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Le stade Arthur Ashe lors de la demi-finale de l’US Open opposant Kevin Anderson et Pablo Carreño Busta, le 8 septembre 2017. 
© Chris Trotman/Getty Images

L’œil du court

Marc Rosset: «L’ATP vient de se voir présenter l’addition»

En multipliant les mesures pour favoriser les meilleurs joueurs, les instances du tennis se sont tiré une balle dans le pied, estime l’ancien joueur dans sa chronique au «Temps»

Pour préparer cette chronique, je me suis plongé dans différents sites spécialisés. Je voulais savoir si une statistique pouvait expliquer l’hécatombe actuelle dans le tennis masculin. J’ai d’abord cherché à connaître le nombre de matchs joués en carrière par les plus grands joueurs de l’histoire: ça tourne toujours à peu près autour des 1000 matchs, aussi bien pour McEnroe que pour Edberg, Sampras ou Nadal. J’ai ensuite cherché, sans succès, le nombre de coups gagnants réussis par ces joueurs, pour voir s’il y avait une corrélation entre le style de jeu et les blessures. J’ai trouvé, par contre, une stat' sur la durée moyenne des matchs; 1h33 pour Sampras, 1h50 pour Nadal, 1h51 pour Stan Wawrinka.

J’ai enfin fait appel à mes souvenirs: je me rappelle que mon pote russe Evgueni Kafelnikov a joué comme un malade, disputé plus de 1000 matchs à 1h56 de jeu en moyenne, enchaîné simples et doubles, et qu’il a fini sa carrière sans blessure grave.

Lire aussi: A l’Open d’Australie, l’aube et le crépuscule

Bref, rien de très concluant. J’en reste donc à la thèse que je défends depuis plusieurs années: l’uniformisation des surfaces, le ralentissement des conditions de jeu et la protection accrue des têtes de série (de 16 à 32) ont abouti à l’émergence d’une génération de quatre ou cinq joueurs qui ont tout gagné et qui, surtout, ne se sont jamais reposés. Ils sont en train d’en payer le prix.

Mutation en profondeur

Il y a un truc que l’on a oublié: à mon époque, les trentenaires se faisaient pousser dehors par les plus jeunes. Aujourd’hui, le ralentissement des surfaces a rendu le tennis beaucoup plus physique et les nouveaux venus n’ont pas «le coffre» pour tenir cinq sets face aux meilleurs. On le voit bien avec Alexander Zverev, qui gagne des Masters 1000 – ce qui veut donc dire qu’il a le tennis – mais qui flanche en format trois sets gagnants.

Cela fait des années que je me bats contre cette tendance qui a été prise pour satisfaire les organisateurs de tournois, qui voulaient tous avoir Nadal, Federer, Djokovic et Murray en demi-finales. Est-ce que Nadal aurait gagné Wimbledon si l’on n’avait pas ralenti le gazon? Est-ce que Federer l’aurait gagné huit fois si on l’avait ralenti quelques années plus tôt? Ce sont des questions qui resteront sans réponses mais ces décisions ont modifié en profondeur le tennis.

Le discours officiel, c’était de dire que ces joueurs-là étaient «le Big Four», «les 4 fantastiques» ou une génération d’extraterrestres. Je me souviens d’un débat il y a quelques années sur la BBC (radio). Un gars de l’ATP expliquait ça et je lui ai dit que non, ce n’était pas vrai. La meilleure preuve, c’était Stan. On l’a connu jeune en Suisse et désolé, ce n’était pas un extraterrestre. Il s’est construit au fil des années, notamment physiquement. C’est l’un des seuls.

Avènement plus tardif

Aujourd’hui, l’ATP se voit présenter l’addition de sa vision à court terme. Ceux qui gagnaient tout sont blessés et il n’y a pas grand monde derrière. Les Goffin, Dimitrov, Raonic, Thiem sont de très bons joueurs mais ils ont déjà 25-26 ans et ce n’est pas à cet âge-là qu’on devient une star. Borg, McEnroe, Becker, Sampras, Nadal ont tous remporté leur premier titre du Grand Chelem vers 18 ou 20 ans.

Les conditions actuelles ne le permettent plus et l’on se retrouve à l’US Open avec un Arthur Ashe Stadium à moitié vide pour une demi-finale Anderson-Carreño Busta qui n’intéresse personne. J’étais aux Masters de Londres, Jack Sock se promenait autour du stade avec son thermo-bag et les gens ne le reconnaissaient pas. Parce qu’à force de ne voir que les quatre mêmes, on s’est désintéressé du reste. Parfois à raison parce que, avec le système des 32 têtes de série, il y a peu de premiers tours intéressants. Mais un Andy Murray, que personnellement j’adore, est-il objectivement très attractif? A force de le voir, on a appris à le connaître et à l’apprécier, mais les nouveaux joueurs n’ont pas cette chance. Avec le retour à 16 têtes de série prévu pour 2019 et la création du Masters des jeunes à Milan, l’ATP semble avoir compris le problème.

Des revenants à la peine

Un mot sur l’Open d’Australie 2018. Je place Roger Federer parmi les favoris. Les autres ne savent pas trop où ils en sont. Ils auront de la peine à faire comme Roger l’an dernier, d’une part parce qu’ils n’ont pas son talent unique, et d’autre part parce qu’ils sont cette fois plusieurs à avoir chuté dans le classement. C’est mathématique, tous ne pourront pas revenir en même temps.

Je vois assez bien Djokovic remonter vite même si, entre sa blessure et sa déprime, cela fait bien 18 mois qu’il ne joue plus à son meilleur niveau. J’espère aussi sincèrement que Stan Wawrinka retrouvera l’intégralité de ses moyens, il le mérite vraiment. Après, si ça n’est pas à Melbourne, ce n’est pas grave.

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