Marcel Schelbert est un jeune homme consciencieux. Vendredi, après avoir arraché la médaille de bronze en finale du 400 m haies, il est allé se coucher pour se préparer à disputer les qualifications du relais. Samedi, il s'est endormi après avoir battu un nouveau record de Suisse avec Laurent Clerc, Matthias Rusterholz et Alain Rohr: celui du 4 x 400 m, en 3'02''46, soit 45 centièmes de mieux que le temps établi l'an passé aux championnats d'Europe par le quatuor Clerc-Widmer-Rohr-Rusterholz. Une nouvelle performance de choix, mais qui, étonnamment, n'a fait sauter personne de joie.

«On espérait une place en finale et on termine 5es. De quoi être un peu mitigé, explique le Genevois Laurent Clerc. Dans une autre série, on se serait peut-être qualifié (n.d.l.r.: le Sénégal a effectivement terminé 2e derrière les Etats-Unis en 3'02''53). Mais seuls les deux premiers des trois séries et les deux meilleurs 3es passaient.» Pour arracher une place en finale, il aurait fallu grappiller des centièmes, réussir notamment ce fameux premier passage de témoin qui a ruiné les espoirs du relais suisse. «J'ai voulu prendre tous les risques, avoue Matthias Rusterholz. Je suis parti trop vite, et j'ai dû freiner avant que Laurent (Clerc) me transmette le bâton, pour ne pas sortir des limites.» Le premier wagon (Afrique du Sud, Pologne, Jamaïque, Russie) était passé. Trop tard pour s'y accrocher.

Marcel Schelbert, lui, prend tout ce qui lui arrive avec un détachement impressionnant. Samedi, quand il a appris au réveil que le Brésil avait déposé un protêt contre lui et que celui-ci avait été repoussé à minuit et demi, il a juste dit: «Tant mieux. Il avait de toute manière peu de chances d'aboutir.» A 23 ans, le dernier relayeur suisse a une attitude de vieux briscard. Les succès, il y est habitué, depuis ses médailles d'argent aux championnats d'Europe juniors en 1995 et moins de 23 ans en 1997. Il demeure modeste, espère seulement pouvoir tirer profit de sa médaille andalouse pour financer ses études d'économie à l'Université de Zurich, qu'il devrait terminer dans deux ans. Son entraîneur, Andreas Hediger, se réjouit déjà de la saison prochaine: «On va essayer d'augmenter les charges d'entraînement. Marcel a un gros potentiel. Je suis persuadé qu'il peut encore s'améliorer.»

F. D.