Athlétisme

Mary Keitany, la course à pas comptés

La Kényane a remporté le marathon de New York pour la troisième fois consécutive, exploit seulement réalisé par la légendaire Grete Waitz. Cette mère de famille choisit avec soin ses courses, qu’elle gagne presque à chaque fois.

Mary Keitany a remporté dimanche dernier le marathon de New York, sans doute le plus populaire de la planète. L’athlète entraînée par Gabriele Nicola, coach italien qui représente la nouvelle vague de sa profession, a gagné pour la troisième fois consécutive d’une façon époustouflante, en quittant ses adversaires très tôt avec une progression rageuse. En arrivant à Central Park les bras au ciel et tout sourire, la fondeuse kényane a signé un exploit, car avant elle, seule la Norvégienne Grete Waitz avait remporté trois fois de suite le marathon de la Grosse Pomme.

Une saison 2016 difficile

Keitany, 34 ans, revient pourtant de loin dans une saison 2016 riche en déceptions. Tout d’abord, une contre-performance au marathon de Londres en avril dernier, à cause d’un virus intestinal attrapé trois jours avant la course. Ce virus lui a non seulement enlevé la possibilité de gagner pour la troisième fois le marathon de la capitale anglaise, le plus payé et le plus compétitif au monde, mais il a aussi suffi à convaincre sa fédération de ne pas l’aligner au marathon olympique de Rio.

«Elle n’a pas élevé la voix, elle aurait pu le faire. Elle n’a pas pleuré, elle aurait aussi pu le faire. Les JO n’ont lieu que tous les quatre ans et pour les prochains, elle ne sera plus en activité, raconte son entraîneur Gabriele Nicola qui a dû regarder le marathon de New York depuis l’Italie. Mary a su encaisser deux énormes déceptions en 2016 mais elle a su également se relever et travailler comme elle sait le faire, avec une motivation en plus: celle de redresser une saison très mal engagée», souligne son coach.

«Un talent pareil, on ne peut pas l’éparpiller sur mille compétitions différentes»

Keitany, qui a débuté sur le marathon il y a six ans sur les routes de New York, n’en a couru que dix dans toute sa carrière. Elle en a gagné cinq (trois à Central Park et deux à Londres) et en a terminé trois autres sur le podium. La régularité et la longévité de cette athlète sont dues en partie à une programmation très précise de son entraîneur et de son agent, Gianni De Madonna.

«Un talent pareil, on ne peut pas l’éparpiller sur mille compétitions différentes. Elle a peut-être tardé un an ou deux à passer sur marathon car elle appréhendait la distance. Sur le demi-marathon, elle avait fait d’excellents chronos dès ses débuts à Séville en 2006 [1h09, ndlr]. Disons qu’elle n’a pas brûlé les étapes, et elle a su profiter avec beaucoup de sang-froid des opportunités que son agent lui a données», estime Gabriele Nicola, qui entraîne Mary Keitany depuis 2009, au retour de sa première maternité.

Le choix de fonder une famille

La marathonienne, en effet, n’a pas renoncé à fonder une famille. En 2008 elle a eu son premier enfant, Jared, suivi en 2013 de Samantha. Cette dernière était déjà dans le ventre de sa mère quand celle-ci a couru le marathon aux JO de Londres en 2012: «Elle ne nous avait pas prévenus, peut-être par peur de perdre une opportunité de contrat avec ses sponsors, peut-être juste parce qu’elle ne le savait pas encore. De toute manière on s’était aperçu qu’elle n’était pas la même athlète que d’habitude», glisse son agent Gianni De Madonna, lui-même ancien marathonien dans les années 1980.

Voilà comment s’expliquent la rage et l’impatience de cette athlète qui dimanche dernier a décidé, après 15 km de compétition, d’accélérer et d’entamer une vraie chevauchée solitaire.

«Tactiquement ce n’est pas un marathon bien couru, analyse son entraîneur. Si j’avais été là, je lui aurais dit de rester tranquille plus longtemps. Mais Mary a la capacité de sentir son corps, elle a développé une confiance dans ses propres sensations que seuls les champions possèdent. Elle est capable de changer de tactique pendant la course, de la lire et de s’adapter en conséquence. Entre le 15e et le 30e km elle a couru un énorme split de 48’47.»

Pour 2017, le marathon de Londres comme objectif

Mais quelles sont les motivations profondes d’une jeune maman, déjà plutôt riche grâce à ses gains dans les plus grands marathons du monde? «Elle a une «gnaque» énorme. Cela fait la différence entre une bonne coureuse et une championne. A l’entraînement, elle sait aussi doser les énergies et elle voit très bien la différence entre une séance au top et une séance qui peut te tuer, surtout où on s’entraîne, à plus de 2000 m d’altitude. En un mot elle est une athlète très intelligente.»

Pour la saison 2017, l’objectif est de réaliser le triplé aussi à Londres: «Là-bas le casting sera beaucoup plus de qualité que celui de dimanche dernier à New York, explique Gabriele Nicola. Londres est LE marathon; si elle gagne une troisième fois à distance de six ans [elle a déjà gagné en 2011 et 2012, ndlr], son CV sera vraiment l’un des meilleurs de l’histoire de la distance au féminin.» Pour l’instant, elle reprend son souffle chez elle dans les montagnes du Kenya.

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