Tennis

Martina Hingis, partir, revenir, repartir

La Saint-Galloise a annoncé la fin de sa carrière à l’issue du Masters de double qu’elle dispute actuellement à Singapour

C’était mardi soir à Bâle, en conférence de presse. Interrogé sur sa longévité, Roger Federer eut une réponse déconcertante de sincérité. «Mes fans sont adorables mais bon, je vais bien arrêter un jour et cela arrivera sans doute plus vite qu’ils ne le pensent.» Ce moment est arrivé pour Martina Hingis, et il nous prend encore de court.

Jeudi, à Singapour où elle dispute le Masters de double, la Saint-Galloise a confirmé à Blick une indiscrétion révélée par le journal espagnol Marca. «Les adieux officiels sont prévus après mon dernier match, j’espère donc dimanche», a-t-elle lâché, dans (on l’imagine) un énième sourire. Hingis arrête. Elle vient pourtant d’être sacrée numéro une mondiale en double, huit mois seulement après son association avec la Taïwanaise Yung-Jan Chan, avec qui elle a remporté neuf titres cette saison, dont l’US Open.

A 37 ans, elle est pourtant au sommet. «Justement. C’est le bon moment pour moi. C’est mieux de s’en aller en étant au top. J’ai connu de grands succès au cours des dernières années, et il serait difficile de faire aussi bien. Mes priorités ont en outre changé», a expliqué Martina Hingis, sans plus de détails.

Déjà partie deux fois

Nous l’avions rencontrée en début d’année à Melbourne. Toujours souriante, un délicieux accent slave lorsqu’elle s’exprime (hors micros) en français, pas nostalgique pour un sou, aucun regret. Elle racontait sa vie simplement. «J’ai été blessée, j’ai arrêté trois ans, je suis revenue en simple, j’ai arrêté six ans, j’ai fait du coaching, je suis revenue en double.» Parler de sa retraite l’agaçait un peu. «Tout le monde me pose cette question… Je n’en sais rien. Pour le moment, je gagne et je prends du plaisir.»

Le rappel de la remarque de son capitaine de Fed Cup Heinz Gunthardt («Elle pourrait jouer jusqu’à cinquante ans») l’avait fait pouffer. «Quand même pas…» Mais jusqu’à quarante, on aurait volontiers signé.

Il ne faut pas se mentir. Le double et le double mixte, où Martina Hingis excelle depuis son retour et sa spécialisation en 2013, ne sont que des épreuves secondaires. Elle y prend du plaisir, le public aussi mais cela n’est en rien comparable avec le simple. En 2016 à Paris, nous pûmes ainsi la suivre durant plus de deux minutes dans les allées bondées de Roland-Garros. Elle marchait seule, sans garde du corps, totalement incognito malgré son gros sac sur le dos et son accréditation autour du cou. La médaille d’argent olympique obtenue l’an dernier aux Jeux de Rio, en double avec Timea Bacsinszky, restera son dernier exploit.

«Personne de mon gabarit n’a plus jamais fait ça»

Partie pour exploser tous les records du tennis féminin (championne juniors de Roland-Garros à 12 ans, premier match professionnel à 14 ans, numéro 1 mondiale à 16 ans), elle ne remporta plus aucun grand titre après l’Open d’Australie 1999. A vingt ans, elle incarnait déjà le passé du tennis, dépassée par la puissance nouvelle des sœurs Williams. «J’ai été blessée au pied et j’ai encore été en finale de l’Open d’Australie en 2002, plaidait-elle. J’aurais pu gagner d’autres Grand Chelem [5 titres en simple], mais il y en a aussi eu d’autres que je devais perdre et que j’ai gagnés. Au final, j’ai quand même réussi une grande carrière. J’ai fait le maximum avec mes capacités physiques. J’ai été quatre ans numéro 1 mondiale, 209 semaines. Après moi, personne de mon gabarit n’a plus jamais fait ça.»

Deux heures après avoir annoncé sa retraite, Martina Hingis s’est facilement qualifiée pour les demi-finales du Masters de double aux dépens de la paire Groenefeld/Peschke (6-3 6-2).

Mardi à Bâle, Roger Federer a assuré qu’il jouerait toujours au tennis. «Je passerai quelques coups de fil pour voir si quelqu’un est motivé pour une petite partie.» Pourquoi pas à Martina Hingis.

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