Jürgen Klinsmann, chantre du collectif joyeux, ne cesse de répéter qu'une Coupe du monde se gagne à vingt-trois joueurs. Cela dit, le sélectionneur allemand n'avait pas encore dû, depuis le début de la Coupe du monde, renoncer à l'un de ses cadres. Or, il faudra composer sans Torsten Frings, suspendu pour la demi-finale de ce soir face à la Squadra azzurra. Les images envoyées à la FIFA par la chaîne de télévision Sky Italia ont en effet obligé la Commission disciplinaire de l'instance faîtière à sévir lundi en fin d'après-midi. Sans laisser aucune opportunité à la fédération allemande de faire appel.

Au cours des échauffourées qui ont suivi, vendredi à Berlin, la séance de penalties perdue par les Argentins, le milieu de terrain du Werder Brême a collé une gauche à Julio Cruz. Cela ne se fait pas. Comme son geste est intervenu après l'agression façon kung-fu de Leandro Cufre sur Per Mertesacker, puis la tatane assénée par Maxi Rodriguez sur l'occiput de Bastian Schweinsteiger, la sanction est plus légère que celle que prévoit le règlement pour une «voie de fait» - six matches de suspension. Torsten Frings, qui devra par ailleurs s'acquitter d'une amende de 5000 francs, écope de deux matches, dont un avec sursis. Cela signifie qu'il pourra être aligné dimanche lors d'une éventuelle finale.

Souriant lors de la séance d'entraînement de fin de journée à Dortmund, le joueur n'a pas souhaité réagir à la sanction. Ni personne d'autre. «On prend ça comme ça vient», anticipait toutefois Jürgen Klinsmann lors d'une conférence de presse tenue à la mi-journée. «Mais je trouve dommage que Torsten soit sanctionné alors qu'il n'a fait que réagir, guidé par ses émotions, au coup pris par Mertesacker.» Le sélectionneur de la Mannschaft ne connaît que trop l'importance de celui qui fut le meilleur homme de ce quart de finale houleux. Beaucoup moins médiatisé que son auguste coéquipier Michael Ballack, Torsten Frings - 8 buts en 57 sélections - est un inlassable travailleur de l'ombre. «C'est le joueur le plus important de notre équipe nationale», décrète Klaus Allofs, manager du Werder Brême. Sans faire injure à Sebastian Kehl, le joueur du Borussia Dortmund appelé à le remplacer, son abattage, sa faculté à accélérer le jeu et sa force de frappe feront vraisemblablement défaut face à une Italie si bien dotée dans l'entrejeu.

Refusant de revenir sur la déroute allemande essuyée le 1er mars dernier en match amical à Florence (1-4), Jürgen Klinsmann a, selon son habitude, distillé un discours résolument positif: «Nous avons acquis beaucoup de force et de confiance en nous depuis le début du tournoi. Nous sommes très concentrés sur cette nouvelle étape que nous voulons franchir, que nous allons franchir.» Même sans Torsten Frings.