Patron d'IMG Suisse, No 1 en termes de management sportif, Marc Biver avait juré qu'on ne l'y reprendrait plus. Qu'il jouerait désormais les sourds-muets dans «l'affaire Kohler», ce scandale des pots-de-vin qui agite le hockey helvétique depuis Noël. Pourtant, hier, il a cru bon de s'expliquer en ses locaux, afin de dissiper tout malentendu suite aux soupçons portés à son encontre par Christophe Piguet (chef des finances de la Ligue nationale) et Marco Torriani (président du HC Genève-Servette).

Dissiper tout malentendu? Objectif partiellement atteint. Au crédit de Marc Biver, on mettra quelques précisions concrètes sur des faits avérés. Oui, il a bien versé une commission de courtage de 1 million de francs au mystérieux intermédiaire Dominik Senn, lequel, en mai 2000, lui avait apporté sur un plateau les droits de sponsoring et télévision jusqu'alors détenus par la Ligue suisse de hockey sur glace (LSHG). Mais ladite commission était indépendante du contrat passé avec la LSHG et Biver n'avait pas à savoir où cet argent terminerait sa course. En l'occurrence dans la poche de Werner Kohler, à l'époque grand manitou des patinoires.

Oui, le boss d'IMG a acheté les droits en question le 5 août 2000, garantissant à la LSHG un revenu de 64 millions sur cinq ans, soit 12,8 millions par année. Oui, il a revendu ces mêmes droits à la LSHG le 3 août 2001, après un seul exercice contractuel, moyennant une rétrocession de 7,5 millions en sa faveur. Somme dont plus de la moitié (4 millions) a déjà été versée à IMG.

A partir de là, les choses s'obscurcissent. Pourquoi cette revente précipitée? Version Biver: «Werner Kohler a argué qu'il éprouvait des difficultés avec la Ligue et les clubs. Ceux-ci trouvaient politiquement déplacé de mettre l'ensemble des droits en main d'IMG.» Version LSHG, par lettre figurant au dossier: un «mécontentement généralisé» des sponsors, IMG n'ayant «rien fait» en une année.

Au moment du rachat, Marc Biver prétendra que «ce contrat représentait une charge trop lourde pour IMG». «C'était l'explication officielle pour éviter les commérages», dit-il aujourd'hui. «En réalité, il serait ridicule de penser qu'une société qui chapeaute les Mondiaux 2003 de ski (alpin et fond) est incapable de gérer le hockey suisse.» Donc, Biver admet avoir menti. Dit-il soudain la vérité?

S'agissant des fameux 7,5 millions, ils ont été, selon lui, calculés sur une base claire: en 2000-2001, IMG a généré 15,3 millions au lieu des 12,8 garantis. D'où une marge brute de 2,5 millions qui, extrapolée sur un quinquennat, donne 12,5 millions, ramenés à 7,5 en un geste magnanime…

Question: comment un organisme «mécontent» du travail non accompli peut-il gratifier d'une telle somme la firme incriminée? Récompenser des paresseux relève, en effet, d'une attitude économique fort peu crédible.

Dans cette affaire, qui sont les menteurs, qui manipule qui et pourquoi? Voilà l'écheveau que le juge Heinz Tännler doit encore démêler, en principe d'ici à la fin du mois.