Football

Comment les médias français racontent l’équipe de Suisse

A Montpellier, les journalistes locaux relatent la vie de la Nati comme celle d’une grande nation. Au moins jusqu’au match qui l’opposera aux Bleus le 19 juin prochain

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Il y a les équipes que tout le monde connaît. Celles des grandes nations du ballon rond. Exemple: la France. Les amateurs de football peuvent citer tous ses joueurs, que ce soit pour d’excellentes raisons (leurs prouesses en Ligue des champions) ou de moins glorieuses (les «affaires» Valbuena, Benzema ou Sakho, absents de l’Euro). Pas besoin de faire les présentations.

L’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie sont dans la même situation avec leurs nombreuses stars et leur riche histoire. Il y a aussi les équipes dont chacun est familier pour une raison bien particulière: la Suède (parce que Zlatan), la Belgique (parce que récemment numéro 1 du classement FIFA)… Mais l’Euro, qui débute vendredi, attire aussi la lumière des projecteurs sur des équipes qui y sont moins habituées, car moins réputées, moins glamour. Mais elles sont là, il faudra les affronter, alors pour quelques jours au moins elles sont intéressantes.

L’Albanie, les médias suisses en parlent depuis sa qualification à partir de ses sept binationaux, à l’instar du Temps qui a choisi de couvrir la sélection de Gianni De Biasi comme une seconde équipe nationale. La Roumanie, ils en parlent moins car les liens sont plus distendus sinon inexistants, et les géniales individualités d’antan (Gheorghe Hagi, Dorinel Munteanu, Adrian Mutu) ont laissé la place à une équipe aussi efficace (meilleure défense des éliminatoires avec seulement deux buts encaissés en dix matches) que méconnue.

Le traitement d’une grande nation

Depuis deux jours, l’équipe de Suisse a pris ses quartiers à Montpellier et c’est l’occasion de voir quel regard lui porte les médias français. Il y a le joueur que tout le monde connaît: Xherdan Shaqiri, devenu star en passant par le Bayern et l’Inter. Il y a celui dont chacun est familier pour une raison particulière: Granit Xhaka (parce qu’il vient de signer pour 45 millions d’euros à Arsenal). Et puis il y a tous les autres, alignée de noms qui en majorité n’évoquent pas grand-chose au supporter moyen des Bleus.

Mais il faut bien en parler: le 19 juin, la France jouera son dernier match de poules face à l’équipe de Suisse, peut-être même sera-t-il décisif pour se qualifier. «Comme pour les autres adversaires des Bleus, le traitement de la Suisse est pour nous comparable à celui d’une grande nation telle que l’Espagne», explique Vincent Villa, journaliste à L’Equipe assigné à la couverture de la Nati. Il est loin d’être seul dans son cas au stade de la Mosson, où Vladimir Petkovic et ses hommes rencontrent la presse après leurs entraînements matinaux. Journaux, télévisions et radios de l’Hexagone cherchent un point de départ, une porte d’entrée, de bonnes histoires.

Deux évidences: Gelson Fernandes et François Moubandje. Parce qu’ils sont les deux joueurs du groupe à évoluer en Ligue 1, à Rennes et Toulouse. «Nous avons eu beaucoup de demandes à leur sujet. Alors nous vous les amenons», a joyeusement lancé Marco von Ah, chef de presse de la Nati, à la meute de journalistes. Titularisés lors de la conférence de presse de mardi, à défaut de l’être au premier match de l’Euro, ils présentent de nombreux avantages pour les journalistes (ils sont à l’aise, ouverts, sympas) et pour le staff de la Nati (ils maîtrisent les ressorts des relations publiques). François Moubandje nous le confiait dernièrement à Toulouse: «Le club n’a pas peur de me laisser donner des interviews, car je sais ce que je peux dire ou non.»

Des mois d’analyse

Mais les portes d’entrée mènent parfois à une voie sans issue. «Aurez-vous l’impression d’évoluer à la maison?», lance un journaliste français. «Vous savez, nous jouons chaque week-end sur des terrains différents, donc nous sommes très contents d’évoluer en France, mais ce n’est pas forcément un avantage», répond le Toulousain Moubandje. «Comment préparez-vous le match contre les Bleus?», relance un autre. «C’est encore loin, pour l’instant nous pensons à l’Albanie», sourit le Rennais Fernandes. «François, s’il y en a un qui doit être blindé mentalement, c’est bien vous après votre fin de saison (Toulouse a sauvé sa place en Ligue 1 lors de la dernière journée du championnat), non?» Sourire, encore. «C’est clair. Mais maintenant, je dois essayer d’en faire profiter l’équipe de Suisse.» Malgré toute la bonne volonté des deux joueurs, pas sûr que les journalistes français aient percé le mystère suisse lors de cette rencontre.

Certains s’attellent depuis plusieurs mois à analyser les performances de l’équipe, à l’instar de Vincent Villa, de L’Equipe, qui s’est joint aux suiveurs habituels de la Nati depuis les matches amicaux du mois de mars. France Football propose aussi des compte-rendus détaillés de chaque rencontre de la Nati, et en tire des «enseignements à retenir» pour Didier Deschamps. «Les latéraux suisses ont des ailes. Attention les Bleus… En attaquant face à la Suisse, il ne faudra pas partir à l’abordage en laissant des trous béants derrière», a écrit le journal, beaucoup moins impressionné par les prestations récentes de Valon Behrami ou les ratés de la défense centrale.

En creux, le portrait dressé est celui d’une équipe aux qualités incontestées mais irrégulièrement réparties sur le terrain, et surtout suspendue aux prestations de Xherdan Shaqiri. «L’ancien du Bayern Munich doit être surveillé comme le lait sur le feu. De son pied gauche peut surgir à tout instant la solution ou la passe adéquate», estime France Football.

Mais la bande de Vladimir Petkovic est-elle vraiment crainte, ou n’est-elle qu’une équipe parmi d’autres au sein d’un groupe aux allures de formalité? Après tout, les Bleus ont largement gagné la dernière confrontation entre les deux équipes, au Mondial brésilien (5-2). A l’heure du tirage au sort des groupes, en décembre dernier, le sélectionneur Didier Deschamps se drapait de méfiance: «La Suisse reste sûrement l’adversaire le plus dangereux.»

Consultant pour RMC et BFM TV, Jean-Michel Larqué dit, lui, que la Roumanie l’inquiète «plus que la Suisse.» «Les Suisses ont quand même du mal à franchir la marche de plus», estime-t-il dans une interview au Dauphiné Libéré. «Disons que tout le monde préférerait quand même aborder le match contre la Suisse, le dernier du premier tour, en étant déjà qualifié pour les huitièmes de finale», glisse de son côté Vincent Villa qui, d’ici au 19 juin, publiera encore pas mal d’articles pour raconter la Nati.

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