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Le nageur Jérémy Desplanches sera l'un des Suisses en lice lors des European Championships.
© Patrick B. Kraemer/EPA ©

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Le mariage de raison des championnats d’Europe

Sept disciplines différentes, un événement unique. Glasgow et Berlin accueillent dès jeudi la première édition des European Championships, qui doivent permettre une meilleure diffusion des joutes continentales d’athlétisme, de natation, etc

L’union fait la force, dit le proverbe. Les fédérations européennes de sept disciplines sportives se sont persuadées qu’il ne mentait pas. L’athlétisme, la natation, le cyclisme, l’aviron, la gymnastique, le golf et l’aviron ont fait le pari marketing de réunir tous les quatre ans leurs championnats d’Europe respectifs en un seul événement, dans l’optique de les voir davantage diffusés, mieux couverts, plus remarqués. La première édition des European Championships se déroule dès ce jeudi sur onze jours de compétition et deux sites (Berlin pour l’athlétisme, Glasgow pour les autres) avec un objectif impérieux à la bourse du sport globalisé: élever la valeur du titre de champion d’Europe.

En tout, 4500 athlètes se disputeront 187 médailles d’or dans 12 différents sites de compétition. Les organisateurs s’appuient sur plus de 3000 bénévoles et escomptent quelque 700 000 spectateurs sur place. Des mini-Jeux olympiques en somme. «Oui et non», répond Marc Joerg, un des deux codirecteurs de European Championships Management, la société qui encadre l’événement.

L’équation «1+1 = 3»

«Oui», parce qu’il réunit plusieurs sports en croyant dur comme fer à l’équation «1+1 = 3». «Nous espérons que le contexte incitera à raconter des histoires, explique-t-il au bout du fil depuis son bureau nyonnais. Pendant les Jeux olympiques de Pyeongchang, nous avons entendu parler de curling mixte. Cela n’aurait sans doute pas été le cas dans le cadre d’une compétition strictement dédiée au curling.»

Mais «non», car le prestige des Jeux olympiques demeure indépassable, et les European Games ne se prêtent pas la vocation de devenir aussi énormes. «Nous voulons un format facile à implanter dans les grandes villes. L’événement est important mais il peut être géré avec l’offre hôtelière traditionnelle, sans avoir à bâtir un village», souligne le responsable.

Augmentation de la diffusion

Ce nouveau concept ne bouleversera pas le rythme des championnats d’Europe de chaque discipline. Ils pourront continuer de se dérouler à leur fréquence habituelle, tous les deux ans pour l’athlétisme et la natation, chaque année pour l’aviron par exemple. Ils seront simplement chapeautés par les European Championships tous les quatre ans.

La création de cette vitrine répond avant tout à un enjeu d’image. De retransmission. En approchant les chaînes de télévision avec un paquet global comprenant des compétitions de sept disciplines différentes, les promoteurs du projet étaient convaincus que toutes en profiteraient. Les premiers chiffres semblent leur donner raison: 43 diffuseurs cumuleront quelque 3000 heures de programmes, soit, selon Marc Joerg, 33% de plus que ce que les compétitions réunies sous le pavillon des European Championships engrangent lorsqu’elles sont organisées séparément. «Chaque sport a ses bastions mais avec ce concept nous pouvons les dépasser, commente-t-il. Nous remarquons aussi que la diffusion sera de meilleure qualité, sur le premier canal d’une chaîne plutôt que le second par exemple.»

Toutes les grandes chaînes nationales ont suivi le mouvement (BBC, Rai, France Télévisions, ARD, ZDF et autres). En Suisse, la SSR ne fait pas exception à la règle. La RTS diffusera une dizaine d’heures de programmes quotidiens, ce qui mobilisera quinze envoyés spéciaux et quatre ou cinq personnes à Genève. «Un effort supplémentaire» lors d’une année de JO d’hiver et de Coupe du monde, mais pour Massimo Lorenzi, le service public est là pile dans son rôle, à l’heure où les structures privées font monter les enchères pour les droits de la Ligue des champions, voire du football en général, en se désintéressant du reste. «Nous devons nous positionner sur d’autres disciplines, plus abordables et qui restent populaires, et les valoriser», estime le responsable des sports.

L'attrait d'une offre groupée

Et dans cette optique, un paquet comprenant l’athlétisme comme locomotive d’autres compétitions est intéressant. «Les simples Championnats d’Europe de natation, je n’aurais pas pris, poursuit Massimo Lorenzi, mais cette offre groupée, multisports, vaut le coup, dans le même esprit que les Jeux olympiques.» A une tout autre échelle, les fédérations suisses de volleyball, handball, basketball et unihockey ont créé en 2016 la coopérative Indoor Sports dans le même esprit de mise en commun des forces pour maximiser leur visibilité. Cela a notamment permis aux rencontres décisives des championnats de LNA d’être plus régulièrement diffusées par les chaînes nationales.

Lire aussi: Pour les sports de salle, l’union fait la force

Les European Championships ne sont pas nés en claquant des doigts. Paul Bristow et Marc Joerg, qui se sont rencontrés en vue de la création de la Ligue des champions de football en 1992, ont commencé à en parler ensemble en 2007. A ce moment-là, il n’existe pas d’équivalent européen aux Jeux asiatiques ou panafricains, liés au mouvement olympique. Les premiers Jeux européens verront le jour en 2013 avec une première édition à Bakou, mais Paul Bristow et Marc Joerg persistent à penser qu’il y a la place pour un événement multisportif supplémentaire.

Dégager des consensus

Dès 2011, ils ont multiplié les rencontres avec des responsables de fédérations sportives européennes pour leur présenter le projet. Ils se sont heurtés aux contraintes de calendrier propres à chaque discipline et à la difficulté de dégager des consensus entre des acteurs qui ne se connaissaient pas. «Nous ne sommes pas le CIO, souligne Marc Joerg. Nous ne pouvons pas arriver en imposant notre vision. Mais au final, nous avons développé un modèle où chacun a son mot à dire et ce n’est pas plus mal.»

En mars 2015, le projet était ficelé, et sept disciplines ont suivi pour passer à sa concrétisation. Cela aurait pu être un peu plus, ou un peu moins. Les responsables se refusent à tout plan de croissance et se projettent vers l’avenir avec prudence. «Il y a déjà des villes intéressées pour la deuxième édition des European Games, en 2022, mais aujourd’hui, tout le monde attend de voir comment cela se passera à Glasgow et Berlin.»

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