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La médiatisation du football descend toujours plus bas

Des matchs de troisième et même de quatrième division sont désormais retransmis en direct à la télévision ou sur le web. Quel intérêt pour les clubs?

De plus en plus, les diffuseurs de tous types (télévisions, plateformes internet) s’intéressent aux divisions inférieures des championnats européens. L’Angleterre, comme souvent, fait figure de modèle avec une couverture médiatique s’étalant jusqu’en quatrième division (nommée League Two). La Suisse et la France suivent le mouvement. Le 5 juillet dernier, la Fédération française de football (FFF) a annoncé que la chaîne Canal + avait remporté l’appel d’offres pour la diffusion des matches de National (troisième division française) jusqu’en 2019. Un championnat retransmis jusque-là par Ma Chaîne Sport.

A partir du 5 août, la chaîne cryptée diffusera une rencontre par journée, le samedi à 15h, ainsi qu’un multiplex de deux matches lors des deux dernières journées. Les autres rencontres seront retransmises sur la plateforme internet de la FFF, en partenariat avec Dailymotion. En Suisse, les rencontres de Première Ligue Promotion (troisième division) sont visibles depuis ce printemps sur la plateforme numérique mycujoo.tv, en vertu d’un accord avec L’Association suisse de football (ASF) jusqu’en 2019. «Mycujoo.tv favorise la démocratisation du football» explique Romano Clavadetscher, président de la Première Ligue, une des trois sections de l’ASF. Des mots forts pour une division d’ordinaire délaissée.

Des joueurs de qualité

Le choix de retransmettre des rencontres peu médiatisées étonne. Sur mycujoo, un Brühl-Sion II ou un Bavois-Delémont n’attire que quelques centaines d’internautes. Mais ces images, disponibles en tout temps, ont le mérite d’exister. «La Promotion League est une catégorie qui regroupe des joueurs talentueux qui méritent d’être reconnus», souligne Laura Malucelli, stratège marketing de la plateforme numérique. Même son de cloche pour Bruno Allège, président délégué de la Berrichonne de Châteauroux, engagé en National la saison prochaine: «Il y a de jeunes joueurs de qualité en National. Il ne faut pas oublier que des joueurs de l’équipe de France y ont joué par le passé [Giroud à Istres, Koscielny à Tours, Jallet à Cognac, Valbuena à Libourne Saint-Serin pour les plus récents], ce qui montre que le niveau est intéressant.» C’est même l’élite amateur, le dernier échelon avant le football professionnel géré par la Ligue nationale (LFP). La FFF est donc légitime à promouvoir son championnat de référence.

Du pain béni pour les clubs. «C’est valorisant pour les clubs, les partenaires et les supporters», résume Bruno Allègre. Avant de détailler: «Cela permet de créer un engouement, d’attirer les spectateurs à suivre ce championnat. Cela donne aussi une belle image pour les sponsors. Quand ils sont affichés sur les panneaux du stade et que les rencontres sont diffusées, c’est gratifiant pour leur image.» «Ça va faire parler du club, de la région, et, espérons-le, attirer des sponsors», espère, côté suisse, Thierry Tetaz, en charge de la promotion et du marketing au FC Bavois.

La crainte des tribunes vides

Autre point positif: les retombées financières. Selon Lilian Bossard, les revenus liés aux droits télévisuels rapporteront 50 000 euros par club grâce à l’accord avec Canal +. «Ce n’est pas énorme mais c’est toujours mieux que rien.» Mais l’intérêt pour les clubs est également sportif. «Avec la diffusion des matches sur Internet, nous pourrons plus facilement visionner nos futurs adversaires.»

Il y a cependant un bémol: les clubs craignent que la diffusion des matches rebutent les supporters, déjà peu nombreux, à venir au stade. «L’an dernier, le match télévisé était fixé au vendredi soir à 20h30; le samedi à 15h, je ne suis pas sûr qu’il y aura du monde dans le stade. Si, en plus, ils peuvent regarder le match depuis leur écran, cela ne va pas les pousser à se déplacer» redoute Lilian Bossard. «Il risque d’y avoir peu de monde sur le bord du terrain, notamment quand il fera froid», ajoute Thierry Tetaz. Des craintes que formulaient déjà les clubs professionnels lorsque la télévision commença à s’intéresser à eux dans les années 1970.

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