Le visage presque potelé sous des mèches volages, Mark Cavendish fait souffler sur le Tour de France l'air d'une planète particulière. La sienne. Originaire de l'Ile de Man, un archipel minuscule déposé sur la mer d'Irlande, il survole les arrivées au sprint. A Nîmes, il a signé un quatrième succès. Alors que d'autres ont besoin d'être lancés, comme Tom Boonen ou Alessandro Petacchi, Mark Cavendish est un sprinter racé. «Il est capable de passer deux ou trois coureurs dans les cent derniers mètres», analyse Wilfried Peters, directeur sportif de l'équipe concurrente, la Quick Step, pépite de sprinters. «Il sait partir au moment juste. Ce qui fait sa classe? Sa force. Son explosivité.»

Le coude balafré d'un épais pansement, la peau tannée, Mark Cavendish incarne une force mentale hors du commun. Homme le plus rapide du peloton, le Britannique est aussi arrivé dernier de la grande étape pyrénéenne. Lâché après 50 km de course, il a fendu la foule avec son seul équipier, Bernhard Eisel. Derrière le gruppetto. Au même moment, le Tour de France se repaissait de tout ce que la course offre aux héros consacrés. «J'étais mort. La seule question, c'était de survivre!», sourit-il. «Mon directeur sportif nous a dit: «Vous deux, vous ne pouvez pas ralentir, vous devez rouler pleins gaz!» Heureusement que la foule nous a encouragés, nous n'étions pas si seuls que cela.» Et d'ajouter: «Arriver dernier? Cela fait partie du métier. Il faut prendre le positif comme le négatif. J'ai mes joies avec mes victoires d'étapes, et en montagne, je touche l'autre bout de l'échelle.» Finira-t-il le Tour de France, qui aborde dès dimanche les reliefs alpins? «Probablement pas, il est fatigué», répond le manager de l'équipe Columbia, Bob Stapleton.

Objectif Pékin

Et pour cause. Après le Tour de France, le sprinter britannique s'alignera aux Jeux olympiques de Pékin, à l'épreuve de l'américaine. «Je prendrai une semaine de repos, et passerai dix jours sur piste à Manchester.» Champion du monde de la discipline en 2005, il fait figure de favori. Sur route, son programme se veut à la fois ambitieux et progressif, ainsi que l'explique Brian Holm, son directeur sportif: «Il doit apprendre à courir contre les meilleurs, à survivre dans un Grand Tour, et à s'imposer contre les plus affûtés dans une course de trois semaines, de manière à ramener le maillot vert à Paris.» Le maillot vert. Un trophée que tout le milieu sait à sa portée. «Je le viserai dans 2 ou 3 ans», commente le garçon. Pour pouvoir faire du cyclisme son métier, Mark Cavendish a travaillé deux ans dans une banque. D'où l'humilité.