JO 2016 

Martina Hingis et Timea Bacsinszky contentes de l’argent

La paire suisse s’incline en finale du double féminin face aux Russes Makarova et Vesnina 6-4 6-4. Une petite déception qui n’altère ni leur satisfaction ni leur amitié naissante

Une cérémonie de remise de médailles, ça ne ment pas. Les athlètes sont encore trop dans l’effort pour être totalement lucides au moment du coup de sifflet final ou de la balle de match. Plus tard – comptez une bonne quarantaine de minutes – ils sont entraînés à masquer leurs émotions lors des interviews qui s’enchaînent, toujours dans le même ordre, chaîne olympique, chaîne américaine, chaîne nationale, parfois en plusieurs langues, chaînes internationales, puis la presse écrite où le discours arrive déjà prémâché. Mais entre les deux, il y a la cérémonie de remise des médailles.

Là, impossible de se cacher. Vous êtes un peu déçu ou totalement heureuse, effondrés, radieux, frustrées. Vous êtes vous-même. La musique protocolaire, la médaille qu’on remet ou pas, les drapeaux, l’hymne, le vôtre, celui d’un autre; tout ceci a raison de vos dernières résistances.

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Il était donc tentant de scruter les visages de Martina Hingis et de Timea Bacsinszky sur le podium du double féminin. Allaient-elles se réjouir de leur superbe parcours ou se maudire d’avoir manqué l’or, laissé à Ekaterina Makarova et Elena Vesnina (6-4 6-4, 1h38 de jeu)? Vu de la tribune, difficile de trancher. Le match s’est joué à peu. La paire suisse a raté deux balles de break à 2-2 dans la première manche, puis trois autres à 3-3 dans la seconde manche. Les Russes ont été plus opportunistes. Plus puissantes, plus habituées à jouer ensemble aussi. «Elles ont peut-être osé prendre un peu plus de risques sur les points importants», estime Heinz Günthardt, leur capitaine de Fed Cup. La balle de premier set est étonnante. Alors que Hingis s’apprête à conclure facilement à la volée, le jeu est interrompu par une demande de challenge de Bacsinszky. La balle était bonne (et le jeu devait donc se poursuivre jusqu’au smash de Hingis); la Suisse perd le point et la manche.

«Une finale olympique, ce n’est jamais facile à jouer»

Les Suissesses étaient programmées pour la première fois sur le Central. Un stade aux allures d’arène, aux trois-quarts vide, écrasé par la chaleur. «L’or dans l’après-midi», aurait pu écrire Hemingway, mais l’écrivain aurait sans doute préféré aller voir la boxe dans une salle voisine. Le double helvétique n’a pas livré son meilleur match du tournoi. Il en va parfois ainsi des finales, dont on aimerait qu’elles soient toujours une apothéose. «Une finale olympique, ce n’est jamais facile à jouer», souligne encore Günthardt.

Il y avait peut-être mieux à faire, alors on scrute les visages des deux joueuses pour savoir qu’en penser. En bas, sur le court désormais meublé de trois caisses de bois, les pleurs succèdent aux fous rires. Timea hésite entre larmes de joie et de tristesse, Martina a cet éternel sourire mais qui lui sert parfois à exprimer son impuissance. Timea tient Martina par l’épaule, Martina passe sa main dans le dos de Timea. Elles sont collées comme des sœurs siamoises. Appelée la première, Timea Bacsinszky attend l’appel de sa partenaire pour monter délicatement sur le podium, dans un même élan.

C’est mon objectif depuis deux ans, c’est pour cela que je suis revenue au tennis

Et là, sur la deuxième marche, les deux jeunes femmes expriment clairement deux choses: le bonheur, sans réserve, d’avoir une médaille autour du cou, peu importe la couleur, et le plaisir de l’avoir fait ensemble. Martina Hingis rêvait de ce moment. «C’est mon objectif depuis deux ans, c’est pour cela que je suis revenue au tennis», nous expliquait-elle en milieu de semaine. Timea Bacsinszky, elle, ne rêvait de rien du tout. «Ou alors si, comme tout le monde, mais une médaille olympique, cela me semblait trop gros pour moi», avouait la Vaudoise après la qualification homérique (trois balles de match sauvées, une pommette fracturée) pour la finale.

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Pour les Suisses, le parallèle avec le titre olympique de Federer et Wawrinka à Pékin était frappant. Tentant. Même composition tardive (Federer avait hésité avant de préférer le jeune Wawrinka à son pote Yves Allegro, Hingis devait faire équipe avec Belinda Bencic), même association d’une star alémanique et d’un(e) Vaudois(e) plus volontaire, mêmes éliminations prématurées en simples, mêmes débuts hésitants, même montée en régime, même complicité qui se crée. Finalement, seule la couleur de la médaille diffère.

Maître et élève

Il y avait aussi ce même rapport à la fois ambigu et magnifique du maître et de l’élève, de celui (ou celle) habitué(e) à la lumière et de l’autre qui s’est parfois brûlé les ailes à vouloir s’approcher du soleil. Dans sa chronique au Matin Dimanche, Timea Bacsinszky a rappelé combien l’exemple de Martina avait été oppressant pour elle et obsessionnel pour son père. Gamine, elle devait manger comme Martina, s’entraîner comme Martina, taper dans la balle comme Martina. Et surtout gagner comme Martina.

La seule chose que Timea a faite comme Martina, c’est tout envoyer balader. Au printemps 2013, les deux joueuses sont retraitées du tennis! Bacsinszky épluche des pommes dans un grand hôtel, Hingis s’essaie au métier de coach. L’amour du tennis les a réunies de manière aussi improbable que logique. Elles ont failli se perdre; elles se sont trouvées. Et ne se quittent plus.

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