La jeune Française Amélie Mauresmo a créé une véritable sensation en éliminant, jeudi en demi-finale de l'Open d'Australie, la numéro un mondiale Lindsay Davenport

(4-6 7-5 7-5). Très athlétique, Mauresmo tentera ce samedi d'empêcher Martina Hingis, facile vainqueur de Monica Seles, de remporter son troisième Open d'Australie d'affilée.

Le public du court central n'en est toujours pas revenu. Pendant tout le match, Amélie Mauresmo, 19 ans, a fait mieux que tenir tête à la numéro un mondiale, faisant montre d'une lucidité hors du commun. Et d'un culot remarquable: jamais la jeune tenniswoman n'avait atteint une demi-finale du Grand Chelem, qui plus est face à Miss Davenport.

Certes, Amélie Mauresmo n'avait pas laissé transparaître le moindre signe de nervosité depuis le début du tournoi, hormis peut-être au cours du deuxième set de son match face à sa compatriote Emilie Loit. Elle avait alors laissé son adversaire aligner quelques jeux avant de se reprendre. «C'est vrai, j'ai eu un peu peur de gagner», avait plaisanté la jeune joueuse de Saint-Germain-en-Laye.

Mais Amélie Mauresmo n'est pas une petite nature. Sa force physique, qu'elle a encore améliorée dernièrement, est impressionnante, et son tennis, très physique, n'a rien à envier à celui de ses adversaires les plus puissantes. Mercredi, malgré la perte de la première manche, elle n'a jamais baissé les bras. Et, à l'issue d'un deuxième set très disputé, et d'excellente qualité, c'est elle qui su faire la différence la première au douzième jeu, prenant pour la première fois le service de son adversaire.

«Elle joue comme un homme»

Vêtue d'un tee-shirt sans manches et d'un short bleu marine serré, Mauresmo faisait penser à une amazone. Facile, elle distribuait ses grands coups droits et ses revers aux quatre coins du court, laissant l'Américaine souvent à plusieurs mètres de la balle. Une faculté qu'on a rarement observée chez une adversaire de la numéro un. «Elle joue comme un homme», a expliqué Lindsay Davenport après le match, encore sous le choc. «Je considère cela comme un compliment», s'est contentée de rétorquer la Française. «C'est le fruit de mon travail physique.»

Mais qui est cette jeune femme dont le talent éclate au grand jour sous le soleil de Melbourne? Championne du monde junior en 1996, Amélie Mauresmo a tardé à confirmer ses résultats sur le circuit des grandes. Et ce n'est que le mois de mai dernier, à Berlin, sur terre battue, qu'elle a véritablement fait parler d'elle en atteignant la finale. Parmi ses victimes, deux des trois premières mondiales, dont Jana Novotna, et – déjà – Lindsay Davenport. Alors entraînée par un Sud-Africain, Warwick Bashford, la Française misait tout sur l'offensive.

Mais, depuis le mois de décembre, la Française a rejoint l'équipe d'Isabelle Demongeot à Saint-Tropez. Son nouvel entraîneur personnel, Christophe Fournerie lui a fait travailler non seulement l'attaque, mais aussi le physique. «Nous sommes très complices, avoue Fournerie. Après chaque point, nous nous regardons.»

Outre tout le travail effectué, Amélie Mauresmo est aujourd'hui une jeune femme heureuse. Qui ne fait en effet aucun mystère de son homosexualité, et qui est accompagnée à Melbourne de sa petite amie, Sylvie Bourdon, avec laquelle elle vit à Saint-Tropez. «Nous parlons beaucoup, Amélie et moi, et c'est en partie cela qui l'a aidée à réaliser tant de progrès sur le plan mental», explique Sylvie, assaillie par les journalistes et les photographes.

Heureuse à l'entraînement, heureuse dans la vie, Amélie Mauresmo est malgré tout passée très près de l'élimination au premier tour, à Melbourne. Opposée à l'Américaine Corina Morariu, elle avait alors sauvé deux balles de match. «Mon entraîneur m'a dit que c'était peut-être un signe. Que j'allais sans doute aller très loin dans ce tournoi.»

Le dernier adversaire, cependant, n'est pas le dernier venu. Martina Hingis, vainqueur de Monica Seles jeudi, n'est plus qu'à une victoire d'un troisième titre d'affilée à Melbourne. Et, hier aussi, elle n'a pas fait le détail face à Monica Seles, battue pour la première fois de sa carrière dans ce tournoi. Lente, gênée par l'intelligence tactique de Hingis et la vitesse des balles, Seles a cédé en deux sets (6-2 6-4).

«Je suis heureuse de rencontrer Mauresmo plutôt que Davenport, s'est félicitée la Suissesse, qui n'a pas gagné de tournoi du Grand Chelem depuis une année. A priori, ce sera plus facile. Je partirai favorite.» Mais ce serait mal connaître Mauresmo que de penser que la Française partira battue d'avance: Amélie la volontaire, au caractère bien trempé, a arraché un set à Martina Hingis au cours de chacune de leurs deux précédentes rencontres, y compris lors de la demi-finale de la Fed Cup Suisse – France à Sion, en juillet passé.