1 pays 1 poste (4/7)

«Mediocentro», la touche espagnole

Il est plutôt petit, pas très rapide et ne fait en apparence rien de compliqué. Mais ses qualités techniques et ses capacités cognitives en ont fait le maître du football mondial. Très identifié, le milieu de terrain espagnol est pourtant une construction récente inspirée par Johan Cruyff

Les gardiens allemands, les défenseurs italiens, les latéraux brésiliens, les numéros 10 français… Pourquoi certains footballs ont-ils souvent produit des joueurs d’exception à un poste précis? Jusqu’au début de la Coupe du monde, Le Temps explore chaque samedi les relations sportives, historiques et culturelles qui lient un pays à un poste. 


Ils sont les derniers à avoir changé le jeu. Et les seuls à l’avoir fait physiquement: en réhabilitant les petits gabarits. L’Espagne a remporté un titre mondial (2010) et deux Euros (2008 et 2012) avec des bajitos, des joueurs au physique ordinaire mais dotés d’une intelligence de jeu surdéveloppée qui ne s’est jamais mieux exprimée qu’au cœur du jeu. Au milieu du terrain, dans l’axe. Le royaume du mediocentro.

La victoire de l’Espagne en finale de la Coupe du monde 2010 est un succès sportif. Celle du FC Barcelone en finale du Mondial des clubs le 18 décembre 2011 à Yokohama est un triomphe idéologique. Ce jour-là, le Barça de Guardiola surclasse le Santos de Neymar (4-0) en jouant sans aucun attaquant nominal. «Ils ont joué en 3-7-0! Vous faites ça au Brésil, ça se termine en enquête de police!» lançait, abasourdi, l’entraîneur brésilien Muricy Ramalho après le match.

Une liste impressionnante

La liste des grands milieux de terrain axiaux produits par le football espagnol est impressionnante: Pep Guardiola, Gaizka Mendieta, Gerard, Gabri, Mikel Arteta, Ivan de la Peña, Xavi Hernandez, Sergio Busquets, Xabi Alonso, Cesc Fabregas, Koke, Thiago Alcantara. «Et encore, vous n’avez pas connu le plus fort de tous, rigole Albert Benaiges, ancien coordinateur de La Masia, le centre de formation du FC Barcelone. Il s’appelait Ramon Ros et il avait tout: la raza [la classe], el toque [le toucher], la passe, le sens du but, une technique exquise, un pied gauche exceptionnel. Malheureusement, des blessures ont eu raison de ses espoirs.»

Il manque à cette évocation Andres Iniesta, qui évolue dans un registre un peu différent, parfois excentré, tout autant dribbleur que passeur, capable d’accélérer balle au pied. Le mediocentro n’a pas autant de couleurs dans sa palette. On pourrait presque le définir par ses défauts: il est donc plutôt petit, mais aussi lent, ne dribble pas, ne va guère au duel et ne réalise a priori rien de compliqué. «A Liverpool en 2004, Rafa Benitez avait l’habitude d’afficher dans le vestiaire les résultats des tests physiques, en nous classant du meilleur au moins bon, se souvient Stéphane Henchoz. Xabi Alonso était systématiquement dernier ou avant-dernier. Mais sur le terrain, c’était l’un des joueurs les plus intelligents, toujours bien placé pour couper ou anticiper. Il avait une qualité de passe, courte ou longue, que je n’ai jamais vue, pas même chez Steven Gerrard.»

Succession de petites décisions

La vision du jeu, la justesse technique et tactique, la sobriété: le portrait s’ébauche. S’il sait jouer long, le mediocentro est d’abord un joueur qui prend constamment une succession de petites décisions, un meneur à une touche de balle, rarement décisif mais qui décide de tout. «C’est un GPS», résume Fabio Celestini, ancien joueur de Levante (2004-2005) et Getafe (2005-2010). Plus lyrique, Jorge Valdano le décrit comme «quelqu’un qui transmet en permanence une sorte de mode d’emploi de comment jouer». L’ex-joueur et entraîneur argentin, aujourd’hui consultant à Madrid, aurait pu dire que l’intérieur du pied du mediocentro est à son équipe ce que la paume de la main droite du danseur de tango est à sa partenaire: un émetteur-récepteur qui ressent, analyse et oriente en permanence.

