Un sac abandonné à proximité de l'aéroport d'Helsinki et contenant des produits dopants interdits et des seringues usagées appartenant à la Fédération finlandaise de ski; des athlètes contrôlés positifs qui nient en bloc, esquivent et se défilent, tout comme leurs dirigeants; puis des médecins et des directeurs d'équipes qui finissent par avouer être au fait des pratiques en cours parmi leurs athlètes; pire, qui reconnaissent être eux-mêmes impliqués dans l'organisation du trafic de produits dopants. Quatre jours après la fin des championnats du monde ski nordique, dimanche à Lahti, c'est bien plus qu'une affaire Festina qui a éclaté en Finlande. Un véritable tremblement de terre, qui a fait réagir jusqu'aux plus hautes instances politiques.

Des héros déboulonnés

Dans ce pays où le ski de fond plonge ses racines dans l'histoire et la culture populaire, ce sont en effet de véritables icônes qu'une série de contrôles menés jeudi dernier par l'Agence mondiale antidopage est en train de déboulonner: Mika Myllyla, le fondeur finlandais le plus titré de tous les temps, champion olympique à Nagano et quadruple champion du monde. Et Harri Kirvesniemi, 42 ans, qui a commencé sa carrière aux JO de Lake Placid (1980). Tous deux ont été déchus de leur médaille d'or du relais 4x10 km style classique. Avec Janne Immonen et Jari Isometsa, contrôlés au début des championnats du monde, tous sont convaincus d'avoir utilisé de l'hydroxyethyl (HES), un produit interdit qui augmente le volume de plasma. Les femmes ne sont pas en reste: Virpi Kuitunen – première de la poursuite 5 km styles classique et libre – et Milla Jauho ont en effet dû rendre leur médaille d'argent du relais 4x5 km style libre suite à un contrôle positif.

«Selon nos informations, son utilisation ne serait pas détectée à Lahti», a expliqué mercredi soir Kari-Pekka Kyro, l'entraîneur en chef de l'équipe finlandaise. Avec ses deux collègues, relevés comme lui de leurs fonctions dès lundi, il a confié que l'utilisation de ce plasma sanguin avait commencé dans la foulée des championnats du monde de 1999 à Ramsau, en Autriche. Des sources au sein de la Fédération internationale de ski (FIS) l'auraient informé que certains pays y avaient eu recours. Après avoir essayé, ses propres athlètes auraient été tellement enthousiasmés par les effets de l'HES qu'ils auraient passé outre l'interdiction du produit, l'année suivante par le Comité international olympique. Et l'entourage de la sélection finlandaise s'en serait procuré peu de temps avant le rendez-vous de Lahti.

Preuve de la légèreté des dirigeants finlandais, ce sont eux-mêmes qui ont réclamé de la part de l'Agence mondiale antidopage un contrôle de tous leurs athlètes, après que l'un d'eux se fut fait épingler au tout début des Mondiaux lors d'un test mené par la FIS. «Pour clarifier la situation et faire taire les rumeurs», pense Harri Syväsalmi, secrétaire de l'AMA et lui-même finlandais. Car les rumeurs, en effet, n'ont pas tardé à s'amplifier concernant le dopage généralisé des fondeurs finlandais. Notamment en provenance des voisins scandinaves, où la presse comparait la Finlande avec la défunte RDA en matière du dopage.

A la pointe de la technologie

A la fin des années 60, les sportifs finlandais ont été à la pointe des techniques d'auto-transfusion sanguine, qui permettent d'accroître les capacités physiques. Il s'agissait alors de s'extraire une certaine quantité de sang, de la stocker, puis de se la réinjecter avant une compétition pour augmenter la capacité du sang à alimenter l'organisme en oxygène. A l'époque, la pratique n'était pas interdite, mais le coureur de fond Lasse Viren, vainqueur du 5000 et du 10 000 m des JO de Munich en 1972 puis de Montréal quatre ans plus tard (un exploit jamais égalé), n'a jamais catégoriquement nié y avoir eu recours. Son compatriote Maaninka, 2e du 10 000 m à Moscou en 1980, l'a en revanche avoué.

Quand la législation sportive a évolué, les Nordiques ont été les premiers à s'intéresser dans les années 80 aux caissons hypobares, qui recréent artificiellement l'atmosphère pauvre en oxygène de la haute montagne. Puis à expérimenter les premières chambres d'altitude au tournant des années 90. Le principe? Toujours le même: compenser le manque d'oxygène par une production accrue d'érythropoïétine (EPO), qui augmente la concentration de globules rouges dans le sang.

Aujourd'hui, certaines voix en Finlande se demandent quel rôle a pu jouer l'Institut finlandais de recherche pour le sport olympique dans le développement des produits incriminés. C'est l'une des questions à laquelle devra répondre la commission d'enquête demandée par la ministre de la Culture et des Sports. Dans l'attente du grand déballage, le quotidien Helsingin Sanomat, au cœur des révélations sur cette affaire, constatait jeudi que le pays avait perdu sa pureté: «Blanche neige n'habite plus ici», écrivait-il dans son édito.