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David Trezeguet tire l'équipe de Suisse du groupe A.
© Pascal Le Segretain

Chronique

La main lourde pour l’équipe de Suisse, vraiment?

Régulièrement, l’humoriste Nathanaël Rochat nous parle de sport

«David Trezeguet a eu la main lourde pour l’équipe de Suisse.» J’ai lu ça en vitesse sur le site de la RTS après le tirage au sort de la phase finale de l’Euro 2016. Il fallait bien trouver quelque chose à écrire sur une cérémonie soporifique dans laquelle le président Platini brillait par son absence puisqu’il est suspendu de toutes activités liées au football, ce qui englobe l’interdiction de dévisser des boules de loterie sorties d’un bocal.

La nouveauté réside dans le fait que la phase finale de l’Euro a été étendue à vingt-quatre nations. En un quart de siècle, l’Europe s’est agrandie avec l’apparition de nouveaux petits pays (sans compter les velléités existentielles du Daghestan, de l’Abkhazie et je ne sais pas qui encore, l’Ossétie du Sud, dans des régions où la carte politique ressemble à un plan cadastral). Faut bien intégrer les nouveaux pays qui jusqu’ici devaient se contenter du concours Eurovision pour agiter leurs petits drapeaux. Maintenant, on a même le FC Astana en Ligue des champions. Ce sont des idées de Platini. Après tout, plus de pays, ça signifie plus de matchs et plus de droits de retransmission. Le bémol, c’est qu’avec toutes ces petites nations du football, ça dilue un peu le rendement sportif. Et ce n’est pas faute de débroussailler d’abord avec les éliminatoires en se débarrassant des Iles Féroé ou autres.

Cote de 1 contre 1

Forcément, on se retrouve avec des groupes d’une densité relative comme le groupe de la mort – celui où on va s’ennuyer à mort – avec le Portugal, l’Islande, la Hongrie et l’Autriche, de nouveau réunies. Une petite visite sur un site de paris en ligne donne la cote du Portugal pour finir premier de son groupe à… 1 contre 1. On piaffe d’impatience pour l’affrontement Islande - Hongrie. Qui peut prédire l’issue de cette confrontation? Personne ne va essayer. L’UEFA nous vend du rêve. Loin de moi l’idée de manquer de respect à ces équipes. Pour la Hongrie, par exemple, on n’est pas sans savoir que c’était la meilleure équipe du monde au début des années cinquante, quand pendant six ans elle n’a perdu qu’un seul match en choisissant soigneusement lequel… la finale de la Coupe du Monde.

La phase préliminaire de l’Euro verra donc trente-six matchs âprement disputés pour éliminer huit des vingt-quatre sélections présentes. Presque tout le monde va passer en huitièmes de finale. C’est l’école des fans. «Much ado about nothing», chantait Shakespeare. Et puis l’avantage de jouer dans des stades de Ligue 1 est que les spectateurs qui ont l’habitude de voir jouer Bordeaux – Guingamp ne seront pas trop déboussolés par le niveau de Autriche – Hongrie.

Que peut-on attendre de l’équipe de Suisse? D’abord, elle jouera ses matchs de poules dans le nord de la France avec un camp de base prévu de longue date à Montpellier. Que quelqu’un m’explique pourquoi l’ASF réserve chaque fois l’hôtel avant de savoir où auront lieu les matchs. On espère que la Nati réussira à atteindre les quarts de finale et à vaincre cette manie de se faire sortir mollement dès les éliminations directes. Mon meilleur souvenir reste la Coupe du monde 2006 en Allemagne, quand l’équipe de Suisse s’est fait éliminer non sans avoir réussi la performance de ne pas encaisser le moindre but. Exploit typiquement suisse et inutile, que nous sommes les seuls à pouvoir imaginer et mener à bien: se faire éliminer sans perdre. Je n’ai jamais décidé s’il fallait rire ou pleurer de cette prouesse qui mériterait un trophée spécial à exposer dans la vitrine de l’ASF.

Difficile à bouger

David Trezeguet aurait donc eu la main lourde pour la Suisse, qui affrontera la France, pays organisateur, et la Roumanie qui est, paraît-il, une équipe solide «difficile à bouger». C’est le genre de tout-venant que balancent les techniciens quand ils ne connaissent pas vraiment l’adversaire. A partir du moment où on joue des sportifs musclés qui ne vont pas se laisser faire, c’est une équipe solide. A ce titre, la Nati a déjà agendé un match de préparation en mars contre l’Irlande qui est, je parie, une équipe solide et difficile à bouger. La Suisse rencontrera aussi l’Albanie. «C’est un derby», a annoncé le sélectionneur Petkovic. Sans blague. Comme j’aime bien ironiser, je me dis que ça va être coton pour l’arbitre: vingt-deux joueurs sur le terrain, dix-sept Albanais.

La Suisse a pris l’habitude de se qualifier pour les grandes compétitions surtout si ce ne sont plus des grandes compétitions. On ne va pas s’enflammer plus que de raison parce que la Nati a réussi à rejoindre l’Irlande du Nord, l’Irlande pas du Nord et l’Islande en phase finale de l’Euro. J’ai une nature assez rabat-joie. L’exploit aurait été de ne pas en être.

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