Nous avions croisé Valdano à la Cuitat esportiva du Barça, à la sortie d’une interview avec Ivan Rakitic. «Je me suis facilement acclimaté au jeu espagnol parce que, comme eux, j’aime être au cœur du jeu, près du ballon, le toucher souvent», avait confié le Croate de Rheinfelden. De sa saison commune avec le maestro Xavi, il se souvenait avoir été impressionné «par sa faculté à garder en permanence le contrôle de tout le terrain. Il n’était jamais pris de court, il savait toujours ce qui se passait autour de lui.»

La Liga n’est pas particulièrement physique ni même technique. Par contre, il faut comprendre le jeu.

Fabio Celestini, ancien joueur de Levante et Getafe

Dans la tradition espagnole, le mediocentro est d'abord un poste cognitif. «La Liga n’est pas particulièrement physique ni même technique, estime Fabio Celestini. Par contre, il faut comprendre le jeu. En Espagne, ils apprennent depuis tout petits à contrôler les quatre dimensions du jeu: les coéquipiers, l’adversaire le plus proche, le ballon, les espaces. Ils développent également une sorte de langage de la passe qui passe par un langage du corps. Selon l’appel et la position du corps de l’attaquant, le milieu sait s’il doit donner le ballon fort ou non, dans la course ou dans les pieds, sur quelle face du pied. Ils sont experts dans l’art de déchiffrer ce langage sans parole. Et en face, vous pouvez passer le match sans jamais avoir illusion de pouvoir toucher la balle. Je me souviens d'un match au Camp Nou où Schuster [ancien entraîneur de Getafe] avait décidé d’être hyper agressif pour couper la relation du Barça avec Messi. J’avais pour consigne d’aller presser Xavi. Quand j’arrivais sur lui, il se cassait pas la tête; il remettait derrière pour Puyol. Je suis allé 20 fois au pressing et 20 fois il a donné en retrait. La 21e fois, j’y suis allé un peu moins fort ou avec un peu moins de conviction et là: autre position du corps, autre vitesse de passe, autre angle. C’est parti à 100 à l’heure dans la profondeur et c’était fini.»

Celestini l’avoue volontiers: «Parfois je ne comprenais pas pourquoi je jouais. Et puis une année, à Getafe, j’ai reçu une offre de Russie. Mon partenaire du milieu de terrain Javier Casquero m’a appelé pour la première fois depuis trois ans pour me dire: «Il ne faut pas que tu partes, on forme un super duo.» Cela m’a beaucoup surpris, puis j’ai compris que j’avais ces qualités cognitives que je sous-estimais moi-même mais qu’eux valorisaient beaucoup.»

Il n’existait pas il y a trente ans

Le plus étonnant, c’est que ce joueur emblématique du jeu à l’espagnole n’existait pas il y a trente ans. «Il devait certainement y en avoir mais en général, ils étaient «mal vus», nous explique le journaliste et écrivain Marti Perarnau, auteur de trois ouvrages de référence sur Pep Guardiola. En Espagne dominait alors le concept de la furia et de la force. On recherchait des milieux avec un profil très défensif ou très offensif, soit des défenseurs montés d’un cran, soit des presque attaquants.»

«Cette identité est relativement récente, confirme Sébastien Farré, historien et spécialiste de l’Espagne contemporaine. La furia était très prégnante sous le franquisme mais n’était pas liée à des compétences footballistiques spécifiques. L’attaquant du Real Madrid Juanito incarnait cette vision patriotique, exaltée et désordonnée. Les échecs répétés de la sélection nationale étaient perçus comme le résultat de la difficulté de réunir des traditions très différentes, basque, catalane, madrilène, plutôt que de l’absence d’une identité de jeu propre.»

«Il y a vraiment eu un avant et un après Cruyff»

Comme souvent dans le football, Johan Cruyff a tout changé. Avant de quitter le Barça comme joueur en 1979, le génial Hollandais lègue quelques principes de jeu à la Masia, le centre de formation. Lorsqu’il revient en 1988, des jeunes joueurs ont déjà été formés à ses idées. L’un des premiers est Luis Milla, «un joueur merveilleux» se souvient Albert Benaiges, mais né sans doute vingt ans trop tôt. «Cruyff m’a pris au Barça B, j’avais déjà 22 ans. Un an après, j’étais élu révélation de la saison», raconte depuis Bali l’actuel sélectionneur de l’Indonésie. Il y a vraiment eu un avant et un après Cruyff. Avant, les joueurs de mon style dépendaient du bon vouloir de l’entraîneur. C’était une fois oui et une fois non. Après, on a commencé à vraiment rechercher ce profil de mediocentro et on les a mis en situation d’exprimer leurs qualités.»

