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Matt Walker en Estonie.
© @55FtballNations/Twitter.com

Portrait

Matt Walker, le routard du foot

L’Anglais Matt Walker parcourt les stades d’Europe depuis juin 2017. Son objectif: voir au moins un match dans chacun des 55 pays affiliés à l’UEFA. Samedi 17 mars, Saint-Gall-Grasshopper était l’étape 47 de son périple

Une dernière cuillerée de bircher («Comment vous dites que ça s’appelle?»), un coup d’œil à sa montre et Matt Walker est déjà prêt à repartir, mû par une impérieuse nécessité. «Je ne voudrais pas rater Vaduz-Schaffhouse.»

Matt Walker est Anglais, donc facilement soupçonnable d’être un peu excentrique. Brûler d’envie d’aller voir de la Challenge League un dimanche sous la neige au Liechtenstein ne relève pourtant d’aucune forme bizarre de perversion. Ce n’est que la suite logique d’une idée toute simple et très belle. L’an dernier, ce passionné de football, de voyages et de photographie a mis entre parenthèses sa vie de statisticien au Ministère de la justice pour concrétiser un vieux rêve: suivre durant une saison au moins un match de championnat dans chacun des 55 pays affiliés à l’UEFA.

Selfie et bière locale

Le projet, baptisé «55 Football Nations», a débuté le 2 juin 2017 par la victoire 2-0 du Lokomotiv Tbilissi sur Dila Gori. Dila recevait mais le match était délocalisé à Tbilissi, devant quelques centaines de spectateurs. «L’entrée était gratuite parce que la vente des tickets n’aurait pas remboursé les frais d’impression», se souvient Matt, alias «55FN». Le ton était donné.

Le Londonien a depuis suivi des affiches aussi improbables que Breidablik-Valur (Islande), Taraz-Aktobe (Kazakhstan), Bray Wanderers-Drogheda United (Eire), Doxa Katokopias-Alki Oroklini (Chypre) ou Glacis United-Europa (Gibraltar). S’il a parfois été accrédité comme journaliste («A Plovdiv, le chef de presse était la seule personne dans le stade à parler autre chose que le bulgare»), Matt Walker préfère suivre les matches au milieu du public. «En moyenne, j’ai dépensé 14 livres [18,70 francs] pour un ticket.» Pour chaque match, il a deux obligations: se prendre en photo dans le stade et goûter à la bière locale.

Les premiers articles dans quelques médias influents lui ont rapidement offert une notoriété internationale. Son aventure parle à beaucoup de gens, qui rêvent parfois d’un monde sans Ligue des champions, sans Big 5, sans Ballon d’or, sans Clasico. Ces fans, qui vivent plus qu’ils ne «consomment» le foot, le suivent sur son site internet (www.55footballnations.com) et l’accueillent les bras ouverts. «Souvent, des gens se sont proposés pour me servir de guide, m’inviter au match ou au restaurant, parfois m’héberger. Je n’ai jamais été réellement seul.» En Turquie, Matt a rencontré Ergil. «Un supporter très drôle et absolument charmant qui fumait des dizaines de cigarettes par jour et mettait des dizaines de sucres dans son thé. Il m’avait contacté par e-mail mais en fait il ne parlait pas un mot d’anglais. Il faisait tout par Google Translate sur son smartphone, ce qui prenait un temps fou.»

Grandes mutations

Matt Walker a cependant déçu beaucoup de fans en établissant son itinéraire d’abord selon des critères logistiques. Saint-Gall avait l’avantage d’être proche du Liechtenstein. «Vaduz ne joue à domicile qu’une fois tous les quinze jours. Pour moi, c’était prioritaire.» Il est arrivé la veille en Suisse, en provenance de Slovaquie. Il a visité ce qui était gratuit, l’abbaye («Je suis devenu expert en architecture médiévale»), et payé 12 francs pour la bibliothèque baroque. Il avait rendez-vous avec un fan saint-gallois, qui l’a invité au match. «J’ai bien aimé quand les fans de Grasshopper se sont mis torse nu sous la neige.» Matt est reparti avec une écharpe du FC Saint-Gall, club fondé en 1879. «La même année que mon club, Fulham.»

Au-delà de l’anecdote, le routard du ballon a pu prendre la mesure des grandes mutations à l’œuvre dans le football européen. «A l’Est, j’ai vu de grands clubs historiques jouer devant 500 spectateurs. Dans les anciennes républiques soviétiques, les ligues nationales sont mortes. Elles ont eu un rôle symbolique au moment de l’indépendance, mais aujourd’hui, elles n’intéressent plus personne, et je pense qu’à terme elles vont fusionner. A Tbilissi par exemple, le match décisif pour le titre, avec un penalty manqué à la dernière minute, n’a attiré que 4000 à 5000 spectateurs. Les vieux fans sont nostalgiques de l’époque où leur club jouait contre le Spartak Moscou ou le Dynamo Kiev. Les jeunes, eux, soutiennent le Real Madrid ou Manchester City.»

Un autre phénomène l’a frappé: «Le déséquilibre des ligues moyennes. A Chypre, en Biélorussie, en Bulgarie, dans les pays Baltes, celui qui dispute la Ligue des champions écrase tout au niveau national», constate Matt Walker. Mais si le football se déshumanise, les tribunes demeurent accueillantes et les gens «étonnamment sympathiques. Le football est partout un langage commun et un excellent moyen d’entamer une conversation.»


Son best-of du football européen

- Meilleure ville pour le tourisme: «Tbilissi. C’est très beau, très original, pas cher, avec beaucoup de petites excursions d’une journée autour de la ville. A visiter rapidement, avant que cela ne change trop.»

- Meilleure ville pour le football: «Trabzon. La Turquie est unique. Son championnat allie à la fois un très bon niveau, un jeu très offensif et des fans complètement fous. Au contraire d’Istanbul, où la ville est partagée entre plusieurs équipes, à Trabzon tout le monde est derrière les rouge et bleu.»

- Meilleur stade: «Arena Nationala, le stade national de Bucarest. Absolument magnifique. Mais il n’y avait que 2000 ou 3000 spectateurs sur 60 000 places.»

- Meilleur match: «Drita-Liria Prizren (4-3), le 18 novembre au Kosovo. C’était complètement fou et inattendu. L’équipe locale mène 3-1, se fait rejoindre à 3-3, et finit quand même par gagner. Les spectateurs sont passés par toutes les émotions.»

- Meilleure équipe: «Atlético Madrid. Je les ai vus gagner 5-2 à Séville. Je crois qu’ils seraient facilement champions dans toutes les ligues autres que la Liga.»

- Meilleur joueur: «Antoine Griezmann. Il a marqué un triplé contre Séville et un quadruplé le match d’après. J’ai vu peu de grosses équipes, et donc peu de très grands joueurs, mais il en fait assurément partie. Avec lui, le football a l’air si simple!»

- Meilleur espoir: «David Hancko, un jeune défenseur central du MSK Zilina. Vous savez quand vous avez un pressentiment sur un joueur? Lui, je serais surpris qu’il reste longtemps en Slovaquie.»

www.55footballnations.com

@55FtballNations

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