Manchester City n’a pas fait dans la demi-mesure ce samedi, en allant s’imposer 0-5 sur la pelouse de Brighton, pour sécuriser définitivement sa deuxième place en Premier League, et avec elle sa qualification pour la prochaine édition de la Ligue des champions. Mais pour l’honorer, le club anglais doit encore gagner une bataille beaucoup plus incertaine en coulisses.

En février dernier, l’UEFA a décidé d’exclure les Citizens de toutes les compétitions européennes pour deux ans, pour ne pas avoir respecté les règles du fair-play financier. Un recours a été déposé devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui a tenu audience par visioconférence au début du mois de juin et dont la décision doit être communiquée ce lundi, sur les coups de 10h30.

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Les enjeux sont colossaux. Si l’instance basée à Lausanne confirmait la sanction prononcée par l’UEFA, cela pourrait marquer la fin d’une ère sportive du côté de Manchester City. Si au contraire elle se plaçait du côté du club, cela ne manquerait pas de fragiliser le fair-play financier.

Sponsoring surévalué

Adopté en mai 2010, le mécanisme a pour but d’empêcher les clubs de fonctionner avec un déficit structurel ou, autrement dit, de dépenser plus d’argent qu’ils n’en gagnent et de ne s’en sortir que par la grâce d’un mécénat massif.

Or, depuis son rachat en 2008 par le cheikh Mansour, membre de la famille royale d’Abu Dhabi, Manchester City débourse beaucoup, beaucoup d’argent pour se renforcer. En 2019, l’Observatoire du football CIES, basé à Neuchâtel, a calculé que la constitution de son effectif avait nécessité plus de 1 milliard d’euros en indemnités de transferts, une première historique.

Pour satisfaire aux exigences du fair-play financier, le club déclare en contrepoint des revenus de sponsoring astronomiques. Problème, pointé par l’UEFA: sur la période 2012-2016, certains contrats étaient surévalués, et ce de manière systémique, les entreprises concernées étant liées au groupe Abu Dhabi United… également aux mains du cheikh Mansour. C’est ce mélange des genres qui a conduit l’instance européenne à exclure l’équipe de ses compétitions pour deux ans, tout en lui flanquant une amende de 32 millions d’euros.

Le précédent du PSG

La Ligue des champions rapporte beaucoup d’argent à Manchester City (d’ailleurs toujours en lice dans l’édition 2019-2020): 93 millions d’euros la saison dernière. Sans cette manne, et pour rester dans les clous, le club pourrait être contraint de revoir son train de vie, en se séparant de certains salaires importants ou en renonçant à prolonger le contrat de son entraîneur star Pep Guardiola, qui arrive à échéance dans une année. C’est bel et bien le projet sportif développé depuis son arrivée en 2016 – et couronné par deux titres de champion consécutifs en 2018 et 2019 – qui serait remis en cause.

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Mais pour les Citizens, les motifs d’espoir existent. L’an passé, le Tribunal arbitral du sport avait tranché en faveur du Paris-Saint-Germain dans le cadre d’une bataille judiciaire portant là aussi sur le respect du fair-play financier. Le fond de l’affaire concernait les retentissants transferts de Neymar et de Kylian Mbappé (pour un total d’environ 400 millions d’euros) et une supposée surévaluation de contrats de sponsoring entre le club en mains qataries et le fonds d’investissement du petit Etat du Golfe. Mais c’est une question de forme – un délai non respecté par l’Instance de contrôle financier des clubs – qui a fait pencher la balance.

Si Manchester City s’en tirait à bon compte, que cela soit pour une question de forme ou de fond, ce serait la deuxième fois que l’UEFA échouerait à faire sanctionner un club de tout premier plan soupçonné de dribbler le fair-play financier. A l’heure où de plus en plus d’équipes sont rachetées par des investisseurs – para-étatiques ou privés – aux moyens quasi illimités, cela menacerait la pérennité du mécanisme dans sa forme actuelle.