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Marco Chiudinelli arrête sa carrière cette semaine aux Swiss Indoors de Bâle, le tournoi où il fut ramasseur de balles aux côtés d’un certain Roger Federer.
© Peter Schneider/Keystone

Tennis

Marco Chiudinelli, le côté obscur de Roger Federer

«L’autre Bâlois» du tennis suisse en termine cette semaine aux Swiss Indoors de Bâle avec une carrière aussi longue et aussi riche – au moins de souvenirs – que celle de son ami d’enfance

Ce pourrait être une question piège à Questions pour un champion. Prenez le ton théâtral de Julien Lepers et lisez à haute voix par-dessus vos lunettes: «Je suis né à Bâle en 1981, j’ai grandi à Münchenstein, j’ai longtemps hésité entre le foot et le tennis, j’ai une carrière longue de près de vingt ans sur le circuit ATP, j’ai remporté la Coupe Davis avec la Suisse en 2014 et on me fête cette semaine aux Swiss Indoors, mon tournoi, celui où, enfant, j’étais ramasseur de balles. Je suis…? Je suis…?» Marco Chiudinelli.

Lire aussi: Roger Federer, vite fait, bien fait

«L’autre Bâlois» du tennis en termine cette semaine. Trop de blessures ont eu raison de sa passion et de son obstination. Battu au premier tour par le Néerlandais Robin Haase (6-2 7-6), il poursuit encore un peu l'aventure en double. Invité par l’organisateur Roger Brennwald, «Chiudi» a eu les honneurs de la night session du lundi, traditionnel premier temps fort du tournoi. «Je suis heureux de pouvoir faire mes adieux devant mon public», a-t-il remercié sur les réseaux sociaux. Federer, qui chasse sur ses terres la première place mondiale occupée par Rafael Nadal, a fait ce qu’il a pu pour ne pas prendre trop de place et mettre en avant son ami «MC». Mais qui s’intéresse à Robin quand Batman est à Gotham?

Début de chemin similaire

Puisque l’on barbote dans la métaphore pop, les parcours parallèles de Marco Chiudinelli et de Roger Federer ressemblent à un générique d’Amicalement vôtre monté à l’envers. Au début, tout est similaire, raccord, et puis, imperceptiblement tout d’abord, nettement ensuite, les routes se séparent. Les titres, la fortune et la gloire pour l’un; les galères, les courts annexes et l’indifférence polie pour l’autre.

Leurs vies ne sont plus reliées aujourd’hui que par une profonde amitié, qui naquit lorsque, enfants, celui qui perdait pleurait tandis que celui qui gagnait traversait le court pour venir le réconforter. Il y a bien longtemps que c’est toujours le même qui gagne mais l’amitié a perduré, et poussa même Roger Federer (c’est en tout cas notre interprétation) à remporter la Coupe Davis plus pour l’offrir à ses potes que pour compléter sa collection personnelle.

«Je n’ai rien d’incroyable»

A quel moment la destinée de Chiudinelli a-t-elle emprunté les chemins de traverse? La question est biaisée. A-t-il seulement fait fausse route? A son meilleur, en février 2010, il était 52e mondial. Un classement que la quasi-totalité de ses camarades de promotion (Michael Lammer, Jun Kato, Gonzague Page, Sven Simmen, Stéphane Bohli, Yves Allegro, Roman Valent) n’a jamais pu approcher. Lui y aura goûté, même du bout des lèvres.

Il a gagné un titre sur le circuit ATP, le double à Gstaad avec Michael Lammer en juillet 2009, et a souvent bien tenu son rôle en Coupe Davis, comme en septembre dernier à Bienne, lorsque ses deux victoires en simple contre la Biélorussie ont assuré le maintien de la Suisse dans le groupe mondial. «Il faut être réaliste, admettait-il en 2009 à Bâle. Je suis un joueur solide, qui mérite sans doute sa place dans les 100 premiers, mais je n’ai rien d’incroyable non plus.»

Peut-être quand même la volonté, qui le fit participer au deuxième match le plus long de l’histoire du tennis en 2013, un double épique de Coupe Davis avec Wawrinka contre les Tchèques, perdu 24-22 au cinquième set. Sept heures d’effort et, au bout, la défaite. Lui qui avait été irréprochable tout le match fauta sur le dernier jeu. L’histoire de sa carrière.

Trop de blessures

Marco Chiudinelli n’avait pas le talent mais il a beaucoup joué de malchance, en se blessant deux fois gravement (à l’épaule droite en 2005, huit mois d’arrêt, et au genou gauche en 2007, douze mois d’arrêt), à chaque fois alors qu’il enchaînait les bons résultats et progressait au classement. Pour être tout à fait honnête, il faut rappeler qu’il fut aussi contrôlé positif à la nandrolone en 1999.

L’histoire n’est pas très claire: son corps fabriquait, paraît-il, naturellement cette substance en grande quantité. Mais Stéphane Oberer, le directeur technique national, évoqua «une erreur de jeunesse». Chiudinelli, qui était encore cadre juniors de Swiss Tennis, s’en tira pour une fois à bon compte: trois mois de suspension.

Il eut la force de revenir non loin du top 100 après chaque coup dur. Non classé fin 2008, 600e mondial au début de l’année 2009, il effectua le plus beau come-back de la saison et reçut même un diplôme de l’ATP à Bâle. Devinez qui le lui remit? Marco Chiudinelli réussit cette année-là, chez lui, le meilleur résultat de sa carrière en se hissant en demi-finale. Devinez qui l’élimina? Roger Federer, encore et toujours, indépassable modèle et indéfectible ami.

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