«Le 3-4-3 de Cruyff avec des joueurs très écartés exigeait d’avoir des milieux de terrain très bons dans la conservation de la balle, parce que la perdre aurait été fatal», explique Albert Benaiges. C’est la tactique de la main, qui s’ouvre et se déploie lorsqu’elle crée et referme le poing pour se défendre. Cruyff est un maître des échecs qui joue toujours avec deux coups d’avance. Ses milieux de terrain créent eux-mêmes un espace réduit parce qu’ils ont appris à être à l’aise dans cet espace réduit. Ils l’ont notamment intégré avec la pratique du rondo, un exercice également connu hors d’Espagne sous le nom de toro ou de «5 contre 2», et dont Hollandais et Catalans se disputent la paternité. «Moi le rondo, je l’ai découvert au Mexique, répond Albert Benaiges. Mais le premier, méthodologique, avec de la vitesse, du mouvement et de la fatigue, c’est Laureano Ruiz [ancien responsable du centre de formation] qui l’a théorisé au Barça.»

Personnage méconnu, Laureano Ruiz militait déjà dans les années 1970 pour les idées que Cruyff ferait triompher quinze ans plus tard. Il avait la science mais il lui manquait le charisme. L’Espagne a beaucoup souri des «cruyffismes»; ces aphorismes énoncés dans un espagnol approximatif ont eu le mérite de simplifier des concepts et de diffuser des idées telles que: «Le ballon n’est jamais fatigué», «jouer au football est simple mais jouer un football simple est la chose la plus compliquée», «avant de faire une erreur, ne la fais pas». Tout le football espagnol comprend et respecte aujourd’hui ces principes.

Aragonés unifie le pays en 2008

Il fallut d’abord faire un bout de chemin. «Lorsqu’il est sélectionneur en 2002, José Antonio Camacho, ancien coéquipier de Juanito, est encore imprégné de cette idée que l’état d’esprit importe plus que le style», rappelle l’historien Sébastien Farré. Six ans plus tard, Luis Aragonés prend une décision radicale: il fait jouer l’Espagne comme le Barça. La victoire à l’Euro 2008, et plus encore le titre mondial en 2010, obtenu avec une politique similaire par Vicente del Bosque, classent l’affaire. «Depuis, ce répertoire fait partie de l’identité commune et plus personne en Espagne ne le conteste», conclut Sébastien Farré.

Mieux, le reste du monde s’essaie au jeu à l’espagnole, même s’il n’a pas toujours la matière première: le mediocentro. «Je suis un pur produit de cette culture, estime Gabri, ancien joueur et entraîneur M19 du Barça, mais pour moi, c’est moins une question technique que tactique, basée sur le jeu de position. Elle est exportable, on le voit avec Manchester City. Tout le monde peut pratiquer cette manière de jouer. Mais il faut du temps, du travail et de la confiance.»

Alors que de grands milieux de terrain espagnols ont brillé dans le Calcio des années 1960 (Luis Suarez à l’Inter, Luis del Sol à la Juventus, Joaquin Peiro au Torino puis à la Roma), rares sont les mediocentros modernes qui se sont imposés à l’étranger. De la Peña et Mendieta ont échoué à la Lazio, Amor fut peu convaincant à la Fiorentina, Gerard était remplaçant à l’AS Monaco, Guardiola ne joua que cinq matchs pour la Roma de Capello. «Moi je n’étais pas très rapide mais Xavi, c’était une charrette! lance Fabio Celestini. Avoir un style aussi défini, c’est à la fois facile et difficile parce que c’est une manière de jouer qui met en valeur leurs qualités et cache leurs défauts.» C’est valable aussi dans l’autre sens. Il y a même un «cruyffisme» pour le dire: «Chaque inconvénient a son avantage».


Une série en 7 épisodes

Les gardiens allemands, les défenseurs italiens, les latéraux brésiliens, les numéros 10 français… Pourquoi certains footballs ont-ils souvent produit des joueurs d’exception à un poste précis? Jusqu’au début de la Coupe du monde, Le Temps explore chaque samedi les relations sportives, historiques et culturelles qui lient un pays à un poste.

(L.Fe)


Top cinco

Luis Milla

Un joueur un peu oublié aujourd’hui, sans doute né vingt ans trop tôt. Toque, vision du jeu, gestion du rythme, il avait tout, sauf des coéquipiers parlant le même football que lui. Lancé par Cruyff en 1988-1989, il part assez vite au Real Madrid (l’avènement de Guardiola au Barça est proche) où il fait briller les autres avant de se blesser puis d’être éclipsé par un autre phénomène, Fernando Redondo. Il finit au FC Valence (1997-2001), lorsque émerge Mendieta. Seulement trois sélections en équipe d’Espagne mais une influence rappelée par beaucoup.

