Foi de biathlète habitué à enchaîner les tours d’un même circuit, Martin Fourcade n’eût pu mieux boucler la boucle. Il a remporté la toute première victoire de sa carrière en Coupe du monde en 2010 lors d’une poursuite individuelle à Kontiolahti (Finlande), et la toute dernière ce samedi lors de la même épreuve, au même endroit, exactement dix ans plus tard.

Le Français de 31 ans avait annoncé la veille qu’il ne repartirait pas pour une nouvelle saison. Comme s’il était arrivé au bout de sa mission. Une impression qui s’est imposée à lui après les Championnats du monde d’Antholz, en Italie, en février dernier. «J’ai eu le sentiment après le relais hommes que c’était le bon moment. C’est l’instant où j’ai pris conscience que cette histoire-là avait été magnifique et qu’elle touchait à sa fin.» Il avait «transmis le relais» et pouvait s’en aller «apaisé».

Lire aussi: «Les records que je bats, j’espère que d’autres les feront tomber»

En un peu plus de dix ans de carrière, Martin Fourcade a doublement écrit l’histoire du sport. Celle de sa discipline, tout d’abord: il détient le record du nombre de victoires au classement général de la Coupe du monde (7), de petits globes de cristal des différentes spécialités (26) et de titres mondiaux individuels (11), qu’il partage avec le Norvégien Ole Einar Bjoerndalen. Légende du biathlon, ce dernier garde pour lui le plus grand nombre de succès en Coupe du monde (95), son poursuivant dans les annales ayant plafonné à 83.

Le sceptre est transmis

Rencontré il y a quatre ans, il nous disait l’importance toute relative qu’il attachait à ces comparaisons historiques. «A mon avis, on ne peut pas comparer les générations, car beaucoup de données changent. Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’être le meilleur de ma génération. Qu’on puisse dire «quand il était là, c’était lui le meilleur», cela me suffit.» Eh bien quand il était là, au top, c’était lui le meilleur. Il fut sans concurrence ou presque entre 2011 et 2018. Une méforme persistante lors de la saison 2018-2019 et l’avènement du phénomène norvégien Johannes Thingnes Bø auront anticipé la transmission du sceptre mais, à défaut de s’en aller en roi régnant du biathlon, Martin Fourcade en demeurait aux yeux de tous une légende vivante.

Il aura aussi marqué le sport français dans son ensemble, en s’imposant comme l’athlète tricolore le plus titré aux Jeux olympiques toutes disciplines confondues, avec cinq médailles d’or. Le Catalan, né à Céret dans les Pyrénées-Orientales, était à ce titre plus grand que le biathlon. Ses résultats ont largement contribué à doper la popularité de son sport dans l’Hexagone, au même titre que les médailles d’or de Simon Ammann ou l’épopée d’Alinghi ont en leur temps attisé la passion de toute la Suisse pour le saut à skis ou la voile.

Prises de position tranchées

En décembre dernier, quelque 60 000 spectateurs sont venus applaudir les biathlètes lors des épreuves de Coupe du monde du Grand-Bornand, en France voisine. Pas mal pour une discipline qui ne compte au niveau national que 200 adultes licenciés et 400 espoirs dans les catégories de jeunes… Et les exploits à répétition de Martin Fourcade n’y sont pas pour rien. Ils ont pendant des années poussé la chaîne de télévision de L’Equipe à diffuser les courses, et le célèbre quotidien a consacré ses deux unes du week-end à l’annonce de sa retraite et à sa dernière course. Certes, le sport international est à l’arrêt pour cause de coronavirus. Mais rares sont ceux qui ont eu un tel honneur.

Lire également: Le Grand-Bornand, petite Monaco du biathlon

Athlète à la tête bien faite et aux idées claires, Martin Fourcade n’a par ailleurs jamais manqué une occasion de s’engager, notamment contre le dopage. Ceux que ses prises de position tranchées pouvaient agacer n’ont pas fini d’en entendre. Rangé des skis de fond et de la carabine, il préside la Commission des athlètes de Paris 2024 et s’est porté candidat à la Commission des athlètes du Comité international olympique en 2022: «La passion que je voue à mon sport est intacte, a-t-il déclaré vendredi. Mon amour pour le sport en général, et les valeurs de dépassement de soi et de respect des autres qu’il transmet, est plus grand que jamais. C’est dans cet univers que je veux continuer à m’exprimer, à m’investir, à partager.»