Il n'est pas un «parangon de vertu». Dans la bouche du directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, habitué aux discours de circonstance, le commentaire est loin d'être banal. Ce d'autant plus qu'il touche Mauro Gianetti, manager de l'équipe Saunier Duval, qui a quitté la Grande Boucle jeudi, après le contrôle positif de Riccardo Ricco. Vendredi, la formation espagnole a annoncé le licenciement du grimpeur italien, ainsi que celui de Leonardo Piepoli, avant même que celui-ci ne soit confondu par les autorités antidopage. Une aubaine pour la rumeur. Le dopage était-il organisé? «Il y a deux façons de voir le départ (ndlr: de la formation)», avait dit Christian Prudhomme. «Soit ils sont responsables, soit cela sonne comme un aveu.»

Dans un communiqué, le manager tessinois a précisé que les deux coureurs ont violé le code éthique de l'équipe. Sollicité vendredi par téléphone, il n'était pas atteignable. A nos confrères de la Gazzetta dello Sport, il a déclaré la veille: «Lors de la préparation des contrats, posant comme condition indiscutable la rigueur éthique la plus totale, nous avons toujours reçu les garanties maximales de la part des coureurs, et Riccardo Ricco lui-même me jura sur la tête de sa mère qu'il ne ferait jamais recours à des pratiques illicites pour améliorer ses prestations.» Que dire? Qui croire?

Coureur de 1986 à 2002, Mauro Gianetti a failli décéder sur le Tour de Romandie, après une supposée ingestion de produits dopants. La lutte antidopage ne passe-t-elle pas par l'éviction des dirigeants - Bjarne Riis n'est pas en reste - qui ont trempé dans des affaires?

Dans un milieu où l'omerta règne en maître, la question embarrasse. Et l'on peut s'en interroger. «Ça m'ennuie que des dirigeants aient vécu leur temps à l'époque où l'on était plus laxiste sur le dopage. Bien sûr, c'est embêtant», commente Eric Boyer, manager de l'équipe Cofidis. Sous le couvert de l'anonymat, un autre responsable ose pourtant: «Il faut prendre un virage à tous les niveaux. Peut-on avoir de la crédibilité avec ces gens-là? Je suis sceptique.» Globalement, l'embarras n'est pas feint: «Avec son manque d'assiduité dans la surveillance des coureurs, il va être rattrapé par son passé», note Jean-René Bernaudeau, manager de la formation Bouygues.

Le passé, justement. Anonyme porteur d'eau, le Tessinois vit en 1995 une véritable renaissance. Cette année-là, il bat les favoris Bugno, Bartoli et Jalabert dans l'une des plus prestigieuses classiques, Liège-Bastogne-Liège. Une semaine plus tard, il triomphe dans l'Amstel Gold Race - un double exploit réalisé jusqu'alors par un seul autre coureur: Eddy Merckx. Le Tessinois porte les coureurs du Team Polti, seule formation qui a souhaité acquérir Richard Virenque après l'affaire Festina. Autre fait notoire: six semaines après une lourde chute lors du Tour de Suisse, qui lui vaut une douzaine de dents cassées et trois vertèbres cervicales brisées, Mauro Gianetti remonte sur son vélo. Il se classera deuxième des Mondiaux de Lugano de 1996.

Fin d'un palmarès aussi tardif qu'épatant. En 1994, le même Mauro Gianetti confiait à l'issue des Championnats du monde: «Ce cyclisme n'est plus le mien. Je suis en parfaite condition et, pourtant, j'évolue une classe en dessous des autres.» Il évoquait alors la perspective d'ajouter une saison dans une équipe professionnelle japonaise, dirigée par le Lucernois Erich Mächler.

Aussi la carrière de Mauro Gianetti prend-elle de la hauteur. Engagé en 1997 par la Française des Jeux, le coureur assume un nouveau rôle. Celui de modèle pour les jeunes coureurs. Responsable du programme d'entraînement de certains d'entre eux, il apporte des innovations. Il remplacera notamment les sandwiches au fromage par des préparations vitaminées. En 1998, lors du Tour de Romandie, le coureur tessinois manque de mourir, après avoir abusé de PFC. Une substance employée en milieu hospitalier à titre expérimental, qui produisait les mêmes effets que l'EPO. Résultat? Trois jours de coma et douze jours de soins intensifs. Interrogé sur cette défaillance, l'intéressé répondra à un suiveur averti: «Vous croyez en Dieu? Eh bien moi, ce jour-là, j'ai vu Dieu.»

Aujourd'hui, Mauro Gianetti officie comme manager. Le palmarès de l'équipe Saunier Duval suscite des questions. Sponsorisée par un fabricant de chaudières, la formation espagnole vit ses premiers accrocs au Tour du Pays-Basque, en avril 2007, quand tous ses coureurs, et particulièrement Jose Cobo Acebo, par ailleurs deuxième lundi à Hautacam, dominent outrageusement une course très difficile. Deux mois plus tard, le grimpeur Iban Mayo est contrôlé positif à la testostérone dans le Giro, avant de présenter les résultats d'un examen démontrant que son taux naturel est plus élevé que la moyenne. Quelques semaines plus tard, le garçon est contrôlé positif à l'EPO lors du Tour de France. Blanchi par la Fédération espagnole pour vice de procédure mais désormais sans équipe, l'Espagnol a depuis disparu du peloton. Que dire, qui croire? Les faits ont une bizarre résonance. La volonté d'éradiquer le dopage aussi.