Tennis

Malgré Golubic, la Suisse laisse passer son rêve de finale

Battue par la République tchèque, l’équipe de Suisse de Fed Cup gardait le sourire. L’état d’esprit est bon et Viktorija Golubic s’est révélée

Ce n’était pas le scénario attendu ni le final espéré. Mais qu’y a-t-il eu de rationnel dans cette demi-finale de Fed Cup Suisse-République tchèque à Lucerne? Pas grand-chose, hormis la victoire des Tchèques (3-2), tout de même la meilleure nation du tennis féminin, dans le double ultime et décisif. Il fallait beaucoup d’imagination pour concevoir la faillite de Timea Bacsinszky, promue leader en l’absence de Belinda Bencic (blessée) et, plus improbable encore, les deux succès en simple de Viktorija Golubic.

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Pour un tennis suisse qui vit dans la hantise de la fin programmée de son âge d’or, c’est l’avènement – certes ponctuel – de la 129e joueuse mondiale que l’on s’efforce de retenir. «Son aventure est sans doute ce que j’ai vécu de plus fort en 30 ans de Fed Cup», assure le président de Swiss Tennis René Stammbach. «Elle a toutes les qualités pour devenir une très bonne joueuse, assure la cheffe de délégation Christiane Jolissaint. Toute la semaine, «Vik» a progressé en s’entraînant avec Timea et Martina. Il semble que désormais toutes les pièces du puzzle de son jeu soient en place.»

Etonnante de maîtrise samedi face à la numéro 1 tchèque Karolina Pliskova, Golubic, 22 ans, originaire de Zurich, a fait le plus dur en confirmant (au courage) dimanche contre Barbora Strycova 3-6 7-6 (8-6) 6-1. Ses deux plus victoires, elle qui n’avait remporté en tout et pour tout que trois matchs sur le circuit WTA, aucun contre une membre du top 50. Le public lucernois exultait: il allait pouvoir voir jouer Martina Hingis. Forte de la présence de la meilleure spécialiste du monde, le double suisse semblait en mesure de faire la décision. Une fois de plus, une fois de trop, les pronostics étaient erronés.

Timea Bacsinszky réduite au rôle de supportrice

C’était oublier un peu vite que la paire tchèque restait sur six victoires consécutives, forcément décisives dans le contexte de la Fed Cup. Et que ce pays qui a tant donné au tennis suisse (Hingis, Hlasek, Bastl, Kratochvil) a remporté quatre fois la Fed Cup ces cinq dernières années. «Chez nous, c’est très important, confirme Karolina Pliskova. Le tennis est une tradition mais nous avons peu l’occasion de jouer à domicile. Cela nous motive beaucoup.»

«Ce n’était pas n’importe qui en face», souligne Heinz Günthardt. Le capitaine suisse n’avait entraîné que la paire Hingis-Bacsinszky durant la semaine et n’avait pas sélectionné de quatrième joueuse après le forfait de Belinda Bencic. Dix minutes après la fin de son simple, il renvoya Viktorija Golubic sur le court aux côtés de Martina Hingis.

Timea Bacsinszky était donc réduite au rôle de supportrice. Une tâche dont elle s’acquitta avec ferveur et un sourire retrouvé, mais qui illustrait combien elle a passé à côté de son week-end. La numéro 1 helvétique a perdu ses deux simples, n’a pas remporté un seul set et n’a marqué que huit jeux! Trop d’émotions, trop de pression pour celle qui, longtemps, porta l’équipe à bout de bras. Mais c’était dans des matchs sans enjeu, ou sans public, ou à l’extérieur. «A domicile dans une salle pleine, devant sa famille et ses amis, c’est autre chose, avoua-t-elle. J’y ai perdu ma concentration samedi, puis énormément d’énergie pour me re-concentrer dimanche.»

Elle n’y parvint que partiellement. «Les grands joueurs racontent souvent que lorsqu’ils évoluent «dans la zone» [en contrôle total et dans un parfait relâchement], ils n’ont qu’une vision floue de ce qui les entoure. Samedi, je percevais au contraire le moindre détail: l’emplacement où se situaient mes proches, le retard de mon coach à cause des CFF, un spectateur qui me parlait, un autre qui ouvrait un paquet de chips au quatrième rang…»

Le camp suisse ne fera pas une maladie de cette occasion manquée. Le public a eu son lot d’émotions, Viktorija Golubic s’est révélée et a emmagasiné beaucoup de confiance. «Nous avons une équipe jeune et Martina peut jouer en double au moins jusqu’à 50 ans», plaisanta Heinz Günthardt. Le plus déçu sera finalement le trésorier de Swiss Tennis: une finale à Palexpo en novembre contre la France aurait rempli les caisses de la fédération. «Nous avons perdu environ 100 000 francs sur cette rencontre», calcule René Stammbach.

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