«Ce qu’ont réussi hier soir les Bâlois, le plus inouï succès du football helvétique, sera à jamais gravé dans la postérité!» hurle Le Nouvelliste ce jeudi matin. «Formidables Rhénans!» s’exclame aussi 20 minutes: «Les champions de Suisse sont allés au bout de leur rêve hier en se payant le scalp du club le plus titré d’Angleterre. Le FC Bâle a battu Manchester United 2-1. Le club rhénan se qualifie ainsi pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions et élimine les Mancuniens, […] finaliste [s] de la compétition à trois reprises lors des quatre dernières éditions (un succès face à Chelsea, deux défaites contre Barcelone).»

C’est ce que son homologue alémanique, 20 Minuten, appelle, lui, «Das Wunder von Basel» (le miracle de Bâle), filant ainsi la métaphore du Miracle de Berne (Das Wunder von Bern), titre du film allemand de Sönke Wortmann sorti en 2003, qui raconte notamment le parcours miraculeux de l’équipe d’Allemagne de football lors de la Coupe du monde de 1954 en Suisse: elle avait gagné la finale contre la Hongrie au Wankdorf, à Berne. Un parcours miraculeux, c’est aussi ce que dit la Neue Zürcher Zeitung, à propos des immenses progrès réalisés par l’équipe bâloise depuis 2002.

La Basler Zeitung, évidemment, elle, est littéralement transportée. Elle ne tarit pas d’éloges sur cette équipe «pour l’éternité», ce FC Bâle qui se transforme «en conte de fées», ce «Wunder vom Joggeli» (selon le surnom affectueux que les Bâlois ont donné à leur stade). «Das Wunder von St. Jakob», aussi, à la une du Blick, qui titre, en énormes caractères: «Aujourd’hui, c’est Noël!» Mais «les Bâlois voulaient un miracle, ils l’ont eu», raconte le Corriere del Ticino. Et «le mythique club anglais n’avait besoin que d’un match nul sur la pelouse suisse pour assurer sa qualification. Il aura été incapable de l’obtenir», lit-on sur le site de Radio-Canada.

«Le plus gros exploit du foot suisse», juge Le Matin de Lausanne, qui nationalise en quelque sorte l’équipe rhénane, à défaut de pouvoir chanter les louanges de la Nati. Il parle d’un «coup de tonnerre». C’est là qu’est l’«immense paradoxe du football helvétique», aux yeux du Quotidien jurassien: «A l’heure où l’équipe nationale laisse échapper la fête européenne de l’été 2012, à l’heure où elle s’éloigne même du gotha continental, le FC Bâle vient porter le flambeau plus haut que jamais. C’est un exploit majeur qu’a signé hier soir le club rhénan. […] Bâle est bien parti, s’est pris au jeu, et a gagné sans crier gare une maturité et une sérénité magnifiques. Manchester, «the great Manchester», s’est pris les pieds dans le tapis rhénan. Il a voulu la jouer sur la patience? C’est Bâle qui s’est montré le plus patient, tranquille, sûr de son fait.»

Manchester United, précise L’Equipe, a été éliminé en phase de poules, «ce qui ne leur était plus arrivé depuis l’édition 2005-2006. Les Mancuniens, qui pouvaient se contenter d’un match nul contre les Suisses pour se qualifier, ont été cueillis à froid par les Bâlois qui ont ouvert le score.» «Le FC Bâle crée la sensation», enchaîne L’Alsace, «et il ne l’a même pas volé, tenant tête au champion d’Angleterre tout au long de la partie, se dépouillant pour protéger son but et ayant le bonheur de marquer deux fois, en début puis en fin de match. Le tifo du kop avait donné le ton: «Liverpool, Celtic, Juventus, unvergässe». On n’oublie pas les exploits qui ont traversé l’histoire du club. C’était une soirée pour en réussir un nouveau, pour obtenir une première qualification d’un club suisse pour les huitièmes de finale depuis la création de l’unique phase de poules.»

Au rayon de la presse spécialisée, l’allemand Kicker constate que, même en faisant monter la pression, les Red Devils n’ont pas réussi à percer suffisamment la défense bien ordonnée de l’équipe hôte. La Gazzetta dello sport écrit pour sa part que Bâle a réalisé «un rêve». Et le quotidien sportif espagnol As fait dans le chauvinisme en se réjouissant du fait qu’au moins, ainsi, Barcelone et Madrid conservent leurs chances d’affronter un rival accessible en huitièmes.

«Manchester, ville morte», titre pour sa part Eurosport, car il n’y aura aucun club de cette ville en huitièmes de finale: City, vainqueur du Bayern (2-0), est éliminé en raison de la victoire de Naples à Villarreal (0-2). D’ailleurs, la presse britannique de jeudi est sous le choc de l’élimination de Manchester United de la Ligue des champions. Elle en met notamment en avant les conséquences financières, ainsi que son aspect choquant.

Alors c’est un «mercredi affligeant» pour la BBC, une soirée «humiliante». Qui évoque aussi, selon une dépêche rédigée par Sportinformation (Agence télégraphique suisse) et notamment publiée par Le Matin, les lourds intérêts de la dette de Manchester United. Dans ce contexte, une telle perte est très dommageable. Le Times rappelle pour sa part que le club d’Old Trafford a récolté l’équivalent d’environ 68 millions de francs la saison dernière en atteignant la finale. Les comptables du club mancunien devront se satisfaire d’environ la moitié de cette somme pour l’édition 2011/2012.

«Manchester, united in mourning»: «Manchester, unis dans la douleur», joue sur les mots l’Independent, lequel écrit que le DVD du match sera sans doute l’un des hits sous le sapin de Noël en Suisse. Comme plusieurs autres médias britanniques, il rapporte les critiques acerbes de Roy Keane, l’ancien capitaine des Red Devils, qui a estimé que Man U ne méritait pas mieux. Ce qui n’a guère plu à sir Alex Ferguson, le coach actuel. Il a répliqué en évoquant les échecs de l’Irlandais dans sa carrière de manager. «Bonjour l’ambiance…», commente Sportinformation.

Le Sun, lui, cible Wayne Rooney, coupable notamment d’un énorme raté en première mi-temps. L’attaquant, qui n’a plus marqué dans une phase de jeu depuis septembre, traverse une période difficile. Et pour le Guardian, l’équipe de Manchester United traverse une phase de transition. Ne pas parvenir à battre Bâle une fois en deux confrontations est aussi incongru que douloureux, selon lui. Il n’y a pas de honte à perdre contre un adversaire plus fort, comme Barcelone en finale au mois de mai. En revanche, se faire sortir par Bâle suscite inévitablement des questions et des récriminations, estime-t-il.

Les Manchester Evening News parlent de défaite choquante. Elles soulignent qu’une telle issue paraissait impensable en août au moment du tirage au sort, qualifié alors d’idéal pour le club anglais trois fois vainqueur de la Ligue des champions. Si sir Alex Ferguson avait lui-même effectué le tirage, il n’aurait pas fait mieux, souligne ainsi le journal. «Oh, the shame. Oh, the embarrassment», poursuit le Daily Mail. «Un cauchemar mancunien», résume en fin de compte le New York Times.