Pep Guardiola

Le symbole du Barça des années 1990. A 21 ans, il est le chef d’orchestre de la Dream Team, où cohabitent pourtant Ronald Koeman, Hristo Stoichkov, Michael Laudrup puis Romario. Malgré des qualités physiques très moyennes, il donne vie au jeu imaginé par Johan Cruyff par sa justesse tactique et sa sûreté technique. Moins heureux avec l’équipe d’Espagne, avec laquelle il vit les dernières grandes désillusions avant les triomphes. Tous ceux qui viendront après s’inspireront de lui; moins oseront reprendre son numéro 4.

Xavi Hernandéz

Un cerveau. Le premier relais de l’entraîneur sur le terrain, et sans doute lui aussi un futur grand entraîneur. Dix-sept saisons au Barça, presque autant en équipe d’Espagne (133 sélections). D’abord simple pivote, il se positionne un peu plus haut sur les conseils de Radomir Antic puis de Frank Rijkaard. Guardiola lui confie les clés de l’équipe à partir de 2008, lorsqu’il laisse partir Ronaldinho et Deco, deux numéros 10. Véritable meneur de jeu, il incarne dès lors mieux que quiconque une expression qu’il a popularisée: «ADN futbol».

Xabi Alonso

Le même registre que les autres, avec de petites nuances (plus d’impact physique, très bonne frappe de balle). Une intelligence de jeu remarquable, qui lui permet de jouer dans plusieurs rôles, de s’intégrer au milieu de terrain très barcelonais de l’équipe d’Espagne et de s’imposer à l’étranger, d’abord à Liverpool (il est de la finale de la Ligue des champions 2005 à Istanbul) puis, via un séjour au Real Madrid et au Bayern de Munich. Deux fois vainqueur de la Ligue des champions, il est de toutes les conquêtes avec la Roja (114 sélections).

Sergio Busquets

Un peu plus défensif que les autres, un peu plus «méchant», un peu moins d’aptitude à jouer long et à marquer. Sa grande taille rend encore plus impressionnant son calme en toutes circonstances. Il débute au Barça B avec Guardiola, qui l’installe rapidement en équipe première. Aurait-il réussi dans un autre contexte? Que ce joueur sans grand éclat apparent soit systématiquement titulaire depuis dix ans en plein âge d’or du mediocentro espagnol en dit long sur son niveau réel et sur son influence dans le jeu.


Gaizka Mendieta: «En football, ce qui paraît facile est le plus difficile à réaliser»

Gaizka Mendieta, figure du football européen des années 2000, explique la fausse simplicité du jeu de passes courtes redoublées qui a fait la réputation du style barcelonais, puis espagnol.

Il était le cerveau du Valence, double finaliste de la Ligue des champions en 2000 et 2001, années où il fut désigné deux fois meilleur milieu de terrain européen par l’UEFA. Vision du jeu, sens tactique et qualité de passe, Gaizka Mendieta (44 ans aujourd’hui) possédait toutes les qualités du grand mediocentro espagnol. Mais l’Europe n’essayait pas encore de jouer comme le Barça et, comme d’autres, il peina à exporter son talent en Italie (Lazio de Rome) puis en Angleterre (Middlesbrough).

Le Temps: Pourquoi le milieu de terrain espagnol est-il aussi reconnaissable?

Gaizka Mendieta: Cette façon de jouer correspond à la manière dont nous comprenons et voyons le football en Espagne. Ce style repose sur un principe simple: le ballon est l’instrument qui permet de contrôler la partie. Le milieu de terrain est donc le joueur clé de nos équipes, celui qui dicte le tempo, qui organise l’attaque, qui maintient l’équilibre entre attaquer et défendre. Les points communs entre tous sont une mentalité conquérante et, au niveau académique, une très bonne technique. Cela fait des années que le pays sort des milieux de terrain de grande qualité mais il continue d’en sortir, comme Koke, comme Thiago, comme Isco, parce qu’il y a vraiment un savoir-faire.

Comment cela se travaille-t-il?

Tout ne s’apprend pas. Voir une ligne de passe ou sentir le rythme d’un match sont des choses que l’on peut difficilement travailler si on ne les possède pas à la base. La technique, elle, s’apprend, par la répétition de divers exercices. Lorsque j’ai débuté, je n’étais pas un joueur très technique. J’étais plus un milieu récupérateur. C’est en travaillant que j’ai développé ma technique et étoffé mon registre.

