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McLaren remporte son pire succès

Le torchon brûle entre le Britannique Lewis Hamilton, vainqueur hier du Grand Prix de Hongrie, et son coéquipier espagnol Fernando Alonso. L'écurie anglaise doit se préparer à une fin de saison mouvementée.

Les McLaren MP4-22 se posent à l'évidence comme les meilleures monoplaces du moment. Depuis le Grand Prix de Monaco, en mai dernier, elles dominent souvent leur sujet, seul Kimi Raikkonen parvenant à leur donner le change de temps en temps sur sa Ferrari.

En théorie, la saison 2007 de l'équipe anglaise devait donc se dérouler sans heurts et déboucher sur le titre mondial. En sélectionnant un pilote expérimenté, double champion du monde, et en l'associant à un débutant qu'il materne depuis belle lurette, Ron Dennis, le patron, pensait avoir créé un équilibre bénéfique.

Et pourtant. En ce début août, le bel édifice est parcouru de lézardes. Sur le plan juridique, l'écurie est embarquée dans une saga qui pourrait lui coûter sa saison. Et sur le plan humain, rien ne va plus au sein de la «dream team» composée de Fernando Alonso et Lewis Hamilton.

Le double champion du monde espagnol ne se sent plus chez lui au sein de l'écurie anglaise. Fraîchement débarqué, mal intégré, il fait face à un Lewis Hamilton bénéficiant d'un contrat McLaren depuis près de dix ans, qui rend visite à l'usine tous les jours et qui connaît tout le monde.

Depuis le début de la saison, Fernando Alonso se sent lésé par son équipe. Celle-ci reprend systématiquement ses réglages et les copie sur la voiture de Lewis Hamilton qui, du coup, profite de l'immense expérience de l'Espagnol et bénéficie d'une monoplace parfaitement au point.

Fernando Alonso est à bout. Désormais, il ne rêve plus que de quitter au plus vite l'écurie anglaise. «Je suis arrivé chez McLaren avec deux titres de champion», se plaint-il ouvertement. «Je m'étais fait une certaine idée de mon travail dans l'équipe et je me rends compte, course après course, que je ne suis pas traité comme je l'avais imaginé.»

Depuis le Grand Prix d'Angleterre, début juillet, l'Espagnol a décidé de ne plus partager ses réglages avec son coéquipier. Au Nürburgring, il y a deux semaines, il a carrément tourné le dos à Ron Dennis au moment où ce dernier est venu le féliciter de sa victoire.

Et samedi, ultime coup de colère, il a bloqué son coéquipier dans les stands, l'empêchant d'effectuer son dernier tour de qualification et parvenant ainsi à lui souffler la pole-position - avant de s'en voir détrôné quelques heures plus tard.

L'affaire, en réalité, relève d'une complexité rare. Pour tenter de préserver au mieux l'égalité entre ses pilotes, l'écurie McLaren avait demandé à Lewis Hamilton, samedi, de laisser passer Fernando Alonso au début de la dernière phase des qualifications.

Le Britannique a refusé de s'exécuter, causant la colère de Ron Dennis et un échange de propos très musclé entre le jeune pilote et son patron. Très fâché, ce dernier a décidé de punir Hamilton, en demandant à Fernando Alonso de bloquer son coéquipier.

Une peccadille qui a pris des proportions inattendues lorsque la direction de course décida que l'écurie, ainsi que le pilote espagnol, avaient agi de manière anti-sportive. Fernando Alonso se voyait reculer de cinq places sur la grille de départ, et l'équipe McLaren était privée de points lors de ce week-end hongrois - une décision jamais vue en Formule 1.

Hier matin, l'ambiance était catastrophique au sein de l'équipe anglaise. Lewis Hamilton se terrait, tout en s'excusant d'avoir causé ce désastre. «J'ai des problèmes avec mon patron», avouait-il avant le départ d'une course qu'il allait finalement remporter. «Quand vous désobéissez aux instructions de votre équipe, c'est toujours difficile. Mais sur le moment, je pensais que je prenais la bonne décision. Ron (Dennis) me demandait de laisser passer Fernando, mais il était si loin derrière moi que je ne pouvais pas... Je prie l'écurie de m'excuser pour ce que j'ai fait. Cela ne se reproduira plus, soyez-en sûrs.»

En un week-end, Lewis Hamilton a perdu son statut de chouchou de l'écurie. Sans que Fernando Alonso en soit pour autant rassuré: «C'est la première fois que Lewis désobéit à Ron», relève l'Espagnol. «Alors, nous verrons. Ma pénalité m'a vraiment déçu, je la trouve injuste, mais que voulez-vous? C'est comme en foot, quand l'arbitre accorde un penalty sans raison. Il faut continuer de jouer. A moi de me battre pour devenir champion du monde. Si j'échoue, ce sera de ma faute.» En s'imposant au Grand Prix de Hongrie, Lewis Hamilton a porté son avance sur son coéquipier à sept points, alors qu'il reste six Grands Prix à disputer. Rien n'est encore joué, et l'ambiance n'en sera que plus tendue au sein de l'équipe. «Si Fernando ne me parle plus, c'est son problème», conclut le jeune Britannique. «Evidemment, nous voulons tous les deux gagner. Pour l'écurie, rester fair-play représente un sacré défi. Parce qu'un jour, je me sens lésé par rapport à Fernando, et le lendemain, c'est l'inverse...»

Chez McLaren, on fait face à une guerre juridique contre la FIA et à une guerre interne entre les deux pilotes. Le sujet de préoccupation principal n'est même de battre les Ferrari sur la piste...

Alors que l'écurie anglaise semblait détenir tous les atouts pour décrocher le doublé au championnat du monde, les éléments se conjuguent pour la voir s'effondrer. A 60 ans, Ron Dennis n'a jamais vécu pareille crise. «Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis heureux de partir en vacances dès demain», conclut-il. «La seule chose qui n'importe, désormais, c'est de me retrouver chez moi, devant un bon verre de vin.»