La chute d’un géant continue. Après avoir été balayée par les Pays-Bas samedi (défaite 3-0), l’équipe d’Allemagne de football s’est inclinée face à la France championne du monde en titre (2-1) mardi soir. Bien que dominatrice sur l’ensemble du match, elle n’a pas réussi à arracher sa première victoire en Ligue des nations. Ce nouveau revers plonge un peu plus la Mannschaft dans la crise. Elle n’a remporté que trois victoires sur ses 13 dernières rencontres. Elle compte déjà six défaites en 2018. Sur le banc depuis 2006, Joachim Löw est le vétéran des sélectionneurs européens et détient le record de matchs à la tête de la Mannschaft (169), mais même s’il a été confirmé par sa fédération, sa place semble ne tenir qu’à un fil.

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La presse allemande soutient Löw

Après des longues semaines de critiques, les médias allemands semblent pourtant s’être à nouveau rangés du côté de Joachim Löw. «Le courage n’est pas récompensé», titre le Gießener Anzeiger dans son édition du jour tandis que Bild proclame: «Cette fois ce n’est pas de chance, Jogi». Malgré une défaite qui promettait de lui coûter sa place, le sélectionneur des champions du monde 2014 a montré un renouveau encourageant. Son choix d’effectuer un turn-over, en lançant par exemple dans le grand bain Leroy Sané, au détriment de Thomas Müller, a redonné du rythme à son équipe.

Des cadres habituels de l’équipe, seuls Manuel Neuer, Matts Hummels et Tony Kroos ont commencé le match en tant que titulaires. De quoi enthousiasmer Reinhard Grindel, président de la Fédération allemande, satisfait de la mue affichée par la sélection: «Ce que l’on a vu aujourd’hui a quelque chose d’une transition. Il y a énormément de positif à retirer de cette expérience.» L’innovation plaît aussi à Kicker: «L’avenir dira si ce match à Paris aura marqué la naissance d’une nouvelle équipe d’Allemagne, écrit le magazine, mais cette formation a mérité qu’on lui redonne sa chance.» Une chance de renaître de ses cendres.

Une machine grippée

En s’imposant face à l’Argentine le 13 juillet 2014, les Allemands soulèvent leur quatrième Coupe du monde et assurent leur statut de superpuissance du football. Mais outre la parenthèse dorée de la Coupe des confédérations en 2017, la Mannschaft connaît depuis une chute fracassante. Après un Euro 2016 achevé en demi-finale et déjà jugé insuffisant au pays, l’élimination historique en phase de groupe du Mondial russe derrière le Mexique, la Corée du Sud et la Suède fut perçue comme une honte nationale.

Depuis 2014, l’Allemagne ne s’est pas totalement remise des départs de ses cadres, tels Miroslav Klose et Philipp Lahm, 354 sélections à eux deux

Pourtant, rien ne laissait présager cette déroute. Quand Joachim Löw a dévoilé sa liste des 23 joueurs sélectionnés, la presse et les bookmakers s’empressaient de les désigner comme favoris. Les champions du monde en titre s’appuyaient sur les joueurs présents au Brésil et évoluant dans les plus grands clubs d’Europe. Manuel Neuer dans les cages du Bayern de Munich. Jérôme Boateng et Mats Hummels formant l’ossature de la défense bavaroise. Au milieu, Tony Kroos au Real Madrid et Mesut Özil à Arsenal, deux références à leur poste. Enfin, une attaque séduisante composée du jeune Timo Werner du RB Liepzig et de l’expérimenté Thomas Muller du Bayern. De plus, Joachim Löw pouvait s’appuyer sur ses remplaçants de luxe Mario Gomez, Julian Draxler ou encore İlkay Gündoğan. Mais malgré leur talent, ils vont être dépassés.

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Des carences à combler

Cette situation prend racine depuis la clôture du Mondial brésilien. Depuis 2014, l’Allemagne ne s’est pas totalement remise des départs de ses cadres, tels Miroslav Klose et Philipp Lahm, 354 sélections à eux deux. Renard des surfaces, Klose est le meilleur buteur en phase finale de l’histoire des Coupes du monde (16 buts) tandis que l’ancien capitaine et défenseur du Bayern de Munich était réputé pour être le meilleur défenseur allemand de sa génération. Aujourd’hui, ces deux postes n’ont toujours pas trouvé de remplaçants à la hauteur des attentes. «Un point négatif, c’est la conversion de nos occasions. On a un peu manqué d’intelligence et de sang-froid», constatait Joachim Löw en conférence de presse après la défaite contre la France.

Mais d’autres facteurs expliquent la crise de la Mannschaft. Si le manque d’expérience de ses jeunes pousses est avéré, certains cadres sont victimes de méforme. Mario Götze, héros de la finale 2014, n’est plus titulaire avec le Borussia Dortmund de Lucien Favre depuis ses problèmes de santé. La muraille Manuel Neuer, élu meilleur gardien du monde par la FIFA entre 2013 et 2016, s’est effritée depuis sa blessure peu avant le voyage en Russie. Enfin, Thomas Müller, titulaire indiscutable aux yeux de Joachim Löw, n’est plus aussi décisif que par le passé. La situation extra-sportive de Mesut Özil a aussi contribué à déstabiliser la machine à gagner allemande. En apportant son soutien à la campagne électorale du controversé président turc Recep Tayyip Erdogan, l’international a provoqué une vive polémique qui l’a poussé à se retirer de la sélection allemande.