S’ils avaient su, ils seraient peut-être venus. A croire que les spectateurs allemands ne s’attendaient pas à une prouesse de leur porte-drapeau en super-G. Pour la course inaugurale de ces Mondiaux, les gradins de l’aire d’arrivée de la piste Kandahar brillaient par leurs nombreux sièges vides. Deux mille billets sur 10 000 sont restés invendus. Le soleil, la douceur et l’annonce d’une course spectaculaire sur une piste gelée et bosselée n’ont pas réussi à attirer la foule des grands jours.

La perspective d’une première médaille de Maria Riesch, troisième derrière l’Autrichienne Elisabeth Goergl et l’Américaine Julia Mancuso, aurait peut-être réveillé les apathiques. Même si l’Allemande, elle, cherche ailleurs les raisons de cet absentéisme. «Il ne faut pas oublier que nous sommes en semaine. Peut-être aussi que les gens n’ont pas envie de venir sur la toute première épreuve. Je suis persuadée qu’il y a aura de plus en plus de monde au fil des jours. Je pense aussi que les gens sont davantage attirés par le slalom. Depuis l’aire d’arrivée, on peut voir la course dans son ensemble. Et puis il y a la dramaturgie des deux manches», rappelle la championne olympique de slalom et de super-combiné.

L’affluence au super-combiné vendredi permettra de voir si Riesch fait recette. Le contraire serait étonnant, tant la fille du pays se profile comme l’icône de ces Championnats du monde, le grand espoir doré de la nation organisatrice. Son visage est partout. Son nom et son sourire barraient mardi la une des quotidiens. Elle dispose même d’un salon privé en bas de la piste, – le «Maria’s Corner» – pour donner ses interviews.

Dans cette région amoureuse du ski alpin, où les fans poussent l’hystérie jusqu’à faire le pied de grue à l’aube devant les hôtels des équipes dans l’espoir d’arracher une signature aux athlètes, la Bavaroise sait apprécier cette attention flatteuse. «C’est bon pour le sport. Je suis toujours ravie de pouvoir signer des autographes, c’est un sentiment agréable. Et puis, je ne suis confrontée à la foule que dans les lieux publics. A la maison, je suis tranquille. Les gens ne savent pas où j’habite et je bénéficie de la plus stricte intimité.» Lundi, entre le ski libre qui, en super-G, tient lieu d’entraînement, ses obligations médiatiques et la cérémonie d’ouverture, Riesch n’a pas eu le temps de se reposer avant sa première course. Peu importe. Elle savourait ces instants uniques dans sa vie d’athlète, cet honneur de recevoir le monde à sa porte. «En tant ­qu’héroïne locale, je me devais de participer à la cérémonie. Je pense même que cela a ajouté à ma motivation.»

Tout à Garmisch-Partenkirchen vient rappeler les attentes bavaroises à l’égard de la championne. Des attentes qui ne l’ont pas bridée. L’Allemande est parvenue à laisser la tension et les pensées parasitaires dans le cabanon de départ pour ne penser qu’à sa course, pour attaquer cette piste exigeante qui ne s’est offerte qu’aux plus audacieuses. Aux plus expérimentées aussi. «Chapeau à Mari!», souffle Lara Gut. «Si l’on songe à toute la pression qu’elle a ici, elle a vraiment bien skié. Qui plus est avec des conditions qu’elle n’apprécie pas particulièrement.» L’intéressée reconnaît que c’était difficile, «avec des parties très glacées et de nombreuses bosses». «Il fallait avoir du mordant, skier avec agressivité. Je savais que j’en étais capable et lors de la reconnaissance, j’ai repéré la ligne exacte que je voulais.»

La médaillée de bronze se dit particulièrement heureuse du scénario. «Lorsque j’ai vu que j’étais troisième alors qu’il restait encore sept skieuses à partir, mes nerfs se sont mis à trembler. Et lorsque Lindsey [Vonn] s’est élancée, mon pouls a pris l’ascenseur», raconte Riesch. «Décrocher une médaille n’est pas aberrant vu que je suis deuxième au classement provisoire de la discipline, mais je ne comptais pas vraiment dessus étant donné que je n’ai pas gagné un super-G depuis trois ans, alors que Lindsey en a gagné plein.»

Maria Riesch a d’ores et déjà rempli son contrat. «Je vais vraiment pouvoir profiter de ces Mondiaux maintenant que j’ai au moins une médaille. C’était mon objectif. Je reste très motivée mais je pense que ce sera plus facile pour moi maintenant.» Ce qui viendra ne sera que du bonus. C’est bien ce qui fait de cette talentueuse polyvalente une candidate sérieuse aux titres à venir. L’Allemande a encore faim. Et croquerait bien de l’or. Ne serait-ce que pour combler les spectateurs. Maintenant qu’ils savent, ils viendront.