Manchester City disputera la prochaine édition de la Ligue des champions. Le club anglais avait été exclu pour deux ans des compétitions européennes, mais son recours a été validé ce lundi par le Tribunal arbitral du sport, qui n’a pas retenu la moindre infraction aux règles du fair-play financier (FPF). C’est un revers qui risque de faire date dans la courte histoire de ce mécanisme de régulation.

Le FPF a été introduit en 2010 dans un but bien précis: enrayer le phénomène de surendettement des clubs de football européen. Au jeu de l’augmentation des indemnités de transfert et des salaires, «50% de nos clubs perdent de l’argent», estimait alors le président de l’UEFA, Michel Platini. Le problème, assez simple à comprendre, était celui de la charrue mise avant les bœufs: le dirigeant ambitieux pouvait se laisser tenter de construire une équipe en dessus de ses moyens en se disant qu’il se rembourserait, voire ferait une plus-value, lorsqu’elle aurait du succès en Ligue des champions. Ce qui est loin d’être automatique.

Le principe du FPF est familier de tous les patrons de PME: ne pas dépenser plus qu’on ne gagne. Il laisse une marge de manœuvre permettant d’amortir quelques dizaines de millions d’euros sur quelques années, mais sur le moyen terme, un club très actif sur le mercato ou très généreux au niveau des rémunérations doit pouvoir témoigner de revenus en conséquence. Autrement dit: ne pas fonctionner avec un déficit structurel, que celui-ci vienne gonfler une dette ou soit compensé par un mécène, sous peine de sanction.

Manque de preuves et prescription des faits

Etabli pour refréner la folie des grandeurs de dirigeants incapables d’assumer, le système contrarie aussi les grandes fortunes qui s’emparent d’une équipe et veulent la hisser rapidement tout en haut de l’échelle. Il les empêcherait de combler leur retard sur les clubs qui bénéficiaient déjà de structures financièrement performantes au moment où le FPF a été introduit. Le fonds Qatar Sports Investments ou le Cheikh Mansour d’Abu Dhabi peinent à accepter de ne pas pouvoir engager leurs moyens quasi illimités dans la construction, respectivement, d’un Paris-Saint-Germain ou d’un Manchester City qu’ils rêvent au sommet de l’Europe.

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De fait, ils parviennent à leurs fins, équilibrant notamment leurs comptes avec d’importants contrats de sponsoring d’autant plus faciles à négocier qu’ils concernent des entreprises qu’ils contrôlent. Cette pratique a été remarquablement mise au jour par les enquêtes journalistiques de l’European Investigative Collaborations, avant de donner lieu à des procédures de l’UEFA. La sanction de deux ans d’exclusion des compétitions européennes prononcée à l’encontre de Manchester City était un signal fort envoyé par l’instance. Mais par manque de preuves ici, là par prescription des faits, comme pour une affaire de délai des procédures dans le cadre d’une investigation menaçant le PSG l’année dernière, elle voit son ambition contrariée.

Dans un communiqué, l’UEFA indique qu’elle reste attachée aux principes du fair-play financier. Ses détracteurs voient, eux, qu’il n’est pas impossible de le dribbler sans partir à la faute.