Stanislas Wawrinka devrait être content. Pendant que le Vaudois, tête de série no 19 de cet Open d’Australie, dormait paisiblement dans sa chambre d’hôtel après avoir pris des nouvelles de la maison, où la fin de grossesse de son épouse Ilham se déroule au mieux, précisait-il mercredi, son adversaire du 3e tour agendé vendredi, le svelte Croate Marin Cilic (No 14), ferraillait jusqu’à 2h10 du matin pour briser la résistance de l’étoile montante australienne, Bernard Tomic. 6-7 6-3 4-6 6-2 6-4 en 3h48, ça use les sandales et son homme par la même occasion.

Le vainqueur, exténué, ne s’est pas éternisé devant la presse, se bornant à ânonner que «ce duel fut acharné», «je ne me souviens plus de ce que nous nous sommes dit après», puis la sentence ultime: «Vous en connaissez beaucoup, vous, des sports où on joue jusqu’à 2 heures du matin?» Eh bien, non. Seul le tennis, version Grand Chelem en session nocturne, permet à un match au meilleur des cinq sets de débuter après un somptueux combat féminin (Henin-Dementieva) qui a déjà duré 2h50. Corollaire: même si Wawrinka-Cilic était programmé quasiment de nuit, le Suisse devait être plus frais que son opposant.

Garantie? Certes pas. En finale du tournoi indien de Chennai, à l’aube de l’année, «Stan» s’était incliné de justesse contre le même Cilic, en deux sets au jeu décisif. «Mais ici à Melbourne, on peut aller en cinq sets, ce qui change tout», déclarera Wawrinka, paraphrasant Federer. «Je me sens fort sur la longueur d’un duel, et je sais que je dois frapper très lourd contre ce genre de serveur.»

Car ce test, le premier sérieux de la quinzaine pour le sympathique Vaudois, «Stan» le passait contre un type de 1m98 pour 82 kilos, dont le premier service, largement à plus de 200km/h, avoisine (presque) la vitesse du son. Battu au premier tour par le géant croate, le vétéran Fabrice Santoro ne peut que confirmer.

C’est donc peu dire que la mise en jeu représente l’arme fatale du jeune pro (21 ans). En 2009, il a assuré un taux de premières balles de 59% et claqué 510 aces. Sur surface dure ou semi-dure comme ici, la grande gigue n’est pas maladroite non plus à la volée. A son palmarès figurent déjà quatre tournois ATP, certes des «mineurs» 250 Series, et surtout deux pages glorieuses: l’une lors de l’US Open 2009 où il désintégra en 8es de finale le No 2 d’alors, Andy Murray, avant de tomber contre le futur triomphateur, Juan Martin Del Potro; l’autre au tournoi de Pékin 2009, quand il fit voler en éclats un Rafael Nadal évidemment diminué par ses bobos aux genoux. Mais bon, 6-1 6-3, quel quarteron peut prétendre gifler le Majorquain de la sorte?

Né le 21 septembre 1988 à ­Medugorje (Bosnie-Herzégovine), Marin Cilic émigrera rapidement avec ses parents en Croatie, où foisonnent les écoles de tennis efficaces. Il prend au passage la nationalité croate, laquelle ouvre davantage de portes que la Bosnie sur le circuit et possède une fédération nationale. Officiellement, Cilic vit à Zagreb. On lui connaît cependant une «résidence secondaire» à Monaco, ce paradis fiscal que personne n’embête, où il a pu judicieusement placer ses 2,1 millions de dollars déjà amassés en tournois.