Quelle est l’importance du «rondo» dans l’école espagnole?

En football, ce qui est facile est difficile. Le rondo a l’air simple mais c’est un exercice avec beaucoup de possibilités qui te donne beaucoup de choses. Il permet de comprendre et de travailler très concrètement des grands principes tels que le «donne et va» (le fait de se déplacer après la passe pour trouver des espaces) ou le «une-deux», le truc le plus ancien de l’histoire et pourtant le plus efficace. Dans le rondo, personne ne parle, alors que le football est un jeu qui nécessite des informations. Tu apprends à lire les bonnes orientations du corps, tu deviens très attentif à ce que crée la passe et ce que créé le mouvement.

Vous êtes Basque et avez grandi à Castellon. Etes-vous d’accord avec ceux qui jugent que cette tradition est essentiellement catalane?

Non. L’Athletic Bilbao sort aussi des joueurs comme Muniain, ou Ander Herrera. J’ai toujours vu également le FC Séville avec des milieux de terrain très techniques. Au-delà des spécificités de chaque entité, il y a une identité commune à toute l’Espagne: jouer pour gagner. Chez nous, cela signifie: être protagoniste, aller chercher la victoire plutôt que de l’attendre. En Espagne on veut gagner, et gagner avec la manière.

Comme d’autres milieux de terrain espagnols, vous avez éprouvé des difficultés à exporter ce style dans un autre pays. Pourquoi?

Quand je suis arrivé en Italie, j’ai tout de suite remarqué que le ballon me passait souvent par-dessus la tête, ça allait très vite d’arrière en avant. En Angleterre, je participais davantage au jeu mais toujours de manière très directe et rapide. Une autre différence fondamentale est la récupération.

La récupération physique?

Oui. En Espagne, tu reprends ton souffle quand tu as le ballon, en ouvrant le jeu. En Italie, c’est l’inverse: on se replie, on reste bien serrés les uns à côté des autres et on récupère.

Le milieu de terrain espagnol est bon pour faire briller ses partenaires. Il ne peut pas être bon tout seul…

A part Messi, aucun joueur ne peut être bon tout seul, non? Au football, tu peux dribbler un joueur, peut-être un deuxième mais, au bout d’un moment, il faut combiner avec les autres. Busquets, Xavi et Iniesta faisaient ça à la perfection, presque les yeux fermés. Cela avait l’air facile mais ils avaient travaillé ça depuis des années.


Chez les jeunes, le mediocentro au centre des préoccupations

Vainqueur des trois dernières éditions, les pupilos de l’Atlético Madrid sont de retour à Meyrin ce week-end au stade des Arbères pour la Geneva Cup, un prestigieux tournoi international M16. Avec quelle philosophie pour les milieux axiaux? «Nous recrutons des mediocentros pour leurs points forts, que ce soit l’équilibre (défensif) ou la créativité (offensive) et ensuite nous essayons d’améliorer leurs points faibles en travaillant des schémas offensifs ou défensifs dans les trois zones du terrain, explique l’entraîneur, Daniel González Sanz.

Dans notre philosophie, la voie centrale doit être une zone de circulation rapide de la balle, en peu de touches. C’est un secteur-clé, que nous confions à un 6 et à un 8, fonctionnant toujours en duo, l’un couvrant l’autre. Nous ne voulons pas brider le talent mais toujours garantir un équilibre. C’est comme cela dans toutes nos équipes, de la première aux jeunes.»

Le jeudi de l'Ascension, le tournoi Blue Stars de Zurich, réservé à la catégorie M19, avait permis d'observer l'Espanyol Barcelone. Les pericos ne brillèrent pas particulièrement mais au coeur du jeu, Oscar Coll Soler (2000), taille modeste, vision du jeu supérieure à la moyenne, semblait là pour garantir la tradition du mediocentro. Même sentiment fin avril lors de la finale de la Youth League à Nyon. Face aux grands gabarits de Chelsea, le frêle Ricard «Riqui» Puig (1999) fit étalage d'une science très catalane de la passe et des espaces. Très apprécié par l'entraîneur Ernesto Valverde, il s'est déjà entraîné avec les professionnels. Plus jeune, Xavi Simons (2004) a déjà un agent de star, un contrat avec Nike et un million de suiveurs sur Instagram. Son père, ancien footballeur néerlandais, l'a baptisé en hommage à Xavi, dont il reproduit le style avec une assurance impressionnante.
 

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