«Ce n’est pas toujours aussi calme.» Sandrine Tonge, responsable relations médias au Comité international olympique (CIO) s’excuse presque en nous accueillant en cet après-midi de juillet dans le hall de marbre blanc immaculé et quasi désert de Vidy.

Après la 123e session de Durban, où la ville sud-coréenne de Pyeongchang a été désignée comme hôte des JO d’hiver 2018, les responsables du mouvement olympique se sont égaillés dans le vaste monde. Mais il faut s’imaginer la ruche que le lieu doit être à certains moments. Au total, entre la Maison olympique, où nous sommes, le Musée olympique, la Villa olympique, la Villa du Centenaire, la Villa Mon-Repos et les immeubles récents de l’avenue de Rhodanie, le CIO occupe pas moins de 450 collaborateurs sur Lausanne. L’invention des JO de la Jeunesse, en 2007, a créé un nouvel appel d’air. Le siège de Vidy, où se trouve le bureau du président et où se réunit la Commission exécutive, reste la vitrine de l’organisation depuis 1968.

Gris Rogge

Cette année-là, la Ville de Lausanne met à disposition le château de Vidy, une maison de maître en déshérence. Installé à Lausanne depuis 1915, le CIO avait logé d’abord au Casino de Montbenon, puis à la Villa Mon-Repos.

Si l’on excepte une furtive boiserie ou une rare moulure, le vieux château de Vidy n’a pas conservé beaucoup de cachet au fil des restaurations. Le bureau du président Jacques Rogge, au premier, affiche une grande austérité. Moquette grise, cuir gris souris pour les fauteuils, tableaux contemporains à dominante grise et ocre. Seule note vive dans ce bureau, les anneaux du drapeau olympique en paraissent criards. Le président belge s’en ira en 2013. Les règles adoptées après le scandale de Salt Lake City (1999) ont raccourci les mandats.

Le développement spectaculaire que la présence olympique a connu sur la rive lémanique doit beaucoup à Juan Antonio Samaranch, le précédent président (1980-2001). Sous son ère, grâce aux droits de retransmission télévisée des Jeux, les revenus du CIO ont augmenté vertigineusement.

Inaugurée en 1986, la Maison olympique, qui jouxte le vieux château, est l’emblème de cette évolution. Verre teinté et profilés métalliques à l’extérieur, débauche de marbre blanc offert par la Grèce à l’intérieur. L’extension étend sa lourde masse au milieu d’une pelouse irréprochable. Très datée, l’œuvre est due à l’architecte Pedro Ramirez Vazquez, qui avait dirigé le comité d’organisation des JO de Mexico (1968) et qui est toujours membre du CIO. L’ami mexicain et son partenaire lausannois Jean-Pierre Cahen construiront ensuite également le Musée olympique. Avec 200 000 vi­siteurs par an, ce musée est devenu l’un des plus fréquentés de Suisse et sera prochainement agrandi.

C’est dans l’aile 1980 que se trouve la salle Coubertin où siège, quand elle se retrouve à Lausanne, la Commission exécutive. Ce gouvernement olympique de quinze membres se réunit quatre fois l’an pour deux jours et demi. Elle prend les décisions finales sur des cas de dopage et préavise auprès de la session, par exemple pour l’inclusion de nouveaux sports olympiques.

Nouvelles vertus

Le dernier agrandissement du CIO remonte à 2008. Faisant le lien entre le château et la Maison olympique, le Pavillon abrite le restaurant d’entreprise, des locaux modulables pour la presse et une nouvelle salle de réunion. Issu cette fois d’un concours, le projet retenu est dû au bureau lausannois Bauen et Wälchli. Les architectes ont séduit par une intervention en finesse dans cet espace rajouté mais central. Après le bâtiment de Ramirez Vazquez, qui reflète plutôt qu’il ne laisse voir, le Pavillon entend défendre les vertus de simplicité et de transparence prônées sous la présidence Rogge. Le dernier événement médiatique en date s’est y déroulé il y a quelques semaines: les droits de TV pour les USA jusqu’en 2020 ont été attribués une fois encore à la chaîne NBC, qui a triomphé de ses concurrentes pour un marché de 4,3 milliards de dollars. Citius, altius, fortius.

A Vidy, le palais aseptisé de l’olympisme ne s’étend pas jusqu’à la rive. A quelques mètres, entre ping-pong et balançoires, la population lausannoise reprend ses droits. Les jours d’été il y a du monde. Même des campeurs. Quant à la buvette des bords de l’eau, elle revendique plus que jamais face à son sélect voisin un pittoresque plutôt cradingue.