Battu par Andy Murray en demi-finale du tournoi Masters Series de Madrid, Roger Federer a été interrogé sur ses chances de retrouver en 2009 une place de numéro un mondial qu'il a occupée durant 237 semaines. Il va de soi que cette éventualité dépend autant de ses propres performances futures que de celles de celui qui l'a remplacé au sommet de la hiérarchie professionnelle en date du 18 août dernier, à savoir Rafael Nadal, lui aussi battu au stade des demi-finales dans la capitale espagnole, mais assuré de terminer la saison au premier rang mondial. Le Bâlois, détenteur du record de semaines consécutives passées en tête du classement, est évidemment très bien placé pour savoir les difficultés qu'il y a à défendre cette place privilégiée et on ne peut, de ce fait, pas se montrer trop affirmatif sur la durée du règne de son rival majorquin.

«C'est une situation nouvelle pour Rafa, et il faut voir comment il va réussir à la gérer», a affirmé le numéro deux mondial. Si l'on en juge ce que l'on a vu à Madrid, Rafael Nadal n'a pas apporté de réponse claire sur son aptitude à assumer son nouveau statut. Gilles Simon, vainqueur cet été de Roger Federer au tournoi Masters Series de Toronto, est certes un très bon joueur - qui débordait de confiance à la suite de ses quatre victoires en trois sets lors des tours précédents avec un total de six balles de match sauvées -, mais normal. Nadal aurait dû vaincre un Français qui avait précisément dépensé pas mal d'énergie physique et mentale dans le tournoi. Qui plus est, l'Espagnol, follement encouragé par près de 10000 spectateurs entièrement acquis à sa cause, avait de très bonnes raisons de vouloir décrocher le titre dans la capitale de son pays.

Victime de la pression?

Rafael Nadal n'a pas beaucoup d'occasions de disputer des tournois ATP en Espagne et c'est la première fois qu'il en jouait un chez lui en tant que numéro un mondial. Cette édition était en outre la dernière qui se déroulait en salle à Madrid où une grande compétition mixte sur terre battue aura lieu en remplacement dès l'an prochain au printemps. Aucun joueur n'est parvenu à remporter deux fois le trophée au cours des sept ans d'histoire du tournoi et il est clair que réussir cet exploit aurait fortement réjoui le Majorquin. Face à Simon, Nadal s'est battu, comme il en a l'habitude, jusqu'à l'extrême limite de ses forces, mais il n'a pas atteint son meilleur niveau de jeu, commettant beaucoup plus d'erreurs en revers que de coutume.

Nadal déjà victime de la pression? Le principal s'en est défendu avec vigueur au terme de sa défaite. «Jamais je n'ai été aussi détendu», a-t-il déclaré. «J'ai réalisé une excellente saison, je suis sûr d'être numéro un en fin de saison, ce qu'aucun Espagnol avant moi n'a fait jusque-là, et je peux donc aborder en toute tranquillité les ultimes échéances de l'année.» On aimerait bien croire le vainqueur de Roland-Garros et de Wimbledon, mais son comportement à Madrid laisse entendre qu'il était plus nerveux qu'il ne veut bien le dire. Normalement, Nadal est un joueur très sûr de son jugement en ce qui concerne les trajectoires des balles. Contre Gilles Simon, il s'est trompé plus souvent qu'à son tour quand il a demandé leur vérification et ce n'est pas un signe de grande sérénité.

Beaucoup de gens se posent par ailleurs des questions sur la résistance à moyen ou long terme d'un joueur dont la façon de jouer est très exigeante sur le plan physique. A Madrid, Rafael Nadal a souffert d'une épaule, ce qui l'a contraint à renoncer au double qu'il disputait avec Carlos Moya. De plus, comme le soulignait Federer, sa saison va être plus longue que celle de la plupart des autres joueurs, avec une finale de Coupe Davis fin novembre en Argentine dont il a fait un objectif principal et qui promet d'être éprouvante. Ce voyage en Amérique du Sud l'empêchera de préparer au mieux l'année 2009 et va lui rendre plus difficile la tâche qui consiste à rester au sommet de la hiérarchie mondiale.

Rafael Nadal nous a habitués aux exploits les plus inattendus et cela signifie qu'il peut malgré tout régner en maître assez longtemps sur le tennis mondial. Mais, outre les difficultés évoquées ci-dessus et ses rivaux traditionnels que sont Roger Federer et Novak Djokovic, il devra peut-être compter sur un nouvel obstacle en la personne d'Andy Murray. Pour son tournoi de rentrée après sa finale perdue à l'US Open, l'Ecossais a impressionné son monde à Madrid et, même s'il se montre modeste dans ses déclarations, nul doute que son ambition en 2009 sera de se mêler à la lutte au sommet.