«J'ai gagné l'étape la plus rapide du Tour de France? Tant mieux, parce qu'on s'en souviendra longtemps et parce que cela me permet d'attirer l'attention d'un nouveau sponsor comme DHL ou une compagnie ferroviaire. J'en ai bien besoin, car actuellement je suis au chômage.»

Quelques minutes après avoir remporté la quatrième étape du Tour de France, sa neuvième dans la Grande Boucle, Mario Cipollini lance une plaisanterie lourde de sous-entendus. Après avoir repris son souffle, il explique: «J'ai appris avant le Tour que je n'entrais plus dans les plans de la Saeco. Le directeur sportif a choisi. Et moi, je suis la vieille voiture qui consomme trop et que l'on met au garage.» Autrement dit: la saison prochaine, l'équipe italienne va réduire son budget (officiellement de 7 millions de francs suisses) et, pour y parvenir, elle coupe le plus gros salaire. C'est la version du champion aux 142 victoires en onze années professionnelles. Le manager de la formation, Claudio Corti, est moins loquace. Pour éviter les remous causés par les déclarations de son sprinter, le patron de Saeco a commuté son téléphone portable sur la messagerie.

Impossible donc de savoir si le divorce est effectivement consommé. Ou si Mario Cipollini profite de la tribune offerte par sa victoire pour augmenter la pression sur ses employeurs. Reste que le célèbre «train rouge» aux bielles bien huilées, qui a mené tant de fois Mario Cipollini à la victoire, est en passe d'avoir vécu. «Avec Giuseppe Calcaterra, Mario Scirea et Gian Matteo Fagnini, nous n'avons plus besoin de parler. Le regard suffit pour que l'on se comprenne. Ce groupe s'est bâti sur l'amitié et c'est douloureux d'imaginer le quitter», continue le sprinter. Une petite phrase qui permet d'accentuer l'effet. Puis de se reprendre avec le talent d'un familier des médias: «La situation n'est pas aussi dramatique. J'ai déjà reçu des offres. Mais à 32 ans, il devient difficile de s'intégrer à un groupe plus jeune.»

Pour que ses désirs soient désormais connus de tous, la star présente ensuite ses projets. «Je pense que je peux encore courir deux ans. Mais je suis aussi tenté par la piste.» Tellement que cet automne, il entamera une préparation spécifique de poursuite avec pour objectif les Jeux olympiques de Sydney. Histoire de compléter son palmarès sans fin qui, pour l'instant, ne contient pas de médaille olympique ou de titre de champion du monde.