L'espoir n'aura duré qu'une semaine. Mardi 27 février, Neuchâtel Xamax et IMG (Suisse) SA évoquaient la possibilité d'une entente entre les deux parties. «Nous allons réaliser ces prochains jours un audit approfondi du club. Nous avons assorti un éventuel engagement de deux conditions: le maintien en LNA du club et la mise aux normes européennes du stade de la Maladière, qui appartient à la Ville de Neuchâtel», déclarait Marc Biver, patron d'IMG (Suisse) SA. Hier, le couperet est tombé. «Après une analyse détaillée de tous les paramètres, nous ne sommes pas convaincus qu'à moyen terme, trois à cinq ans, l'opération soit intéressante financièrement», analysait Marc Biver. IMG (Suisse) SA n'injectera pas 1,5 million de francs pour prendre la majorité du capital-actions de Neuchâtel Xamax SA.

L'audit des comptes a donc été impitoyable. Et le chef du groupe de management sportif de détailler les raisons de son refus: «D'abord, il y a les paramètres financiers. En l'état actuel, le club peut nous présenter un compte d'exploitation équilibré (ndlr: le budget pour la saison 2000-2001 est de 3,6 millions de francs), mais ce dernier ne correspond pas aux ambitions qu'on s'est fixées: pour viser une place entre la 4e et la 6e, il faut augmenter le budget de 30 à 40% et le potentiel économique de la région ne permet pas de combler ce manque. Sans oublier que l'arrivée d'un groupe comme le nôtre pourrait pousser les petits investisseurs à s'éloigner du club.» Deuxième facteur, les réticences du groupe. «A Londres, lorsque nous avons présenté notre dossier, nous n'avons pas reçu un enthousiasme délirant. Pour le groupe IMG, ce projet est jugé trop régional pour une entreprise d'envergure internationale.» N'oublions pas qu'au RC Strasbourg, où IMG est l'actionnaire majoritaire, la situation financière est saine, mais les résultats sportifs – le club alsacien est pratiquement relégué en deuxième division – donnent une mauvaise image d'IMG. Cet élément a certainement joué en défaveur d'IMG Suisse. Troisième et dernier facteur, l'appel du pied lancé aux politiques, quant à la rénovation du stade, n'a pas reçu d'écho. «Ce n'était pas à nous de bouger et personne n'a bougé. Je ne suis pas surpris outre mesure par cette attitude. Peut-être que personne n'a les compétences ou les moyens de prendre position», analysait Marc Biver. De toute évidence, la vétusté du stade de la Maladière et sa non-conformité aux normes européennes sont un lourd fardeau. Qui continuera de peser à l'avenir.

Le directeur d'IMG Suisse ne tire pas que des conclusions négatives: «Cela nous a fait avancer dans notre connaissance du football suisse. D'ailleurs, ce retrait ne signifie pas que nous n'allons pas poursuivre d'autres objectifs dans ce milieu.» Rappelons qu'en août dernier, sa société a racheté pour une durée de cinq ans à partir d'août 2001 les droits de télévision et de commercialisation du hockey suisse pour un montant de 64 millions de francs.

Le renoncement d'IMG est déploré. Didier Burkhalter, conseiller communal de la Ville de Neuchâtel, responsable des travaux publics, des sports et des hôpitaux: «Je regrette qu'IMG se retire. Je voyais enfin une chance de débloquer ce dossier.» Même son de cloche de Gilbert Facchinetti, président de l'association Neuchâtel Xamax: «Je suis déçu. On espérait quand même un peu. Mais, surtout, je suis reconnaissant à Marc Biver de s'être intéressé à nous. Dès demain, nous allons chercher d'autres solutions.»

Et l'avenir de Neuchâtel Xamax? La solution de sauvetage proposée par Gian Paolo Bonora, un homme d'affaires italien, a capoté en janvier dernier, alors que le refus de Marc Biver s'inscrit quelques jours seulement (vendredi passé) après la démission en bloc au 30 juin prochain du conseil d'administration. Au sein de celui-ci, Gilbert Facchinetti se retrouve isolé. Alors que ce dernier n'a qu'un objectif sportif en tête – maintenir le club dans l'élite alors qu'il participe au tour de promotion-relégation LNA/LNB –, les autres membres cherchent à laisser une situation financière la plus équilibrée possible (en janvier, 320 000 francs de déficit étaient budgétés au 30 juin 2001).

Mais la situation de Neuchâtel Xamax est loin d'être catastrophique. Plusieurs clubs de Ligue nationale vont certainement afficher un déficit plus grand au terme de cette saison. Alors quel scénario? Une assemblée générale extraordinaire pourrait être convoquée pour le mois d'avril, ce qui permettrait de nommer une nouvelle équipe dirigeante et de préparer la saison 2001-2002. Nul doute que Gilbert Facchinetti travaille déjà dans ce sens. De toute évidence, les résultats sportifs auront leur importance: il est plus facile d'attirer des investisseurs en restant dans l'élite. «Si nous tombons en LNB, nos recettes vont diminuer de 40%», estime François Laydu, manager du club. Les nuages demeurent dans le ciel neuchâtelois.