Alinghi s'est incliné de peu face à Oracle BMW Racing, vendredi, au terme d'un match spectaculaire. Quatre secondes! C'est le plus petit écart enregistré à l'arrivée d'une régate depuis le début de la Coupe Louis-Vuitton. Les deux voiliers ont livré un beau duel dans la phase de prédépart, puis coupé la ligne en même temps, mais, de par sa position sur le plan d'eau, USA 76 avait l'avantage. A la première bouée, SUI 64 était mené de 25 secondes. Mais Russell Coutts et son équipage n'avaient pas dit leur dernier mot. Au fil des bouées suivantes, l'avance du voilier américain a fondu. 17 secondes, 8 secondes… Le bateau suisse a même repris la tête dans le dernier bord de portant (vent arrière), au cours d'une intense bataille sous spi. Finalement, bénéficiant d'une risée venant de la gauche, USA 76 a repris l'avantage et a pu filer vers la victoire avec une poignée de secondes d'avance. En mer, comme à terre, les spectateurs ont retenu leur souffle.

«Le bilan à tirer est que le niveau se resserre et que la partie n'est pas gagnée», analyse le Genevois Pierre-Yves Jorand, qui joue le rôle de coach. «Nous sommes leaders au classement, mais Oracle, One World et Prada sont des adversaires coriaces. Plus on ira de l'avant dans la compétition, et plus on assistera à des matches disputés comme aujourd'hui.» Et Pierre-Yves Jorand d'insister sur le fait «qu'il faudra attendre jusqu'à la «der des der» avant de connaître l'heureux élu». Soit celui qui obtiendra le ticket pour la Coupe de l'America face à Team New Zealand.

Une chose est sûre, la sérénité est revenue au sein d'Oracle BMW Racing. Et avec elle, des points. La veille, le défi de San Francisco était déjà venu à bout de One World. Il a connu des problèmes internes la semaine dernière lorsque, après plusieurs défaites d'affilée, le patron milliardaire a rappelé Chris Dickson, évincé quelques mois plus tôt pour incompatibilité d'humeur avec l'équipage. Le retour du Néo-Zélandais caractériel à la barre du voilier américain, et par conséquent la mise sur la touche provisoire du barreur américain Peter Holmberg, a suscité l'ire de certains membres de l'équipage. L'un d'eux, Stu Argo, a d'ailleurs donné sa démission le soir même. Pour éviter d'autres départs, mais aussi parce qu'il connaît la valeur de Peter Holmberg, actuel numéro un au classement mondial de match-racing, Chris Dickson, désormais skipper et en charge de la composition de l'équipage, a fait revenir l'Américain à la barre et s'occupe de la tactique. Du coup, c'est Larry Ellison qui a été débarqué. La nouvelle combinaison Holmberg-Dickson semble efficace, puisqu'Oracle BMW Racing n'a concédé aucune défaite depuis le retour du navigateur Kiwi.

Le vent soutenu qui a dominé lors de la régate contre Alinghi était également un atout pour le défi du milliardaire américain, dont le voilier est typé pour ces conditions. «USA 76 est un bateau extrême, avec certaines caractéristiques comme une surface de voile réduite, explique Pierre-Yves Jorand. On savait que c'était virtuellement un bateau de brise. Il est effectivement rapide dans un vent soutenu.»

Malgré cette défaite, le défi suisse occupe toujours la tête du classement général. Pour s'assurer cette précieuse première place qui leur permettrait de choisir leur adversaire en quart de finale, les Suisses devront gagner deux des trois régates qu'il leur reste à disputer dans ce deuxième Round Robin. Le match contre Prada Challenge a été interrompu en cours de route vendredi après-midi, lorsque le vent est monté à plus de 23 nœuds pendant cinq minutes. Le voilier suisse était alors en tête, mais handicapé puisque le tangon de spi (pièce mobile reliée au mât qui soutient la grande voile ronde d'avant) venait de rompre. Sauvés par le gong? «C'est sûr que finir la course face à Prada sans tangon n'était pas un avantage, répond Pierre-Yves Jorand. Nous arrivons à un niveau de compétition où tout le monde prend des risques et a le couteau entre les dents. Si bien que, dans un vent fort comme aujourd'hui, la moindre petite erreur peut engendrer du bris de matériel.»

Alinghi devra donc recommencer ce match face au défi transalpin, de même que celui contre GBR Challenge, pourtant remporté avec plus de 7 minutes d'avance mercredi. Les Anglais avaient déposé réclamation contre le comité de course, prétextant qu'une des bouées, déplacée à la suite d'un changement de direction du vent, n'était plus dans la zone de course. GBR Challenge a eu gain de cause auprès du jury international de l'épreuve, lequel a décidé que la régate serait courue à nouveau.