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Vainqueur de Simona Halep puis vaincue par l'émotion, Maria Sharapova peut rêver d'aller loin dans cet US Open

Tennis

Maria Sharapova, star, strass et stress

Pour son grand retour, la Russe a offert un show de cuir et de larmes dans la nuit new yorkaise. Son match contre Simona Halep, remporté 6-4 4-6 6-3, était pour elle bien plus qu'un premier tour

Ce n'était pas un premier tour (d'ailleurs, cela aurait tout à fait pu être une finale), c'était un soir de première au Arthur Ashe Stadium, une night session dans le plus grand stade de tennis du monde. La différence est abyssale et personne, lundi soir, n'en avait plus conscience que Maria Sharapova.

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La joueuse russe, 30 ans, réintégrée dans le circuit WTA ce printemps après une suspension de quinze mois pour un contrôle antidopage positif au meldonium, jouait plus qu'un premier match. Elle jouait son retour. Depuis Stuttgart en avril, où elle reprit le fil interrompu de sa carrière, Sharapova enchaîne les bons résultats, les moins bons, les blessures, les forfaits. Retombée dans les profondeurs du classement de la WTA (146e), elle est obligée de s'en remettre au désir des organisateurs pour participer aux tournois du grand chelem. Roland-Garros l'a rejetée, Wimbledon seulement invitée pour le tournoi qualificatif (que, blessée, elle renonça à disputer); lundi, Flushing Meadows lui ouvrait grand les portes.

Une ambiance de Superbowl

Le tennis féminin n'a pas tant de stars que ça, et quand Serena Williams est enceinte, il n'y a pas à chipoter: welcome Maria, en prime time s'il vous plait, avec cérémonie d'ouverture très Girl power (la légende Billie Jean King, la présidente de la fédération américaine de tennis Katrina Adams), mini-concert de Shania Twain sur le mode «mi-temps du Superbowl» et l'hymne national a capella, la main sur le cœur.

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Ah, et il y avait aussi Simona Halep. La Roumaine, numéro deux mondiale, est plus qu'une figurante. Elle peut espérer devenir numéro un, et elle le serait déjà si elle savait affronter ce genre d'évènement. Les Américains, qui s'y entendent question mise en scène, ont trouvé la punchline du match: «One step to the top. One step from the bottom». La dernière marche pour l'une, le premier pas pour l'autre.

Maria Sharapova n'a jamais perdu contre Halep (7 victoires) ni aucun de ses 18 matchs joués en night session. Elle sait que c'est son moment. Qu'il faut briller. Sur les coups de 20h, elle pénètre sur le court vêtue d'une robe noire avec lanières de cuir souple et dentelles dans le dos. Des brillants - cristaux Swarovski, apprendra-t-on plus tard - sont cousus sur le tissu. «Quelqu'un qui s'habille comme ça sait pourquoi elle est là ce soir», dit l'ancienne championne Chris Evert à la télévision américaine.

Le total look noir pour la night session est un code vestimentaire édicté par Roger Federer, du temps où Anna Wintour veillait sur sa garde-robe. C'est une manière de dire: ici, le tennis est un show dont je suis la vedette.

Autant de fautes directes que de coups gagnants

A peine entrée sur le terrain, Simona Halep, visage fermé, a déjà perdu la bataille du look. La nouvelle tenue Adidas est une vilaine réplique de la robe Mondrian et sa jupette très courte lui donne des airs de volant de badminton multicolore. Ça n'a l'air de rien mais dans un sport aussi cérébral, tout compte. Et Nike, qui a attribué à Sharapova un ancien directeur de collection de Givenchy après avoir pris ses distances (contrat «suspendu») l'an dernier, le sait bien.

La partie démarre et l'on se souvient alors de ce qu'est Maria Sharapova sur un court. Beaucoup de cris (sur chaque frappe de balle, en fait), énormément d'agressivité, une prise de risque constante et, forcément, autant de coups gagnants (60) que de fautes directes (64). La nervosité lui fait manquer beaucoup de choses, comme les innombrables balles de break qu'elle se procure (seulement 5 converties sur 22). 

Halep s'accroche, refait deux fois son break de retard dans la première manche (qu'elle finit par perdre 4-6), revient de 1-4 à 6-4 dans le deuxième set. On pense qu'elle va finir par l'emporter, que le temps lui est favorable à mesure que le match s'enfonce dans la nuit (2h44 en tout).

«La fille derrière les paillettes» 

Du temps où il osait être drôle, Novak Djokovic savait parfaitement imiter la gestuelle de son ex-petite amie. Ce rituel un peu mécanique, ces épaules rentrées, ces manières d'écolière appliquée. Ce ne sont pas des tics mais une routine qui la préserve des pensées parasites. Maria Sharapova bout à l'intérieur mais ne dévoile rien. Elle insiste toujours, frappe encore plus fort, crie de même. Ce n'était pas un premier tour. Pour elle, c'était même une finale, à en croire sa réaction après la balle de match.

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A genoux sur le court, comme rendant grâce aux dieux du tennis, elle pleura, remercia son clan, envoya des baisers au public, pleura encore. Elle pleurait toujours en conférence de presse. Quelque chose devait sortir d'elle: beaucoup de stress et un peu de ressentiment. «Derrière les diamants Swarovski (sic) et les paillettes, il y a cette fille qui a du cran, beaucoup de volonté», lâcha-t-elle en parlant d'elle-même à la troisième personne et sans oublier les sponsors.

La voici de retour, réinstallée. Lavée, Maria? Baignée de larmes, en tous cas. Et placée en embuscade dans le bas du tableau où elle bénéficie désormais du parcours protégé prévu pour Simona Halep. Elle affrontera mercredi au deuxième la Hongroise Timea Babos, qui a éliminé lundi la seule Suissesse du tableau féminin, la Zurichoise Viktorija Golubic (7-5 5-7 7-5).

Avant le tournoi, Maria Sharapova avait confié que sans sa suspension, elle aurait peut-être déjà arrêté le tennis. «J'avais 28 ans, le tennis avait occupé presque la totalité de ma vie, j'avais d'autres passions. Je ne pensais pas continuer à jouer après les Jeux de Rio en 2016.»

Elle ne voulait pas finir comme ça. Elle peut désormais espérer écrire le happy end qui fera une fois encore le lever le public américain.

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