Michael Schumacher aime à répéter qu'il ne se soucie guère des statistiques et des palmarès, repoussant à plus tard le plaisir de les apprécier. «Ce qui est bon c'est de gagner des courses et d'ouvrir une nouvelle ère de succès pour Ferrari. Concernant l'idée de battre ou d'établir des records, cela me fera sans doute plaisir quand je serai à la retraite, mais je n'y pense pas pour l'instant.» Iconoclaste ou faux candide, il affirme même ne rien connaître de l'histoire de son sport. Le voilà pourtant bien parti pour en rédiger un chapitre essentiel. Depuis quelque temps, l'Allemand bouscule et met à mal des palmarès que l'on pensait inaccessibles il n'y a pas si longtemps.

Aujourd'hui la domination du pilote Ferrari est absolue. Après son succès en Australie, il y a deux semaines, Schumacher a récidivé hier en Malaisie. Pour l'Allemand, c'est la sixième victoire consécutive si l'on tient compte de sa superbe fin de saison 2000 qui l'avait propulsé vers son troisième titre de champion de monde. Le voilà sur la piste de tous les exploits. Avec 46 victoires pour 147 Grand Prix disputés, il se place à cinq longueurs du record d'Alain Prost (51 victoires en 199 GP), que le Français détient depuis l'année de sa retraite en 1993. Des pilotes en activité, il est le seul à avoir gagné six épreuves d'affilée, laissant derrière lui les Britanniques Jim Clark et Nigel Mansell et l'Australien Jack Brabham, détenteurs de cinq victoires consécutives.

A Sepang, Michael Schumacher a également détrôné Prost pour ce qui est des pole positions en s'imposant pour la 34e fois de sa carrière dans cet exercice, lors des qualifications de l'épreuve malaise .* Il lui reste à rejoindre puis déborder le Français pour le nombre de titres (4), avant d'espérer égaler la performance du mythique Juan Manuel Fangio, sacré à cinq reprises. Mais plus que les chiffres, c'est la manière dont Michael Schumacher les aligne sur son tableau de marche qui frappe les esprits.

A l'occasion de ce deuxième Grand Prix de l'année, l'homme fort de la Scuderia a encore démontré qu'il est désormais au sommet de son art. Il en maîtrise tous les éléments et semble devoir se sortir des situations les plus périlleuses. C'est ce qui fait la force des vrais champions. Schumacher a profité de ce chaotique Grand Prix de Malaisie pour le rappeler aux amnésiques.

Pourtant cette course avait plutôt mal débuté, surtout pour l'Italien Giancarlo Fisichella qui commettait l'erreur de se tromper de place en revenant sur la grille de départ. Cette étourderie imposait une neutralisation de la procédure faisant craindre une surchauffe des mécaniques.

Moins de cinq minutes plus tard, la meute enfin libérée s'élançait vers le premier virage et une bousculade annoncée. Dans cette épingle, c'est Rubens Barrichello qui se faisait remarquer en éjectant Ralf Schumacher, le héros des qualifications, comme le Brésilien s'était déjà débarrassé de Frentzen à Melbourne. Après ce coup de force, les deux Ferrari s'échappent en tête. Mais pas pour longtemps. Au 3e tour, l'orage qui menaçait déverse des cataractes sur la piste. A la stupeur générale, les deux voitures rouges sont les premières à se faire piéger sur un mélange d'eau de pluie et d'huile provenant du moteur explosé de la BAR-Honda d'Olivier Panis. Les pilotes Ferrari se croient alors perdus. «J'ai vu les rails approcher et j'ai pensé que ma course était déjà finie» avouera Schumacher. Il se sort pourtant de ce mauvais pas, tout comme Barrichello qui l'a suivi comme son ombre dans les graviers. «Quand je suis sorti, j'ai surtout eu peur de partir en tête à queue et de heurter Michael, lui aussi en perdition.» Alors que la voiture de sécurité entre en piste pour sept tours, Barrichello et Schumacher s'arrêtent à leur stand pour faire monter des pneus «intermédiaires». Un énorme cafouillage leur fait pourtant perdre beaucoup de temps, mais c'est ce choix osé qui est le bon.

Leurs premiers tours sur la piste détrempée sont périlleux puis les Ferrari deviennent irrésistibles. De la 11e place, Michael Schumacher passe en moins de six tours, à la première. Il n'en sera plus délogé, profitant même de la course erratique des McLaren-Mercedes, peu performantes pour creuser un écart abyssal. Ce début de saison en trombe ne doit pourtant pas laisser croire que les jeux sont déjà faits comme le souligne prudemment l'Allemand: «Même si la course m'a semblé ennuyeuse, j'aime ce genre de victoire qui arrive après un travail difficile. Mais, attention le reste de la saison risque de ne pas être aussi facile.» Les pilotes McLaren-Mercedes l'espèrent très fort.

*Le maître absolu dans ce domaine reste Ayrton Senna avec 65 pole positions.