La polémique et une ville de New York au bord de la crise de nerfs ont eu raison de l’édition 2012 du marathon de New York, qui devait avoir lieu ce dimanche. C’est le New York Times qui constate: «la décision fut historique - le marathon a eu lieu chaque année depuis 1970, y compris en 2001, deux mois après les attaques terroristes du 11 septembre - mais inévitable, au moment où l’opposition gonflait. Les critiques disant qu’il eût été de mauvais goût de mener une course au travers des cinq quartiers tandis que beaucoup de personnes étaient encore en train de souffrir des dégâts de l’ouragan».

En ce sens note le quotidien new-yorkais, le maire de la ville et la directrice de la course ont beau eu plaider que la tenue du marathon eût pu booster le moral et les finances de la ville, ils ont dû se ranger à l’opinion qui prévalait. «Il est clair que la meilleure chose pour New York et la meilleure chose pour le marathon et le futur est, malheureusement, de ne pas insister» déclare ainsi au journal Mary Wittenberg, la patronne de la course, qui conclut: «Ce n’est ni l’année ni le moment de la courir. C’est écrasant et réellement difficile. C’est une des décisions les plus dures jamais prises».

Une décision prise au milieu d’une polémique plus qu’acerbe contre ceux des coureurs et des organisateurs qui militaient en faveur de la tenue de l’événement. En témoigne les échanges que l’on a pu suivre sur Twitter et que le réseau social d’agrégation Storify documente: Le tollé des New Yorkais à propos du marathon. Outre les accusations de mauvais goût, ce sont celles sur l’égoïsme des coureurs qui ont fait mouche et provoqué chez ceux-ci des élans de remords. Ainsi cette athlète allemande qui s’écrie: «Je m’étais exercée toute l’année pour ce marathon... le rêve s’est brisé». Depuis elle se demande à quelle organisation caritative il va donner quelques sous, pointant que son argent devrait aller plutôt à Haïti.

Disons que le New York Post n’a pas peu contribué à échauffer l’esprit des New Yorkais, qui publiait en une de l’une de ses éditions la photo de gros générateurs d’électricité servant à alimenter la tente de l’organisation du marathon, tandis que de nombreux habitants attendaient encore d’en recevoir eux-mêmes: «ABUSE OF POWER» en cinq colonnes à la Une (jouant ainsi sur le mot «power» qui signifie aussi bien le pouvoir que le courant»): on ne résiste pas longtemps à cela...

Sans parler du mouvement «Boycott the 2012 NYC Marathon» immédiatement né sur Facebook, comme le rappelle le Wall Street Journal, et qui a reçu quelques milliers de clicks de soutien; ou de la pétition en ligne lancée par Jeff Smith, dont les signataires ont fait preuve parfois d’une rare violence. Comme cette habitante de Brooklyn, Luisa Lisciandrello qui s’écrie: «comment osez-vous gâcher vos ressources au profit de cette merde frivole lorsque les gens sont encore en train d’extraire ici des corps morts de la boue...»

Et maintenant, que faut-il faire? Les Américains ne manquant jamais d’esprit pratique, un membre du Conseil de Ville, Deborah Rose a incité les quelques 40’000 marathoniens du monde entier accourus à New York à porter main forte aux sinistrés de Staten Island ainsi qu’à leur distribuer les vêtements dont ils se seraient sans doute séparés au départ de la course... C’est encore le New York Time qui relate la proposition.

Quant aux questions pratiques: les coureurs déçus recevront-ils une compensation; seront-ils inscrits d’office pour le marathon de l’année prochaine: ce questions demeurent pour l’heure ouverte.