Il y a là une iniquité flagrante.

– Sur le plan du football, comment jugez-vous Lyon et Bordeaux?

Les Girondins possèdent un fond de jeu collectif remarquable, source de régularité et de confiance, avec des techniciens style Gourcuff et Chamakh que nous n’avons pas. Lyon me semble davantage une formation de Coupe, capable d’exploits – voir l’élimination du Real – plutôt que de tenir la longueur d’un championnat. Je dirai que l’OL privilégie la réaction, pas l’action.

– Dans quel esprit aborde-t-on un quart de finale de Ligue des champions contre une équipe que l’on connaît par cœur?

– Ça fait bizarre… On a l’impression de disputer une compétition nationale, certes pas la plus prestigieuse épreuve du continent avec une demi-finale en perspective! Quant ils ont appris le tirage au sort, les joueurs des deux clubs se sont trouvés comme moi: déboussolés.

– Déçu par ce tirage?

– Non! Etre au siège de l’UEFA pour ce genre de cérémonie constitue un moment de bonheur, surtout lorsqu’on vient de sortir le Real. Je vous assure que vos adversaires potentiels vous regardent d’un œil différent!