«Manuel Bühler? C'est un garçon talentueux qui a envie de réussir.» Alain Geiger, son entraîneur à Neuchâtel Xamax, est d'abord mesuré. Car si à 17 ans, les qualités de l'international junior sont unanimement reconnues, il a encore tout à prouver. «Il est en pleine adolescence, une période difficile à gérer, poursuit le Valaisan. Surtout avec le battage médiatique qui l'entoure depuis quelques mois.»

Dans le microcosme du foot suisse, sa précocité intrigue. Rapide, créatif, au bénéfice d'une technique hors normes, il possède toutes les qualités pour devenir un grand d'Europe. «Il est en avance sur des joueurs comme Alain Suter (qui a honoré sa première sélection à… 17 ans, ndlr) ou Ciriaco Sforza au même âge, explique Alain Geiger. Il est explosif, voit bien le jeu, frappe des deux pieds et distille de très bons ballons. Mais aussi impulsif et parfois un peu égoïste.»

«Toutes les choses positives que l'on dit à mon sujet me font plaisir, bien sûr, concède le principal intéressé. Mais je garde les pieds sur terre, le chemin est encore long.» Un chemin qui a commencé le 1er septembre 1983 à Medellin, en Colombie. «Ma mère n'avait pas les moyens de m'élever. Je me suis donc retrouvé à l'assistance en compagnie de ma sœur Milena, de deux ans mon aînée. Nous avons été recueillis par Claude et Chantal, nos parents adoptifs, lorsque j'avais 11 mois.» Suisse, il restera toujours Colombien de cœur. «Mon équipe favorite reste l'Athletico National de Medellin. Je possède d'ailleurs un maillot du club.» S'il s'est déjà rendu dans son pays natal, le jeune homme n'a pas entamé de recherches pour retrouver ses parents biologiques. «Je n'en ressens pas le besoin actuellement. Plus tard peut-être…»

A 6 ans, il commence le football à Cortaillod, où il réside, sur les bords du lac de Neuchâtel. Il gravira rapidement tous les échelons régionaux. Avant de rejoindre Xamax. Sous le maillot rouge et noir, il continue sa progression. Et lors de la saison 1997/98, il a la possibilité de participer à quelques entraînements avec la 1re équipe, déjà dirigée par Alain Geiger.

Malgré cette ascension fulgurante, Manuel Bühler reste un jeune adolescent anonyme. En septembre 1997, il est ramasseur de balles lors du match de Coupe de l'UEFA entre Neuchâtel Xamax et l'Inter Milan. Il profite de l'occasion pour se glisser dans le vestiaire des Italiens avant la rencontre. «Je ne voulais pas rater Ronaldo, je ne l'avais jamais vu avant, raconte-t-il. Je me suis fait engueuler par notre responsable. Mal pris, j'ai prétendu que c'est le Brésilien qui m'avait interpellé.»

Cette passion pour le football ne se conjugue que moyennement avec l'univers des livres, cahiers et autres travaux écrits. «Je n'ai jamais été très assidu dans mon travail», résume-t-il. En juillet 1999, à la fin de sa scolarité obligatoire, il hésite. Après discussion avec ses parents, il s'inscrit dans une école privée du centre-ville. Mais après 9 mois, il renonce. Le stade de la Maladière devient alors son unique lieu de travail.

Car malgré ses dons, le jeune Xamaxien sait qu'il devra cravacher, que le succès se mérite. Mais son envie est à la hauteur de son talent. A trois reprises, «Manu» a la possibilité de faire des stages d'une semaine dans des clubs réputés. Au prestigieux FC Barcelone (1998 et 2000), ainsi qu'à l'Olympique Lyonnais (1999). «Cela a été possible grâce aux relations de mon manager Nicolas Geiger (le frère d'Alain, ndlr), analyse le jeune Neuchâtelois. A Lyon, j'ai commencé avec les gars du centre de formation. Les deux derniers jours, j'ai rejoint l'équipe de première division: Sony Anderson, Steve Marlet… En Espagne, j'ai été intégré au «Barça C», la troisième équipe professionnelle du club. Il aurait voulu me garder, mais comme je suis mineur et que je ne dispose pas du passeport espagnol, ça ne s'est pas fait.»

Aujourd'hui, Manuel Bühler veut avant tout que Neuchâtel Xamax se maintienne en LNA. Pour cela, il est prêt à tout donner, et ce dès ce dimanche à l'Allemend de Lucerne (14 h 30). Puis, en juin prochain, il quittera sa famille pour rejoindre Grasshoppers avec qui il s'est engagé sur trois ans cet hiver. L'ultime étape avant le grand saut à l'étranger? «Je rêve de faire carrière en France ou en Espagne. Mais j'ai encore le temps de penser à l'avenir…»