Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Roger Federer à l’Open d’Australie. (AFP)

Chronique

Marc Rosset: «Cette saison 2017 de tennis va être passionnante»

Nouveau chroniqueur du «Temps», Marc Rosset présente les enjeux de la saison 2017 de tennis qui commence réellement ce week-end avec l’Open d’Australie

Je me réjouis de cet Open d’Australie qui commence après une saison 2016 mouvementée. Il s’est passé l’an dernier plusieurs choses que l’on jugeait impensables: le sacre d’Andy Murray alors que Novak Djokovic comptait 8000 points d’avance à mi-saison, la victoire de Stan Wawrinka à l’US Open, et l’absence pendant six mois de Roger Federer, ce qui n’était jamais arrivé. J’ai beaucoup aimé les Masters où l’on a assisté à une vraie finale avec le titre de numéro un mondial en jeu. Murray et Djokovic se sont partagés l’année et ça s’est joué finalement à 400 points.

C’était passionnant et la saison 2017 s’annonce toute aussi intéressante. On l’a vu dès Doha où, pour une finale d’un simple tournoi ATP 250, Murray et Djokovic ont bataillé pendant trois heures avec une intensité incroyable, comme si c’était une finale de Grand Chelem! Chacun voulait déjà marquer son territoire et prendre un ascendant psychologique sur l’autre.

Novak Djokovic ne se contentera pas d’être numéro deux

J’aime beaucoup Andy Murray et j’ai vraiment été content pour lui de le voir réussir une seconde partie de saison aussi exceptionnelle. Ce que j’adore chez lui, c’est que si l’on prend chacun de ses coups séparément, il n’est pas forcément au-dessus des autres; par contre, sa science du jeu est phénoménale. C’est vraiment un joueur de tennis. Sa demi-finale de Roland-Garros contre Stan était une pure leçon tactique: il avait fait tout juste, tout le match. Murray a aussi un côté râleur qui énerve pas mal de monde mais qui moi me plaît bien parce qu’il exprime ses émotions et parce que ce n’est jamais tourné contre l’adversaire.

A lire aussi: Andy Murray, numéro 1 mondial de la résilience

Le voici donc numéro un mondial et l’on ne sait pas encore comment il va vivre cet accomplissement. Tout est possible. Mats Wilander a avoué une fois que cela avait tué en lui tout désir de conquête alors que Roger Federer se motivait avec l’idée de le rester trois cents semaines! Je ne crois pas une demi-seconde que Novak Djokovic se contente désormais d’être numéro deux. C’est un joueur plus qu’intelligent, talentueux, avec un ego énorme. Mais je me pose beaucoup de questions sur lui.

Stan, c’est un diesel

Djokovic avait atteint un niveau de jeu rarement vu dans le tennis, c’était une machine, un tueur. Et puis il y a eu une cassure après sa victoire à Roland-Garros et il est devenu friable. Ce qui parfois me frustre dans son jeu, c’est qu’il se contente de pousser l’autre à la faute. On l’a vu gagner ses matchs grâce à ses coups gagnants et je ne sais pas pourquoi il a changé mais il est devenu moins tranchant, plus ennuyeux. C’est mon avis mais j’aimerais que le meilleur joueur du monde réussisse plus de coups gagnants que son adversaire et non qu’il commette moins d’erreurs directes.

A lire aussi: Malgré sa défaite lundi, Stan Wawrinka atteint le haut de l’affiche

Derrière ce duo, Stan Wawrinka est le seul joueur à avoir gagné un titre du Grand Chelem ces deux dernières saisons. Peut-il le refaire? Chaque année, on se dit que non et il démontre le contraire. Paradoxalement, le format des Grand Chelem lui convient mieux que celui des Masters 1000, où il doit devenir plus performant, plus constant, s’il veut se rapprocher des touts meilleurs. Stan, c’est un diesel: en Grand Chelem, avec des matchs un jour sur deux, des premiers tours tranquilles et le côté rassurant des cinq sets, il peut monter progressivement en régime. Il lui manque donc Wimbledon, qui peut devenir son Everest. C’est le tournoi qui lui a le moins réussi mais il a les armes pour bien faire.

Des tirages au sort cruciaux pour Federer

Avec Stan, Juan Martin Del Potro, qui a renoncé à l’Open d’Australie, est le seul joueur qui, en forme, peut se dire que la victoire ne dépend que de lui. J’aime le voir jouer! Quand il est bien et qu’il commence à frapper, il peut mettre l’adversaire à cinq mètres de la balle. Il a du charisme et une histoire (quatre opérations au poignet). Milos Raonic est un joueur que je n’aimais pas particulièrement mais qui m’a bien plu aux Masters contre Andy Murray. Il possède une arme fabuleuse, son service, mais il a su s’entourer pour progresser en revers, en retour et dans ses déplacements. Il reste un peu nerveux dans les moments clé. Quand tu t’appelles Raonic, tu ne peux pas te permettre de faire quatre deuxièmes balles dans le tie-break d’une finale à Wimbledon.

Reste Roger Federer. S’il a retrouvé ses capacités physiques, il n’y a aucune raison qu’il ne revienne pas à son niveau. Mais cela va prendre du temps. Cela va aussi dépendre désormais de ses tirages au sort, parce qu’il a besoin de jouer et de gagner beaucoup de matchs pour retrouver ses sensations. Pour l’Open d’Australie, cela risque d’être un peu juste. Il n’a joué que trois matchs de Hopman Cup, deux gagnés, un perdu de peu contre Zverev… Je suis très heureux de le voir rejouer. C’est la méga-star du tennis, on l’a vu à Perth où 6000 personnes se sont déplacées juste pour le voir taper quelques balles à l’entraînement. Il a marqué l’image et l’imaginaire de ce jeu. En son absence, nous avons eu un avant-goût de ce que sera le tennis sans lui et il faut avouer que c’est beaucoup moins drôle. J’aurai l’occasion d’y revenir.

A lire aussi: Roger Federer, la légende du tennis, est 16e mondial

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL