Le Temps: La force mentale d'un athlète relève-t-elle davantage de l'inné ou de l'acquis?

Mattia Piffaretti: Je ne servirais pas ma profession en prétendant qu'il n'est pas possible de s'améliorer. Les athlètes ont beaucoup de marge dans le développement de leurs qualités mentales. Les meilleurs, il est vrai, travaillent sur de bonnes aptitudes initiales. Mais la composante psychologique du sport de compétition englobe différents facteurs sur lesquels le sportif peut progresser, comme la détermination, la capacité à planifier sa préparation, à gérer le stress et à l'interpréter positivement. Tout cela s'apprend, comme la confiance en soi.

– La tension est-elle forcément un élément négatif?

– Non, le stress peut aider à être concentré. Il fait partie de l'expérience sportive. Le problème n'est pas l'intensité du stress, mais la manière dont on l'interprète. A la limite, un stress de très haut niveau peut permettre à un athlète d'atteindre une plus grande intensité dans son effort, notamment pour les sports nécessitant beaucoup d'influx nerveux, comme le sprint ou le cyclisme. Les athlètes vont rechercher leur zone d'activation optimale, laquelle sera très basse pour le tireur, mais très haute pour l'haltérophile. Le but étant, dans chaque discipline, de ne pas dépasser un certain seuil d'activation, synonyme de catastrophe.

– Quelles techniques utilisez-vous pour aider un sportif à améliorer son mental?

– Plutôt qu'à travailler sur le terrain, mon approche consiste à accueillir le sportif dans un espace neutre de réflexion, un cadre préférable lorsqu'on travaille sur les émotions. La première phase consiste à analyser avec l'athlète la situation et le problème éventuel. Ensuite, on introduit des techniques de visualisation, jusqu'à se représenter le geste parfait à réaliser en compétition. Une autre méthode, proche de la sophrologie, inclut des séances de relaxation progressive, basées sur l'analyse de situations concrètes. Parfois, un débriefing permet d'évacuer une expérience traumatique. Pour réduire l'anxiété, on peut aussi effectuer un bio-feedback: j'utilise des capteurs de température à placer sur la peau. Quand une personne est relaxée, sa température corporelle augmente et les capteurs changent de couleur. Ainsi, l'athlète se rend compte qu'il peut influer sur son état physiologique avec son mental.

– Quelle place occupe aujourd'hui la psychologie du sport?

– Son importance s'est accrue ces dix dernières années et les structures se sont améliorées. Différentes fédérations, qui ont pris conscience du rôle essentiel

du mental, font appel à des psychologues du sport. L'Association suisse de psychologie du sport travaille d'ailleurs en partenariat avec Swiss Olympic. Et de plus en plus, des clubs ont recours à des psychologues pour coacher l'entraîneur ou effectuer un travail sur la dynamique de groupe.