Motocyclisme

Marc Marquez, l’amour du risque

La saison de MotoGP s’achève sur un cinquième titre pour l’Espagnol, à seulement 25 ans. Mais le petit prodige est loin de faire l’unanimité: son style de pilotage «à la limite» lui vaut bien des regards en coin

Epique épilogue de la saison de MotoGP. Dimanche à Valence, la pluie a fait du dernier Grand Prix de la saison une course contre les éléments autant qu’entre pilotes, avec la victoire finale de l’Italien Andrea Dovizioso devant les Espagnols Alex Rins et Pol Espargaro. Avant une pause décrétée à l’issue du treizième tour, neuf pilotes avaient déjà été piégés par une piste détrempée. Parmi eux, le Bernois Thomas Lüthi, qui a vu s’envoler sa dernière chance d’inscrire des points dans la catégorie reine du championnat du monde avant de retourner en Moto2, ainsi que l’Espagnol Marc Marquez. Mais pour lui, le seul enjeu était de réussir son tour d’honneur à domicile.

Cela fait près d’un mois qu’il a assuré son cinquième titre de champion du monde en MotoGP, son septième toutes catégories confondues, à 25 ans seulement. Cela le place dans la roue des plus grands sur le circuit de l’histoire du motocyclisme. Mais ses succès portent la marque d’un style à hauts risques, qui lui vaut de ne jamais s’éloigner de la controverse. En avril dernier, la légende roulante Valentino Rossi (39 ans) avait accusé son concurrent de «détruire leur sport». Rien que ça.

Danger direct

C’est comme si Lionel Messi taillait un costard à Kylian Mbappé. Comme si Roger Federer démolissait publiquement Alexander Zverev. Comme si Lindsey Vonn médisait de Mikaela Shiffrin. En football, en tennis, en ski, la critique de l’ancienne gloire au jeune talent passerait pour de l’aigreur ou de la jalousie. Mais en motocyclisme, comme dans les autres disciplines mécaniques, la donne est différente parce que les travers de l’un représentent une menace pour l’autre.

Quand tu roules à 300 kilomètres à l’heure sur une piste, tu dois avoir du respect pour tes rivaux. Lui, il n’en a pas, jamais. Il détruit notre sport.

Valentino Rossi

En Formule 1, les manœuvres de tête brûlée de Max Verstappen (21 ans) sont régulièrement dénoncées par ses aînés. Sur deux roues seulement, le danger est encore plus direct. La moindre touchette peut entraîner une chute, et la moindre chute peut avoir des conséquences dramatiques. En 2011, Marco Simoncelli était le trentième pilote de moto à perdre la vie en pleine manche du championnat du monde.

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«Quand tu roules à 300 kilomètres à l’heure sur une piste, tu dois avoir du respect pour tes rivaux. Lui, il n’en a pas, jamais. Il détruit notre sport.» Cette sentence, Valentino Rossi l’a précisément prononcée après avoir été poussé à la faute par Marc Marquez lors du dernier Grand Prix d’Argentine, une «erreur» admise par l’Espagnol qui lui a d’ailleurs valu une pénalité. Ce n’était pas le premier incident entre les deux hommes. En 2015, alors à la lutte pour le titre, ils s’étaient accrochés sur la piste de Sepang, en Malaisie. Déjà, l’Italien avait fini au tapis et en colère. Cette année, il a avoué qu’il avait «peur» lorsqu’il se retrouvait au contact de son cadet sur la piste.

A la suite de cet incident survenu en Argentine, plusieurs anciens pilotes ont ajouté leurs voix à celle du «Docteur», neuf fois champion du monde, pour dénoncer les risques excessifs que prend parfois Marc Marquez. En septembre, au Grand Prix d’Aragon, ça a été au tour de Jorge Lorenzo de finir dans le décor et le pied dans le plâtre – selon lui par la faute de son compatriote, qu’il accuse d’une manœuvre délibérée destinée à l’empêcher de prendre un virage. «Ça n’est pas interdit, mais à mon avis on devrait piloter entre gentlemen et là c’était tout le contraire.»

Rafale de chutes

Deuxième du classement cette année, l’Italien Andrea Dovizioso est plus bienveillant à l’égard du champion. «Avec Marc, il peut toujours se passer quelque chose, parce qu’il arrive à gérer des situations qui sont très à la limite. Mais il pilote comme ça, il faut donc essayer de comprendre ce qu’il veut faire et essayer de réagir en conséquence.»

Je sais que c’est dangereux, et que je pourrais me blesser. Mais pour l’instant, quand j’essaie de rouler différemment, je ne me sens pas moi-même.

Marc Marquez

Le style de pilotage de Marc Marquez ne met pas en péril que ses adversaires, mais en premier lieu lui-même. En 2017, il avait été éjecté de sa moto pas moins de 27 fois, et les statisticiens avaient calculé que depuis ses débuts dans la catégorie reine en 2013, il était tombé au moins une fois lors de 63% des Grand Prix disputés (entre les essais et les courses). Le tout sans jamais avoir à souffrir de graves conséquences à ce jour.

Mais on ne cède pas à l’amour du risque sans embrasser le danger, sans flirter avec la blessure. Dimanche à Valence, il n’a donc pas pu aller au bout, et samedi déjà, lors des qualifications, il était tombé et s’était déboîté l’épaule… qu’on lui avait immédiatement remise en place afin qu’il puisse tenir son rang. Il doit se faire opérer durant l’hiver, et aura sans doute le temps de mûrir ses réflexions quant à son style de pilotage. «J’aimerais en changer car je sais que c’est dangereux, et que je pourrais me blesser, avouait-il fin 2017. Mais pour l’instant, quand j’essaie de rouler différemment, je ne me sens pas moi-même.»

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