En se peignant les ongles aux couleurs de l’arc-en-ciel à la veille de son anniversaire, Marlen Reusser annonçait les deux cadeaux qu’elle souhaitait recevoir pour ses 30 ans. Un «oui» de la population suisse au mariage pour tous le dimanche 26 décembre, et avant cela un titre de championne du monde du contre-la-montre, ce lundi dans les Flandres

Pour la votation, on verra, mais sa fête ne s’est pas déroulée comme prévu. Après les 30,3 kilomètres de plat sans aucune difficulté entre les plages de la mer du Nord et la ville de Bruges, la cycliste bernoise a dû se contenter de la deuxième place. La médaille d’or et le maillot arc-en-ciel sont revenus à la Néerlandaise Ellen van Dijk pour la deuxième fois de sa carrière après 2013.

Rouler pour le titre

La future gagnante a été la vingtième à s’élancer, bien avant les autres favorites, mais sa performance leur a assurément mis la pression. Elle a déjà claqué son chrono impressionnant de 36 minutes, 5 secondes et 28 dixièmes – soit une moyenne de plus de 50 km/h – lorsque l’Américaine Amber Neben, l’Allemande Lisa Brennauer, la Suissesse Marlen Reusser et la Néerlandaise Annemiek van Vleuten prennent la route.

A ce moment-là, les femmes qui gagnent l’arrivée accusent toutes un retard de trois minutes, sinon plus, sur la première. Il est légitime de se demander si elle n’a pas d’ores et déjà achevé la concurrence. Impression confirmée dès le premier temps intermédiaire: sur les quatre dernières partantes, deux pointent à plus de 30 secondes tandis que la championne olympique van Vleuten résiste tant bien que mal à 16 secondes. Seule Marlen Reusser est encore dans la course. Et comment! Avec 3''63 d’avance.

Elle avait fait de cette course son dernier grand objectif d’une saison fantastique au cours de laquelle elle avait terminé deuxième du contre-la-montre des Jeux olympiques de Tokyo avant de remporter celui des Championnats d’Europe il y a moins de deux semaines. Entretemps, elle avait aussi terminé deuxième de la Vuelta et marqué les esprits lors d’un certain nombre d’autres courses. Pas du genre «fausse modeste», elle se savait forte et en forme à l’approche des Mondiaux. Et elle entendait rouler pour le titre.

Touche-à-tout

Au deuxième temps intermédiaire, les écarts se creusent pour Amber Neben et Lisa Brennauer, reléguées à plus de 50 secondes d’Ellen van Dijk. Annemiek van Vleuten tient le choc: 15''94 de retard sur sa compatriote. Et Marlen Reusser conserve son avantage! Il est désormais de 2''91.

Dans moins de 10 kilomètres, elle sera peut-être la deuxième championne du monde suisse du contre-la-montre après Karin Thürig (en 2004 et 2005). Pas mal pour une jeune femme qui a pris sa première licence de cyclisme en 2017, et qui n’a commencé à s’entraîner sérieusement qu’en 2018, une fois ses études de médecine terminées. Elle est une touche-à-tout brillante, des partitions musicales qu’elle interprète au violon à celles de la politique, qu’elle a jouées chez les Jeunes Verts. Depuis qu’elle a tout mis entre parenthèses pour faire carrière dans le sport, ses progrès impressionnent le milieu.

La ligne d’arrivée approche et il s’avère que son avance a fondu. Elle termine à 10''29 d’Ellen van Dijk, qui pleure de joie. L’heure de Marlen Reusser n’a pas sonné. Pas encore. Tout juste trentenaire, elle a quatre ans de moins que la championne du jour, neuf ans de moins que la médaillée d’or olympique de cet été, seize ans de moins que la toujours compétitive Amber Neben. Elle ne règne pas sur le monde en 2021, mais qui pourra l’en empêcher à l’avenir?