Lundi, Tom Steels avait pour la première fois de sa vie remonté Mario Cipollini dans un sprint. Une performance qui lui avait permis de s'imposer dans les rues de Saint-Nazaire. «Cela m'a donné des ailes», avait-il déclaré peu après. Vingt-quatre heures plus tard à Laval, le Belge a prolongé son vol. Au terme d'un final plus qu'animé, mené à un train d'enfer, il a remporté la troisième étape du Tour de France – sa seconde victoire consécutive – en devançant sous la banderole Erik Zabel et Stuart O'Grady. Il remonte ainsi au second rang du classement général à 17 secondes de Jaan Kirsipuu. Un écart infime que le lauréat espère combler aujourd'hui en récoltant les bonifications distribuées dans la 4e étape (Laval-Blois).

Cela lui permet aussi de se rapprocher de ses adversaires en activité au classement informel du nombre de victoires dans la Grande Boucle. Avec six succès, Tom Steels n'est plus qu'à une longueur de l'Allemand et à deux de Mario Cipollini. Ce dernier, justement, vient de rater son troisième sprint consécutif. Une discrétion qui ne lui est pas commune, d'autant que ses coéquipiers se sont démenés, à l'instar du champion de Suisse Armin Meier, pour le placer dans les meilleures conditions.

Ces échecs annoncent-ils un changement de règne au royaume du sprint? Tom Steels ne le pense pas: «Les meilleurs sprinters sont toujours les mêmes. Mais peut-être que je suis en meilleure condition.» Pour confirmer ses paroles modérées, le Belge parle de sa stratégie dans les derniers kilomètres. Au contraire de ses adversaires, il ne dispose pas sur ce Tour d'une armada de coéquipiers entièrement à son service pour assurer le train dans les fins d'étape. Il doit donc se «débrouiller». A Laval, tout comme lors des deux premières journées, son premier choix a été de prendre la roue de Mario Cipollini. Avant de se rabattre sur celle d'Erik Zabel.

L'arrivée à Laval est située au bord de la Mayenne, le point de plus bas de la cité. Le peloton, lui, arrive par le point le plus élevé de la ville. Entre les deux, une différence d'altitude de soixante mètres. Au premier abord, il n'y a rien d'exceptionnel. Mais lorsque cette différence de dénivelé est avalée en sept cents mètres par une meute de cyclistes fonçant tête baissée pour préparer un sprint, elle devient impressionnante. Et lorsque ce toboggan est une ligne droite délimitée à gauche et à droite par des barrières derrière lesquelles des milliers de spectateurs hurlent d'excitation et qu'elle se termine par un virage à angle droit sur la droite, cela devient dangereux. L'Italien Moreno Di Biase, chargé de jouer le rôle de rampe de lancement pour son sprinter Nicola Minali (Cantina Tollo), n'a pas réussi à passer, chutant lourdement sur le bitume et terminant sa course dans les haies métalliques.

Cet incident a incité Tom Steels à changer de lièvre. «Nous avons entendu le bruit de la chute juste derrière nous. Les coéquipiers de Cipollini se sont retournés et j'ai pensé qu'il était tombé.» Ce n'était pas le cas. Mais le détail a déstabilisé l'Italien, puisqu'il n'a pas réussi à revenir à la hauteur de la tête d'une course emmenée par les membres de la Française des Jeux. Au profit de Jimmy Casper, un jeune homme de 21 ans qui n'a pas peur de se frotter aux grands et à qui beaucoup prédisent un avenir glorieux. Malheureusement pour lui, sa fébrilité lui a joué un mauvais tour. Comme la veille à Saint-Nazaire, il s'est découvert trop tôt, échouant à une poignée de mètres du podium.

Serein, Tom Steels a su calculer son effort au plus juste. Mais peut-être que la fougue de Jimmy Casper lui a rappelé la sienne, en 1997 à Marennes, lorsqu'il avait balancé sa gourde sur un adversaire avant d'être disqualifié pour sprint irrégulier. D'ailleurs, lui aussi, il estime que le Français à tout ce qu'il faut pour réussir.