S'il est des sports qui aiment allier compétition et festivités, le wakeboard est de ceux-là. Les championnats de Suisse, qui se

déroulent ce week-end à Estavayer-le-lac, en sont l'illustration flagrante. La caricature, pourrait-on même dire avec une gentille ironie, tant le programme ferait presque oublier qu'il s'agit au départ d'une manifestation sportive. Mais pouvait-on imaginer un autre scénario, de la part du club nautique d'Estavayer, grand ordonnateur des réjouissances cette année, lui que le milieu surnomme «la Mecque suisse du wakeboard»?

La vague comme un tremplin

Le wakeboard, c'est ce sport de glisse hybride, né il y a une quinzaine années à Hawaï du croisement fortuit entre le ski nautique et le surf. Là-bas, des surfeurs en mal de vagues se sont amusés à se faire tracter sur leur planche par les canots à moteur servant au sauvetage. Depuis, de jeu, la pratique est devenue un sport à part entière, avec ses planches spécifiques, courtes et larges (140x40cm) et équipées d'ailerons à l'avant et à l'arrière, ses règles et son langage. Aujourd'hui, le wakeboarder – le «rider» – se sert de la vague créée par le bateau qui le tracte comme d'un tremplin pour s'envoyer en l'air et effectuer des figures toutes plus spectaculaires les unes que les autres: «back roll», «whirlybird» ou encore «front flip», chacune de la bonne centaine d'entre elles porte un nom officiel qui fleure bon les origines américaines d'un sport qui a fait irruption en Suisse dans les années 80. Et à chacune correspond un niveau de difficulté pris en compte par le jury qui note aussi les «riders» en fonction de l'amplitude (hauteur au-dessus de la vague), de la variété et de la fluidité (bon enchaînement) de la dizaine de figures que ceux-ci doivent effectuer sur un parcours de deux fois 30 secondes.

De tout cela, il en sera bien évidemment question, ce week-end sur la plage communale d'Estavayer, le long des berges. Mais pas seulement. Démonstrations de water jump (saut à skis), skate (planche à roulettes), breake dance, roller in-line, et concerts de musique rythmeront les différentes épreuves. Le tout gratuit, précisent les organisateurs. Sans oublier la «beach party» du samedi soir, sur la plage, véritable clé de voûte de l'édifice. Car dans le petit monde du wakeboard, la tradition veut en effet qu'on se retrouve le soir entre pratiquants pour parler boutique autour d'un bon repas et faire la fête. Sans nécessairement faire d'excès. Et les Suisses, tous plus ou moins issus du ski nautique et du snowboard, et qui en une dizaine d'année se sont hissés au meilleur niveau européen, entendent bien la perpétuer.

Les meilleurs d'entre eux seront présents à Estavayer: la Montreusienne Emilie Gafner, championne d'Europe 98 et son frère Julien, lui aussi champion d'Europe. Tous deux, âgés respectivement de 17 et 20 ans, représentent la jeune génération des «riders» suisses. Parmi les anciens, il faudra compter avec le Zougois Andy Mayenberg, qui figure parmi les quinze meilleurs mondiaux, le Genevois Stephane Traeger, actuel leader du Tour européen (sorte de championnat d'Europe disputé en plusieurs manches), et qui, avec son frère Frédéric, a popularisé ce sport en Suisse dans les années 90. Sans oublier un autre Montreusien: Cyril Cornaro, le seul Suisse à vivre de sa passion.

Invités surprises

Les meilleurs «riders» européens sont également attendus. Car en marge des championnats de Suisse, auxquels ils pourront d'ailleurs participer mais sans pouvoir gagner de médailles, Estavayer accueille aussi – et de quelle manière! – une manche comptant pour les championnats d'Europe: les qualifications se sont déroulées dès vendredi de 22 h à… 3 h 00 du matin et la finale aura lieu ce samedi soir aux mêmes heures nocturnes. Du jamais vu dans une manifestation de ce genre en Europe, grâce à un plan d'eau totalement éclairé pour la circonstance.

Enfin, les organisateurs comptent sur quelques surprises de dernière minute, comme la venue, par exemple, de la championne du monde Andrea Gaytan. La Mexicaine fait partie de ces «riders» d'outre-Atlantique qui se sont pris d'affection pour le lieu, et qui n'hésitent pas à y faire un saut à l'improviste. La rançon du succès pour Estavayer, en quelque sorte.