La nouvelle couvait depuis les Championnats du monde de Bormio. La très mauvaise saison de l'équipe féminine suisse de ski alpin laissait présager des changements au sein de l'encadrement. Les rumeurs faisaient état de la probable démission de Marie-Thérèse Nadig. La Saint-Galloise ne sera, en effet, plus à la tête de l'équipe la saison prochaine. Mais elle n'a pas eu le loisir d'effectuer son propre choix. Elle a été démise de ses fonctions pas Gian Gilli, le directeur sportif de Swiss-Ski. Un geste qui n'a pas été facile pour celui qui l'avait nommée à ce poste il y a un an.

«Nous avons connu une saison difficile», explique le Grison, dont le visage trahit les tourments qu'il connaît. «Nous avons clairement reculé au niveau des résultats. On ne peut accepter ça dans un pays où l'on se doit d'être plus ambitieux. Pour moi, c'est une situation délicate et je me sens mal vis-à-vis d'elle, sachant que c'est moi qui l'avais fait venir et que c'est moi qui lui fais prendre la porte. Mais je n'avais pas le choix. «Maité» a fait beaucoup pour le ski suisse et est un peu victime de l'absence de résultats, mais on ne pouvait plus continuer comme cela. Il est essentiel de changer de direction si nous voulons retrouver le chemin du succès.»

Gian Gilli ne compte d'ailleurs pas s'arrêter là. Le départ de Marie-Thérèse Nadig n'est que la première étape d'une série de mesures que le directeur sportif de Swiss-Ski veut prendre dans les semaines prochaines pour «secouer tout le système». «Cela doit être un signal pour tout le monde, pour les entraîneurs comme pour les athlètes. Il faut tout repenser, car nous sommes tombés dans une forme de léthargie», assène encore le Grison. «Il faut un vent nouveau, d'autres émotions. C'est important aussi pour le groupe de Coupe d'Europe, où l'on a trop de blessées.» Et de rééditer ses propos de Bormio concernant la nécessité de revoir la totalité des structures.

Ce sont là des paroles d'avenir. Pour l'instant, Gian Gilli doit œuvrer à trouver un remplaçant pour Marie-Thérèse Nadig. Aucun nom n'est avancé. On sait juste qu'il est en contact avec plusieurs personnes. Côté entraîneurs, deux départs sont spontanés. Le cas, très controversé, surtout dans les colonnes du quotidien Blick, du Français Jean-Philippe Vuillet à la tête du groupe de vitesse, reste ouvert. «On connaît ses qualités», confie encore Gilli. «On verra s'il reste où il est ou si l'on procède à des rocades.»

La Valaisanne Sylviane Berthod, qui n'a pas hésité à émettre des critiques en début de semaine à l'encontre de la politique de Swiss-Ski et du manque de prise en considération des athlètes, a beaucoup apprécié la démarche de Gian Gilli, qui a pris le temps d'écouter ce qu'elle avait à dire lors d'un long entretien en tête à tête à San Sicario il y a quinze jours. «Gian Gilli est un vrai professionnel. J'ai beaucoup de respect pour lui car il se trouve dans une situation difficile et se montre à la hauteur. Nous n'avons pas toujours été habituées à ça!» Blessée au genou, Sylviane Berthod a été prévenue chez elle du départ de Marie-Thérèse Nadig par le directeur sportif de Swiss-Ski. Jointe par téléphone, elle nous a confié sa réaction: «Il y a du positif et du négatif. Je dois beaucoup à Marie-Thérèse Nadig, qui m'a énormément appris ces dernières années. Mais je pense que nous avions besoin de cette bouffée d'air frais. Maintenant tout va dépendre de la nouvelle tête. J'espère qu'ils ne vont pas aller rechercher quelqu'un de l'époque de Michela Figini. Il faut une personne qui a l'expérience de la Coupe du monde, mais avec une vision moderne, et non un ancien qui va tenter de reproduire le schéma d'il y a vingt ans, qui n'est forcément plus efficace en 2005!» Elle espère surtout que le remplaçant de Marie-Thérèse Nadig ne chassera pas son «Pilou», Jean-Philippe Vuillet. «C'est la seule chose qui me fait peur. Car c'est quelqu'un d'efficace, qui est proche de ses athlètes.» Le départ du Français pourrait pousser la Valaisanne à prendre sa retraite. Affaire à suivre.