Fronde

A Madrid, l’Europe du foot liguée contre la réforme

Opposés au projet de ligue européenne semi-fermée, 244 clubs européens préviennent: «Aucune modification ne peut aboutir sans l’accord des championnats domestiques»

En marge des demi-finales de la Ligue des champions, une autre bataille déchire le football européen. Elle oppose les ligues européennes à la vingtaine de clubs considérés comme les plus puissants. Les ligues professionnelles d’Espagne, de France, d’Italie, d’Allemagne et d’ailleurs s’inquiètent de la possibilité de voir apparaître à l’horizon 2024 un format modifié de la Ligue des champions, qui deviendrait un véritable championnat supranational.

Ce projet, porté par l’Association européenne des clubs (ECA) et son président, Andrea Agnelli (Juventus de Turin), envisage le passage à une ligue semi-fermée (24 places réservées sur 32), avec plus de matchs (14 par équipe par phase qualificative, au lieu de 6). Certaines rencontres pourraient se jouer le week-end, empiétant directement sur les championnats nationaux, qui perdraient aussitôt de leur prestige, de leur exposition, voire carrément de leur intérêt sportif si d’aventure un Real Madrid ou un Bayern Munich se mettaient à n’y plus faire jouer que les remplaçants.

«Les grands clubs doivent réfléchir sur le long terme»

Face à cette menace, les ligues, réunies sous l’appellation European Leagues (EL), ont convié mardi à Madrid plus de 900 clubs européens à une séance d’information. Selon les organisateurs, 244 ont répondu à l’appel. Objectif: s’accorder sur une position commune, que les leaders du mouvement (au premier rang desquels Javier Tebas, président de la Liga) présenteront mercredi à Nyon lors d’une réunion informelle avec l’UEFA. Cette réponse est très claire: «Aucune modification du format de la Ligue des champions ne peut se faire sans l’accord des ligues domestiques. Nous devons être inclus dans les discussions», a martelé le Suédois Lars-Christer Olsson, président de European Leagues, lors d’une brève conférence de presse organisée à l’issue de la réunion.

A ses côtés, Javier Tebas a rappelé que «dans tous les pays, la ligue domestique est la compétition la plus importante. Les grands clubs pensent pouvoir obtenir plus d’argent autrement mais ils doivent réfléchir sur le long terme.» Pour les membres de European Leagues, deux points ne sont pas négociables: «La qualification doit passer par le championnat national et le week-end doit rester le centre des championnats nationaux», a insisté Lars-Christer Olsson, qui prévient: «Sans cela, le football se coupera de ses supporters.»

Ce coup de semonce intervient alors que beaucoup de clubs «intermédiaires», comme par exemple l’Olympique Lyonnais ou l’Olympique de Marseille en France, hésitent sur la position à adopter, le camp à choisir, ne sachant pas s’ils seront intégrés ou non dans la future ligue européenne. Pour ces acteurs secondaires, pousser en faveur d’une ligue européenne serait davantage une nécessité qu’un choix.

Une fuite en avant

Ce projet tant débattu est porté par des clubs comme la Juventus de Turin, le Bayern Munich, le Paris Saint-Germain ou – on l’oublie trop souvent – l’Ajax Amsterdam. Tous, à des degrés divers, cherchent à augmenter leurs revenus pour rester au contact des richissimes clubs anglais, dont les ressources augmentent sans cesse. Les vingt clubs de Premier League figurent parmi les trente clubs les plus riches du monde, selon le cabinet Deloitte. Seuls le Real Madrid et le FC Barcelone, marques mondialisées, parviennent à suivre.

Edwin van der Sar, président de l’Ajax, et Andrea Agnelli, président de la Juventus de Turin, étaient présents à Madrid. «C’est normal, estime Hans-Christer Olsson, leurs clubs sont membres de notre association. Ils ont écouté. Andrea Agnelli n’a pas cherché à faire de prosélytisme et a assuré qu’il ne s’agissait que d’idées, que rien n’était encore décidé.»

Cette polémique survient dans un contexte où l’Ajax Amsterdam est en passe d’accéder, pour la première fois depuis la mise en œuvre de l’arrêt Bosman, à la finale de la Ligue des champions, et où des petites équipes comme Getafe, Eintracht Francfort ou Atalanta Bergame peuvent se qualifier pour la prochaine édition, au détriment d’équipes comme l’AC Milan, l’AS Roma, le FC Valence, le FC Séville, Schalke 04 ou le Bayer Leverkusen. Ce que l’on nomme – mais pour combien de temps encore? – la glorieuse incertitude du sport.

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