Tennis

Marco Cecchinato, l’invité surprise

Sensation du tournoi, l’Italien se qualifie pour les demi-finales en sortant Novak Djokovic, 13-11 dans le tie-break du quatrième set (6-3 7-6 1-6 7-6). Il n’avait gagné aucun match de Grand Chelem avant ce Roland-Garros

On attendait la pluie et c’est un coup de tonnerre qui s’est abattu sur Roland-Garros! Marco Cecchinato, 72e joueur mondial, s’est qualifié pour les demi-finales du simple messieurs en battant Novak Djokovic en quatre manches (6-3 7-6 1-6 7-6) et 3h26 d’un match superbe, particulièrement dans le tie-break du quatrième set, conclu 13-11 sur la quatrième balle de match, après que Djokovic eut trois balles de deux sets partout.

Incroyable Cecchinato! Ce Sicilien est le premier Italien en demi-finale de Roland-Garros depuis Corrado Barazzutti en 1978. Il est aussi le joueur le plus mal classé qualifié dans le dernier carré depuis Andrei Medvedev, 100e mondial en 1999. En 1997, un inconnu de 20 ans, Gustavo Kuerten, 66e mondial, avait même remporté le tournoi. Cecchinato n’est lui plus vraiment un espoir.

A 25 ans, il faisait partie la semaine dernière encore de ces anonymes du circuit dans l’attente et la recherche du «déclic» qui les fera basculer du bon côté. Lui a sombré un temps du côté obscur, lorsqu’il fut suspendu 18 mois en 2016 par le Tribunal fédéral de la Fédération italienne de tennis pour avoir «déconseillé» à un ami de parier sur lui avant un match où il se présentait en méforme. Il fut finalement relaxé pour vice de procédure mais cette affaire retarda peut-être son éclosion.

Un final complètement fou

Marco Cecchinato n’avait pas remporté le moindre match en quatre participations à des tournois du Grand Chelem. Il vient d’aligner cinq victoires de suite. Il avait arraché la première il y a un peu plus d’une semaine 10-8 dans le cinquième set face au Roumain Marius Copil. Sa belle histoire s’était poursuivie en mettant fin à celle de l’Argentin Marco Trungelliti, le lucky loser revenu in extremis en voiture de Barcelone. Le Sicilien s’est ensuite attaqué à des gros morceaux: la tête de série numéro 10, l’Espagnol Pablo Carreño Busta, la tête de série numéro 8, le Belge David Goffin, la tête de série numéro 20, Novak Djokovic. Tous sortis en quatre sets.

Ce n’était certes pas encore un tout grand Djokovic (le Serbe manque encore un peu de confiance et de condition physique) mais c’était déjà un très bon Djokovic, avec des attitudes retrouvées dans sa manière de se désarticuler pour renvoyer des balles impossibles. C’était surtout en face un excellent Marco Cecchinato, accrocheur, infatigable, sans pour autant être passif.

Ivre de joie, de fatigue et de larmes

Il sut faire preuve de sang-froid pour gérer les aléas d’une rencontre qui le vit successivement remporter très facilement le premier set, patienter pendant que son adversaire se faisait masser (par deux fois) la nuque, surmonter la perte d’un break d’avance pour empocher le deuxième set au tie-break (7-4), subir un coup de mou et bazarder la troisième manche (6-1), supporter un nouveau temps mort médical, encaisser un point de pénalité pour en avoir profité pour s’absenter sans autorisation, se faire breaker d’entrée de quatrième set et s’accrocher tout de même, revenir in extremis à 5-5, pousser Djokovic au tie-break, rater une première balle de match à 6-5, sauver deux balles de set avec beaucoup de jambes et ce qu’il faut entre les deux, maudire les lignes, implorer la mamma, faire le mauvais choix sur une troisième balle de match, survivre à une troisième balle de set inratable, tout donner sur un dernier retour de revers le long de la ligne et finalement, finalement, s’écrouler, ivre de joie, de fatigue et de larmes.

Pas de match sur le Central

La journée avait commencé mollement. Les pronostics ont d’abord été catégoriques (de la pluie, pas de match ce mardi à Roland-Garros) puis partagés: une affiche très ouverte sur le Philippe-Chartrier et l’autre à sens unique sur le Suzanne-Lenglen. Ce fut tout l’inverse. Alors que Marco Cecchinato et Novak Djokovic bataillaient dans le quatrième set sur le Lenglen, le Central était vide depuis une bonne heure.

Il s’était rempli péniblement sur les coups de 14h. Jamais facile de sortir de table en France, et encore moins lorsqu’on est chouchouté comme les VIP de Roland-Garros. Sur le court, Dominic Thiem et Alexander Zverev mettaient d’emblée beaucoup d’intensité dans leurs frappes. Peut-être parce qu’ils sentaient que le ciel gris et lourd ne tiendrait sans doute pas tout l’après-midi. Sans doute parce qu’ils savaient que leur match pouvait durer très longtemps.

Une douleur «de plus en plus forte»

Le début de rencontre montra deux joueurs assez similaires malgré des gabarits très différents. Le grand Zverev semble posséder plus de qualités (mais peut-être est-ce un effet de sa taille et de son élégance gestuelle) mais Thiem est plus complet. Il est aussi un peu plus précis, un peu plus habile lorsqu’il faut déposer la balle et non la cogner. Il possède un magnifique revers à une main qui, frappé croisé, sort souvent son adversaire du court. Il fit ainsi le break à 3-3, à sa première occasion, et enleva d’un ace la première manche 6-4.

A 2-1 30-15, on remarqua que Zverev se tenait la cuisse gauche pour la seconde fois du match. «Cela a commencé à tirer au quatrième jeu du premier set. J’ai pensé que c’était dû à la fatigue mais la douleur est devenue de plus en plus forte», expliquera ensuite l’Allemand.

Conscient de sa supériorité physique (il a passé jusqu’ici 9h30 sur le court, Zverev 12h), son adversaire s’ingénia dès lors à le faire courir, d’un côté à l’autre mais aussi d’avant en arrière. Comme c’était exécuté avec maîtrise au plus près des lignes, Zverev n’arrivait plus à suivre la cadence et cédait 6-4 6-2-6-1 en 1h50. Dominic Thiem sera favori en demi-finale face à Marco Cecchinato. Mais Novak Djokovic l’était aussi.

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