Contestable, la décision prise récemment par Roger Federer de ne pas disputer le premier tour de la Coupe Davis l'an prochain afin de préserver son rang de numéro un mondial pourrait se révéler tout à fait justifiée. Peu menacé cette saison, le Bâlois risque d'avoir affaire à plus redoutable concurrence en 2005, notamment de la part de Marat Safin. Aux yeux de la plupart des observateurs du circuit, le Russe est le seul joueur capable de rivaliser en talent pur avec le Suisse. Ce dernier avait jusqu'à présent l'avantage de mieux se maîtriser sur le court et d'être extrêmement rigoureux dans sa préparation. Mais depuis que Safin travaille avec Peter Lundgren, l'ex-coach de Federer, cet avantage semble perdre nettement de son importance.

Sur ce qu'on a vu de Marat Safin à Paris lors de l'ultime tournoi de la saison régulière avant les Masters de Houston, le Moscovite paraît en tout cas à même d'être un contradicteur très sérieux pour Federer. En grande difficulté contre le Croate Ivan Ljubicic dès son entrée en lice au deuxième tour – le Russe, tête de série numéro 6, était dispensé du premier –, il n'a pas lâché prise et ne s'est surtout pas livré à ses écarts de conduite habituels lorsque les événements prennent une mauvaise tournure.

Cette rigueur nouvelle a payé. Safin a fini par s'imposer 7-5 dans la troisième manche et, sur la lancée de ce succès, il n'a plus égaré le moindre set jusqu'à l'issue de l'épreuve. La performance est d'autant plus remarquable que Safin a dû affronter successivement des joueurs très volontaires et réguliers comme l'Australien Lleyton Hewitt et l'Argentin Guillermo Cañas, qui forcent leurs opposants à une concentration de tous les instants.

«Roger est au-dessus»

En finale, Marat Safin avait sur le papier la tâche plus facile. La présence à ce stade de Radek Stepanek, issu des qualifications et 64e joueur mondial, constituait la grande surprise du tournoi. Mais Safin, qui avait été battu par le Tchèque lors de leur unique confrontation directe il y a un mois à Moscou, se méfiait et il avait raison. Intimidé dans le set initial de ce qui était la première finale de sa carrière, Stepanek a fort bien réagi dans une deuxième manche qu'il a été à deux doigts de gagner. Comme l'a admis Safin à l'issue de la partie, ce jeu décisif au cours duquel il a dû à deux reprises remonter un déficit de deux points a joué un rôle déterminant dans sa victoire. Le Russe, vainqueur de 20 de ses 23 matchs avant cette finale, a fait valoir ensuite sa confiance actuelle et sa plus grande expérience de ce genre d'événement, pour l'emporter en trois manches (6-3 7-6 6-3) et quelque deux heures et quart de jeu.

Pour Marat Safin, il s'agissait de la seconde victoire consécutive dans un tournoi de la catégorie Masters Series après celle obtenue il y a deux semaines à Madrid, exploit réussi seulement par un certain Roger Federer cette saison. Et quand on lui a demandé s'il se réjouissait d'une future rencontre avec le numéro un mondial, le Moscovite, usé par cinq semaines de tournois continues, a fait valoir son sens de l'humour: «Je me réjouis surtout de dormir dans mon lit!» Moins blagueur, Safin a voulu dire par la suite le respect qu'il avait pour Federer: «Roger est bien au-dessus de tout le monde cette année. S'il continue comme ça, il va devenir l'un des meilleurs joueurs de tous les temps.» Respect ne signifie toutefois pas renoncement et le Russe a promis qu'il ferait tout son possible pour se montrer un rival digne du Suisse. Marat Safin enfin sérieux? Acceptons-en l'augure!